Depuis la démocratisation de l’intelligence artificielle générative, les investissements dans ce secteur ont explosé. Selon de nombreux observateurs, y compris Sam Altman, créateur de Chat GPT, l’optimisme tournerait à l’euphorie. Une bulle spéculative serait en train de se former autour des entreprises de l’IA. Mais qu’est-ce qu’une bulle ? Que risque-t-on ? Décryptage.
Une bulle spéculative ?
Une bulle se forme quand le cours d’une entreprise en bourse augmente de manière excessive, à tel point qu’il ne correspond plus à sa valeur réelle. C’est ce qu’on peut observer chez les « 7 magnifiques », les mastodontes américains de la tech les plus valorisées : Alphabet (Google), Apple, Microsoft, Amazon, Tesla, Meta et Nvidia. Cette dernière, leader mondial des puces électroniques, est devenue la société la plus cotée au monde. Les logiciels d’IA générative demandent une importante puissance de calcul, ce qui requiert l’achat massif de processeurs. Sa capitalisation a dépassé les 4000 milliards de dollars : c’est plus que le PIB français.
Les investisseurs font le pari que l’IA générative va engendrer une nouvelle révolution industrielle, et qu’elle rapportera gros. Pour l’instant, pas grand-chose. La plupart des start-up (Open Ai, Anthropic) sont très loin d’être rentables. Le propriétaire de Chat GPT a déjà dépensé 1000 milliards de dollars, alors que le chatbot ne rapporte que 13 millions par an. En réalité, la valeur de ces entreprises augmente parce que les investisseurs sont persuadés que leurs cours vont encore augmenter. Ils continuent à acheter et créent un mouvement cyclique : la bulle grossit.
Ce phénomène est renforcé par un effet circulaire. Les fabricants de puces financent les start-up, pour qu’elles construisent des datacenters et qu’elles achètent à leur tour des processus.
Des souvenirs de la bulle Internet
En octobre dernier, le Fond Monétaire International a comparé cette situation à celle de la bulle Internet, à la fin des années 90. A cette période, la croyance qu’Internet allait changer le monde a engendré d’énormes investissements dans les milliers de start-up qui promettaient des innovations. Lorsque l’on s’est rendu compte que leur technologies n’étaient pas à la hauteur de leurs ambitions, les investissements se sont retirés brutalement, et de nombreuses sociétés ont fait faillite.
Cette crise boursière n’a pas eu d’effet réel sur l’économie, grâce au grand nombre de petites entreprises touchées. Cela a permis d’absorber le choc. De plus, les infrastructures, comme l’installation de la fibre optique sont restées et ont permis la création d’autres innovations.
Ce n’est pas ce qu’on risque de retrouver avec l’IA. La plupart des entreprises du secteur sont des poids lourds de la bourse, leurs importants profits leur donnent de solides appuis. Elles pourraient donc plus facilement absorber la chute de leur cours. La mauvaise nouvelle c’est que côté infrastructures, les data centers et les logiciels perdent très vite de leur valeur, ils ne seront donc pas très utiles à l’avenir.
Que risquent nos économies ?
Que se passerait-il si cette bulle venait à éclater ? Pour sûr, un effondrement boursier. La véritable question est de savoir si la crise financière se transmettrait à l’économie réelle. Même si les entreprises de la tech disposent de solides ressources, la chute d’une d’entre elles aurait des conséquences dramatiques.
Dans un article de la revue The Economist, l’ancienne cheffe économiste du FMI Gita Gopinath nous met en garde. Selon elle, le scénario d’une faible récession comme pour la bulle Internet n’est pas envisageable. C’est parce que le marché est concentré en une poignée d’entreprises, qui s’endettent pour se financer entre elles. Si l’une d’entre elles tombe, elle entraînerait toutes les autres dans un gigantesque effet domino. L’experte chiffre les pertes à 35 000 milliards de dollars.
Samuel Weiss, L2 LSO