Et si le troisième Reich avait gagné la Seconde Guerre Mondiale ?

Une question qui suscite interrogations et réflexions. Comment ne pas avoir envisagé cette possibilité ? Une hypothèse farfelue, diraient certains, mais pour pleinement comprendre l’idéologie nazie et, de manière générale, les conséquences du fascisme en Europe, se poser cette question paraît légitime. En tout état de cause, le nazisme est présent dans la science-fiction et des ouvrages uchroniques ont tentés de simuler les scénarios probables après la supposée victoire du Reich. C’est ce que nous allons voir ici, en distinguant les conséquences militaires, sociétales et diplomatiques.

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L’Allemagne victorieuse lors de la Seconde Guerre Mondiale ? Quel est donc ce nouveau polar qui semble se hisser à la tête des ventes dans la librairie à côté de chez vous ? Super, une fiction ! Je vais pouvoir passer un bon moment dans une réalité alternative ! Et si elle avait eu lieu ? Impensable ! Et pourtant, c’est une probabilité que de nombreux historiens jugent crédible. La puissance militaire du Reich aurait permis la victoire mais les erreurs stratégiques s’enchainent après la défaite française: report de l’invasion de l’Angleterre, opération Barbarossa qui débute trop tard et forte tendance à sous-estimer le potentiel militaire des ennemis.

Quand le Reich aurait-il gagné le conflit ?

Maintenant, faîtes fonctionner votre imaginaire. Nous sommes dans les années 1960 et l’Allemagne est ressortie victorieuse de la Guerre Mondiale. Première interrogation : quand le Reich aurait-il gagné le conflit ? Difficile de donner une réponse exacte mais ce qui est sûr c’est que certaines conditions sont nécessaires à la Victoire de l’Allemagne. Premièrement, la victoire sur l’URSS (autrement dit, le succès de l’Opération Barbarossa). Il ne s’agit pas seulement d’une guerre idéologique visant à éradiquer le communisme, l’objectif économique est présent. Hitler et ses généraux prennent rapidement conscience de la situation géographique de l’Allemagne et de la faible présence de matières premières sur son territoire. Pour espérer mener une guerre longue et en ressortir victorieux, il faut les ressources nécessaires pour faire tourner la machine de guerre germanique. Et elles sont à l’est : le pétrole du Caucase et les métaux de l’Oural. Ces ressources deviennent l’objectif du Régime Nazi à partir de 1942 avec l’Opération Bleue. Alors que l’Armée allemande piétine devant Moscou, il fait changer de stratégie et rapidement s’emparer du précieux butin qui borde la Mer Caspienne : l’or noir.

Vaincre l’URSS s’impose comme un élément essentiel à la victoire du Reich, tant pour des raisons économiques qu’idéologiques. Dès début 1942 afin d’assurer une victoire avant que les Américains ne débarquent en Afrique du Nord (Opération Torch en Novembre 1942). Avec un front de l’est libéré, le Reich pouvait recentrer ses 17 millions soldats sur l’Afrique et l’Europe de l’Ouest pour contrer un éventuel assaut des puissances occidentales (Etats-Unis, Canada, Angleterre, reste du monde…). Alors que la défaite de l’URSS s’impose comme une nécessité, le sort de l’Angleterre et des Etats-Unis reste plus incertain. En théorie, Hitler tenait à envahir les îles britanniques après sa victoire rapide sur l’URSS. Une idée qui se serait surement maintenue. Et l’armée de terre britannique aurait été dans l’incapacité de contenir un débarquement allemand. Le rapport de force est très inégal et l’aviation bombarde sans relâche les villes anglaises. Seule la RAF (Royal Air Force) est de taille à affronter l’ennemi allemand. Ainsi, le sort de l’Angleterre aurait probablement été similaire à celui de la France. Il est donc réaliste de penser à une victoire du Reich sur l’URSS et l’Angleterre avant la fin de l’année 1942.

Les Etats-Unis d’Amérique comme unique espoir

L’espoir d’un « monde libre » se tourne alors vers les Etats-Unis d’Amérique, seul pour affronter le géant allemand. La localisation géographique du pays de l’Oncle Sam lui assure une certaine protection, tant un débarquement allemand semble irréaliste. Pour conclure sur le sort des Etats-Unis, il faut intégrer les alliés du Reich à la réflexion. Ressortez vos manuels d’Histoire du lycée : souvenez-vous, la puissance de l’Axe rassemble Berlin, Rome (L’Italie de Mussolini) et Tokyo (le régime impérial fort d’une armée de 2 millions d’hommes fanatisés). Le destin de l’Italie fasciste est étroitement lié à celui de l’Allemagne (notamment à cause de leurs appartenances géographiques commune : l’Europe). En revanche, le Japon voit son destin lié à ses propres performances militaires, pouvant faiblement compter sur ses alliés européens. Cependant, avec l’URSS et l’Angleterre vaincus, l’armée impériale japonaise aurait pu concentrer toutes ses forces sur les Etats-Unis. L’attaque sur Pearl Harbor en 1941 montre que le Japon impérial dispose d’une capacité à frapper directement le territoire américain. D’ailleurs, un débarquement sur la côte Ouest hantera la presse américaine jusqu’à la fin de la guerre.

La littérature existante sur ce sujet laisse supposer deux scénarios crédibles : l’un ou l’Allemagne développe l’arme atomique qu’elle lance sur Washington et New York. Résultat : la capitulation des Etats-Unis (lire le roman Le Maître du Haut Château de Philipp K Dick). L’autre, ou après l’échec du Débarquement en Normandie et en Afrique du Nord, les Etats-Unis se retirent du conflit et se replient sur eux –mêmes (lire le roman Fatherland de Robert Harris). Dans cette fiction, les Etats-Unis envisagent même un traité de paix avec l’Allemagne dans les années 1960. Le destin de l’Oncle Sam reste incertain mais l’hégémonie américaine que nous connaissons aujourd’hui ne se serait pas réalisée. A la place, la langue internationale serait l’allemand avec Volkswagen comme leader de l’industrie automobile, BASF comme le premier chimiste au monde et Hugo Boss comme la marque tendance du moment. Dans les deux scénarios possibles, un seul point commun : l’absence de Guerre Froide. Avec la Victoire sur l’Union Soviétique, le communisme n’est plus et un conflit idéologique entre l’Allemagne et les Etats-Unis n’aurait pas été à l’avantage de ces-derniers. En face d’un ennemi qui possède l’arme nucléaire et sans allié majeur sur la scène internationale (à l’instar de l’Allemagne qui aurait pu compter sur l’Italie et le Japon), difficile de se positionner en vainqueur dans un tel rapport de force. Sans Guerre Froide, l’ordre économique et social aurait été profondément altéré. Les Etats-Unis, pays fondateur du libéralisme (sous toutes ses formes) n’aurait pas vu son idée traverser les frontières et marquer les différents peuples. Parce que ces idées étaient en déphasages avec celles véhiculée par le Troisième Reich. Ce-dernier, vantant les mérites d’une économie planifiée où l’Etat à la main mise sur l’ordre établit sans qu’il ne partage les richesses également entre les citoyens. Pas de libéralisation des mœurs : les autodafés organisés par les Nazis en 1933-1934 cherchent à détruire tous écrivains qui dénaturent l’homme. En d’autres termes, pour les nazis, l’inconscient (et son expression dans la nature humaine) n’existe pas. L’homme est pleinement maître de ce qu’il fait et aucun écart de conduite n’est toléré.

Le « Reich de 1000 ans »

Après les victoires militaires, vient le temps la construction du « Reich de 1000 ans ». Comment intégrer les Etats vassaux au Reich ? Et surtout, maintenant que la guerre est terminée, quel sort leurs est réservés ? Le nazisme est incarné par l’idée de la hiérarchisation des « races humaines ». Les Etats vassaux, conquis par l’Allemagne sont à son service et les peuples qui y vivent sont réduits au statut d’esclaves (ce qui fût surtout vrai pour les peuples d’Europe de l’Est). Il y a une classification des peuples selon la pureté du sang. Associés aux Aryens, on trouve les peuples d’origine allemande ou anglo-saxonne (Anglais, Scandinaves, Flamands…). En dessous, on trouve les races « mêlées » comme les latins (français, italiens, espagnols…). Le classement continue ainsi jusqu’aux races inférieures et destinées à être soumises (ou exterminées) comme les Slaves, Noirs et surtout les Juifs. Par conséquent, l’ordre européen n’aurait pas échappé à cette règle et le destin des peuples en aurait subi toutes les conséquences.

Difficile de penser cependant que cette idéologie se serait facilement répandue sur le continent européen. Convertir les peuples à cette idée de hiérarchie et « d’ordre supposé naturel » aurait nécessité une propagande intense dans les systèmes éducatifs des pays conquis (refonte totale des programmes scolaires, traque des résistants au régime, interdiction des partis politiques avec des idées opposées). L’une des idées des hauts dirigeants nazis fût de garantir le plein emploi dans les pays vassaux afin de démontrer la supériorité économique de la doctrine nazie face au capitalisme sauvage américain. Avec des investissements massifs dans l’éducation, il aurait été possible que l’idéologie nazie parvienne à endoctriner les peuples européens. Mais garde à la Résistance : à travers l’Histoire les Empires se sont toujours heurtés à des résistances internes. Leur capacité à les gérer fût le facteur principal pour assurer leurs longévités.

Une chose est probable, avec une Europe sous la botte nazie, la mondialisation qui démarre après la Seconde Guerre Mondiale n’aurait pas eu lieu. Le régime hitlérien vantait l’autarcie économique et l’intérêt pour un peuple d’utiliser les ressources dont il dispose sans échanges avec l’extérieur. Dans la fiction de Katharine Burdekin, Swastika Night, parue en Octobre 2016, l’auteure y dépeint une Europe 700 ans après la victoire d’Hitler. Dans ce roman, le Saint Empire germanique a soumis la moitié du monde à l’idéologie nazie. La nouvelle société, empreinte de mythologie et d’ignorance, repose sur une stricte hiérarchie : les chevaliers et les nazis en occupent le sommet, tandis que les étrangers servent de main d’œuvre servile et les femmes, uniquement destinées à la perpétuation de la race, sont réduites à l’état animal. Une œuvre dotée d’une dimension féministe fort appréciable, qui permet de se rendre compte de la place de la femme si l’Europe eût été durablement occupée par les nazis. Dans cet ouvrage, l’auteure émet l’idée que le progrès technique est interdit pour assurer un emploi à chaque « citoyen » du Reich. Dans cette réalité alternative, pas de téléphone portable, d’ordinateurs et de toutes technologies qui meublent notre quotidien. Une idée en opposition avec la conception actuelle de la science : celle qui veut qu’elle soit au service de l’homme afin de lui assurer une vie meilleure. En dénigrant le progrès technique, on suppose que l’homme ne peut être libéré du travail et qu’il y est pleinement soumis. Peut-être pour maintenir un ordre social très hiérarchisé ?

La privation de liberté comme fer de lance

En bref, l’idée principale est claire, la privation de liberté (sous n’importe quelle forme) est de rigueur dans un monde dominé par les nazis. Maintenant, cherchons à étudier le rapport d’une Europe Nazie avec le reste du monde : quelle diplomatie aurait-elle adoptée ? Premièrement, l’Amérique du Sud n’aurait probablement pas connu l’occupation nazie. Un rapport purement commercial est à supposer mais le roman de Marc Stroobants, Et s’ils avaient gagné ?, parue en 2013 démontre un éventuel rapprochement idéologique entre l’Allemagne d’Hitler et l’Argentine de Perón. Avec l’Amérique du Sud, la collaboration la plus complète peut être envisagée. En Europe, la question se pose avec la Suisse, la Suède, l’Espagne et le Portugal. Quel avenir pour des nations ? Difficile à dire. Si Hitler retarde l’invasion de la Suisse c’est surtout par manque d’effectifs avec l’opération Barbarossa qui mobilise la majorité de ses forces à l’Est. L’Espagne et le Portugal, deux dictatures, auraient pu garder leurs indépendances respectives tout en étant forcées à établir des relations diplomatiques avec l’Allemagne (un choix politique difficile à faire si on tient en compte des anglophiles présents dans les gouvernements de Franco et Salazar). La Suède était peut-être le pays le plus exposé à une invasion surtout avec les précieux gisements de fer, bauxite et nickel situés dans le nord du pays. Quoi qu’il en soit, sur ces 4 pays, seul l’armée suisse disposait d’une puissance de feu suffisante pour tenter de contrer une invasion allemande. De plus, la géographie contrastée du pays offrait l’avantage à ses habitants. Quant à l’Afrique, ses faibles capacités militaires et ses vastes ressources en matières premières laissent planer peu de doutes : une invasion allemande avec pour but de rendre les peuples africains serviles semble le scénario le plus probable.

Ainsi, une victoire allemande en Europe aurait laissé les Etats-Unis seuls pour affronter le Reich Allemand. Ce-dernier aurait bénéficié du soutien japonais pour dissuader les Etats-Unis de poursuivre le conflit. Un monde partagé en deux : une Europe, Afrique et Moyen-Orient sous la botte nazie d’un côté et une Asie, Océanie japonaise de l’autre. Concernant les Amériques, le Nord aurait probablement été partagé entre l’Empire du Soleil Levant et le Reich de 1000 ans.

La série produite par Amazon, The man in the High Castle, dresse une vision d’un monde sous-domination nazie qui donne la chair de poule. Les privations de libertés et des droits de l’homme sont de rigueurs. L’extermination massive des Juifs, Tsiganes, résistants, opposants politiques… n’aurait très certainement pas cessée jusqu’à leur disparition définitive. Un monde où l’intolérance, la supériorité de certains par rapport à d’autres est à l’ordre. Un ordre mondial très différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Une histoire alternative plutôt sombre qui reflète bien le caractère cruel du Régime Nazi à l’égard des peuples d’Europe. Cette réflexion permet de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui et les créations ayant eu lieux après la fin de la Seconde Guerre Mondiale s’assurant de construire une paix durable. J’invite également les lecteurs à se renseigner sur les œuvres romanesques et cinématographiques citées dans cet article pour se faire eux-mêmes un avis sur cette épineuse question.

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