Entretien avec Eric Kalfon, directeur de l’Incubateur Paris-Dauphine

Alumni dauphinois, Eric Kalfon est le co-fondateur de l’Incubateur Paris-Dauphine. A sa tête depuis six ans, il soutient également la structure en tant que donateur de la Fondation Paris-Dauphine. Il revient pour La Plume sur l’« esprit start-up » qui existe à l’Université et sur son engagement pour l’entreprenariat.

 

Pouvez-vous présenter votre parcours ?

Diplômé d’une maîtrise en sciences de gestion en 1987, j’ai travaillé en finance de marché pendant une quinzaine d’années chez BNP Paribas, où j’étais en charge des dérivés de change. Quand la finance ne m’a plus amusée, j’ai racheté Datops – une société d’analyse de text-mining - à la Caisse des dépôts et à Partech et je l’ai développé avant de le revendre à un groupe américano-hollandais en 2006. Après un retour en finance comme partner dans un fonds d’investissement américain, j’ai quitté ce secteur de manière opérationnelle fin 2011. Depuis, j’investis mon temps et mon argent dans des petites entreprises, et c’est ainsi que j’ai été amené à créer l’Incubateur Paris-Dauphine avec quatre autres personnes dont Philippe Dapsens et Didier Seillier, qui sont tous deux Grands donateurs de la Fondation.

 

Pouvez-vous présenter l’Incubateur Paris-Dauphine ?

L’idée de départ était de promouvoir l’entreprenariat à Dauphine. Nous avons fait deux constats : le dauphinois est assez entrepreneur mais rien n’existe autour de cela ; les sociétés qui recrutent traditionnellement beaucoup à Dauphine – L’Oréal, BNP, EY - embauchent sans doute moins qu’à mon époque. Ainsi, autant développer l’entreprenariat. A cette fin, le plus rapide et efficace est de lancer un incubateur. En avril 2012, un premier programme a concerné les alumni. Ceux-ci ont souvent une petite trentaine d’années, un peu d’expérience dans de grands groupes et la volonté de développer leur propre idée. Depuis six ans, une cinquantaine d’entreprises ont été incubées, avec un taux de survie extrêmement élevé - 75% à trois ans -, un peu moins de dix millions d’euros ont été levés et 200 emplois créés. Nous avons eu quelques succès, comme Clickandboat et Teezily. Le deuxième programme, D-Start, lancé en 2015, a concerné une petite centaine d’étudiants et a généré une quarantaine de projets. Certains se sont transformés en sociétés, comme NeverEatAlone et YouShould par exemple.

 

Vous êtes alumni de Dauphine. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’y retourner pour aider l’Université ?

J’ai été sensibilisé par mes quatre années exceptionnelles à Dauphine, dont je garde un souvenir génial. J’ai également rencontré mon épouse à Dauphine et j’ai embauché au cours de ma carrière nombre de dauphinois, notamment chez BNP Paribas. J’ai pu constater que le niveau de l’Université avait clairement évolué dans le bon sens : les dauphinois ont des têtes bien faites, sont humbles et assez débrouillards. Ce sont des qualités dans la vie professionnelle mais aussi dans la vie quotidienne, et ce fut un plaisir d’aider ce genre de profils. De plus, j’ai eu la chance de gagner de l’argent dans ma vie professionnelle et mes enfants étaient en âge de faire des études au moment où j’ai été contacté pour créer l’Incubateur. Cet ensemble de facteurs m’a rendu réceptif à l’opportunité de rendre à Dauphine ce qu’elle m’a apportée.

 

En quoi consiste l’aide de l’Incubateur aux start-ups ?

Les incubés bénéficient d’un réseau de dauphinois et d’alumni, avec des ateliers – comptabilité, marketing, growth-hacking - animés par des mentors bénévoles qui donnent de leur temps et éventuellement de leur argent. L’Incubateur Paris-Dauphine est labellisé Paris Innovation Amorçage (PIA) et reçoit ainsi des subventions de la Mairie de Paris et de la Banque publique d’investissement (BPI). Cela permet à quelques start-ups d’avoir accès, sous certaines conditions, à des subventions de 30 000€ ainsi qu’à un prêt d’honneur octroyé par la Fondation Paris-Dauphine à hauteur de 40 000€.

Quant à nos ressources, elles proviennent des sociétés incubées qui paient 600€ par mois pour être hébergées pendant un an maximum - entre 6 et 10 nouvelles entreprises sont incubées par an. Le reste est financé par la Fondation grâce aux dons d’alumni et de sociétés. L’Université et PSL financent également une partie du programme D-Start.

 

Pour une université, en quoi est-ce primordial d’avoir un incubateur aujourd’hui ?

Le mode de travail a complétement changé depuis une dizaine d’années et sera encore amené à évoluer dans le futur : chacun sera de plus en plus le patron de sa propre carrière. Il est donc primordial d’insuffler cet état d’esprit dans les écoles, en particulier à Dauphine qui possède des atouts incroyables : le niveau en informatique et en mathématiques est extraordinaire et l’Université forme des gestionnaires et des marketers capables de mettre en place ces innovations. Tous les ingrédients sont réunis au cœur même de Dauphine pour faire émerger des projets.

 

Quels sont les prochains défis à relever pour l’Incubateur ?

Concernant la place de l’entreprenariat à Dauphine, la création d’une « House of entrepreneurship » permettra de rassembler dans un même lieu l’ensemble des initiatives entrepreneuriales - pédagogiques, de recherche, création de sociétés – afin que l’une nourrisse l’autre. Nous devons aussi faire émerger des produits des laboratoires de recherche, sensibiliser les étudiants avec des programmes dès la L1 et faire collaborer l’Incubateur avec des étudiants sur des projets clairs. Après les grands travaux qui métamorphoseront le campus de 2019 à 2024, l’idée serait d’avoir un lieu commun « innovation » au dernier étage.

De plus, sera créé à Saint-Ouen en septembre 2019 un lieu pour l’ « après-incubateur » avec des loyers modérés et des logements étudiants. Enfin, à l’international, Dauphine Londres a eu l’accord pour obtenir de nouveaux locaux en septembre 2018 et une partie sera consacrée à la création de projets.

 

Pouvez-vous définir en trois mots ce que vous investir dans l’incubateur vous a apporté ?

Beaucoup de joie. Cela m’a conforté dans l’idée que Dauphine ne cesse de progresser et j’ai beaucoup de certitudes dans le succès de Dauphine dans les années à venir : la formation est d’excellente qualité, l’état d’esprit humble, les étudiants sont innovants et travailleurs. La qualité et le professionnalisme des jeunes diplômés me rendent très fier et contribuer à encourager cet esprit me procure un grand plaisir.

 

Une question qu’on ne vous a pas posée et que vous auriez aimé qu’on vous pose ?

L’Incubateur ne fonctionnerait pas sans Cécile et Estelle, les deux permanentes qui animent les programmes de façon très professionnelle au jour le jour.

 

 

Propos recueillis par Jonathan Cohen, DEGEAD2.

Portrait réalisé par Andreï Marini, membre du Club Photo de Dauphine, DEGEAD1

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