Eloge du rap

« Vivement l’été pourvu qu’il neige » (Booba, Génération Assassin) : voilà la quintessence de ce qu’est le rap français. Beau et pourtant moche, poétique et pourtant si réel, simple et pourtant complexe, direct et pourtant métaphorique, élégant et pourtant d’une violence rare, qui traduit une réalité que l’on souhaite masquer, effacer, nier ; comme si la France était encore celle d’Yves Montand où à l’automne « les feuilles mortes se ramassent à la pelle », ces feuilles orangées qui faisaient rêvasser le docteur Jivago, tout en oubliant que celles-ci font glisser, font tomber, font mal – mal comme le son de Booba.

Genre indéfinissable comme le jazz – l’on en connaît uniquement les grands principes, dans son essence, tout en admettant que l’on ne connaît pas les marges de celle-ci - le rap français n’est pourtant que le fils spirituel de la grande variété française, ce genre aujourd’hui moqué alors qu’elle constitue une mine d’or d’inventivité, de mélancolie, d’amour, d’une fuite constante dans une France romantique qui constitue sa substance la plus profonde – l’aurais-tu oublié ô France ?

Mais le fils tua le père pour mieux embrasser la mère qu’est la réalité ; là où la variété française invente un monde ou se contente d’observer celui-ci de manière détaché, le rap détruit le monde : il est en action, il est violent, c’est un microcosme qui transforme la terre, la vie ; les mots ne sont plus ceux d’un amour perdu ou oublié, ils sont performatifs, totalement performatif ; voilà l’essence du rap.

« Chaque jour dans ce monde de pute où je vis / Chaque jour je rêve qu’c’est sur la lune que je vis/ Dites à la juge qu’on la fait pour survire / J’voulais le monde, j’le veux toujours oh oui » (PNL, Mexico) : le monde, le monde, le monde ; voilà le but du rappeur « Ouais ouais ouais ouais ouais, ouais, ouais, ouais, ouais / Le monde ou rien » (PNL, Le monde ou rien)

Critiqué, dénigré par une culture dominante et un système dans un monde n’accordant plus de place à l’imaginaire (l’éloge de la fuite chère à Laborit), le rap s’approprie cette donnée pour constituer son art. Ils scandent la réalité, la vraie : cette France qui a oublié que le premier des universalismes c’est déjà ne pas oublier le moindre de ses citoyens, qui oublie que ses 66 millions d’habitants ont autant de droit que le plus riche ou le plus puissant ; « T’es l’enfant seul/ je sais que c’est toi / Viens tu des bas fonds/ ou des quartiers neuf ? / bref au fond tous la même souffrance » (Oxmo Puccino, L’enfant seul) ; cette France qui oublie l’ascension sociale, cette France qui stigmatise, qui oublie, oublie sa vocation d’être la patrie des romantiques.

Plus que battre la réalité, ils déconstruisent l’homme : oui, l’homme est violent, l’homme est un animal, tendant plus vers l’insulte que l’amour ; qu’il est dur de voir l’être humain tel qu’il est – mieux vaut rester anesthésié. Ils déconstruisent, oui : l’économie ? « Bat les couilles de l’offre et de la demande / On prend tout le terrain » (Booba, Zer) L’amour ? « Sur scène elle fouille dans mes poches me laisse des 06 / Plus que quand j’étais moche, plus que quand c’était la crise (…) A peine le temps d’la ken pas le temps d’aimer » (PNL, Luz de Luna) ; offusquons nous, ô que cela est vulgaire, ô qu’ils racontent n’importe quoi : elle ne traduit pourtant qu’un état de notre société, que l’on ne veut admettre, que l’on ne veut pas croire (et de toute manière, comment pourrait-on croire lorsque l’on ne réfléchit plus ?) : « J’ai la haine comme à Mexico / J’marche comme à Mexico / La dégaine à la Mexico / Dans la tête c’est Mexico » (PNL, Mexico)

Voilà ce qu’est le rap : une ode à la réalité, une ode à l’homme dans ce qu’il a de plus vrai, retranscription d’un monde que l’on refuse de voir, que l’on refuse de combattre ; dure réalité que scande le rap, art au même titre que les autres. A nous d’admettre le monde où l’on vit, au lieu d’être des dauphins enfermés dans leur propre bocal : vivre, vivre !

2 Commentaires

  1. Alors plusieures choses sont à dire à propos de cet article.
    Tout d’abord, écrire un article sur du monde du rap en ne parlant que de 3 rappeurs (Booba, PNL et Oxmo Puccino) me semble légèrement réducteur. C’est un peu comme parler du Cinéma en ne mentionnant que Twilight, Bienvenue chez les ch’tis et Titanic. C’est possible mais dès lors, on se doute que l’article aura du mal à parler sérieusement de la chose.
    De plus, s’il était possible pour un article parlant du rap d’éviter pour une fois les clichés Booba/PNL/La Fouine/Rohff (nous en avons évité deux ici, pas mal!). Le renseignement est la clef de tout bon journal. Ce n’est pas parce que l’on parle beaucoup d’un rappeur qu’il doit pour autant devenir une référence et encore moins un représentant du genre.
    «Beau et pourtant moche» - A quoi faites-vous référence? Quelle est la signification de cette phrase? Qu’est ce qui est beau et qu’est ce qui est moche? C’est beau d’utiliser des figures de style, mais encore faut-il que cela veuille dire quelque chose!
    Amateur de phrases longues, je dois pourtant avouer que mon cerveau est un peu perdu. Ecrire de longues phrases (6 lignes et 101 mots rien que pour l’introduction!) est quelque chose de compliqué auquel il ne faut pas se risquer lorsque l’on est pas sûr de soit. Désolé de dire qu’à la fin de l’introduction, je ne sais toujours pas si le rap français est -selon vous- plutôt bon ou mauvais!
    Si vous pensez que le rap n’offre pas son lot «d’inventivité, de mélancolie, d’amour, d’une fuite constante dans une France romantique», je vous conseille d’écouter autre chose que Booba ou PNL. Sachez que beaucoup de rappeurs talentueux ont écrit des textes magnifiques sur l’amour (autre que «J’ai pas featé, mais j’ai baisé Katy Perry», également de votre cher Booba dans sa chanson Mula) ou sur d’autres sujets que vous ne mentionnez pas.
    Faites attention lorsque vous citez un artiste! «Dites à la juge qu’on la fait pour survire» (PNL, Mexico). 2 possibilités: vous n’avez pas relu votre texte (dommage!) ou vous n’avez même pas cherché à comprendre les paroles (encore plus dommage lorsque l’on sait que c’est un article qui parle des paroles du rap!). Mais sachez que «Dites à la juge qu’on la fait pour survire», ça ne veut malheureusement rien dire…
    A quoi fait référence le «ils» paragraphe 5 ligne 3? Vous parlez du rap et enchaînez directement sur «ils scandent». Ce même «ils» qui est réutilisé paragraphe 6. On se doute que vous parlez des rappeurs (belle généralité par ailleurs!), mais lorsque la phrase précédente est : «le rap s’approprie cette donnée pour constituer son art.», écrire «Ils scandent la réalité» juste après est une abomination pour les yeux ainsi que pour la compréhension du texte.
    «oublie sa vocation d’être la patrie des romantiques.» Encore une fois, avant de parler d’un sujet, il faut avoir du recul sur ce dernier. Mettre tous les rappeurs dans le même panier est une honte. Continuer à véhiculer des préjugés sur le rap en est une autre.
    Bref, article plus que médiocre, qui ne cherche pas à donner une autre image que celle que renvoie le rap «commercial». Vision réductrice des rappeurs (par pitié élargissez vos écoutes à autre chose que Booba et PNL!!).
    Il est d’ailleurs très paradoxal d’avoir appelé cet article «éloge du rap», lorsque l’on voit le texte qui y est écrit.
    Il ne suffit malheureusement pas de faire de longues phrases, d’utiliser des mots avec 12 syllabes ou encore de mettre des «Ô» à tout bout de champs pour qu’un article soit bon!
    N’y voyez pas la une critique personnelle, j’aime vos articles la plupart du temps, mais faites attention à ne pas écrire n’importe quoi sous prétexte que c’est ce que les Dauphinois veulent lire!
    Timothé

  2. Mon gars sur Mathieu El Neny R.A.S Sauvagerie
    technique à l’écrit comme zizou face au Brésil
    RA TA TA TA 243 comme Yannick Bolasie
    Ton prochain article fais le sur la collab’ vald x damso sur agartha

    «vie»

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