Les Vestiges de l’Occupation allemande

L’Occupation Allemande, période qui s’étend de Juin 1940 à Décembre 1944 pour les dernières villes françaises), suscite encore stigmatisation et peur plus de 70 ans après les faits. Au-delà du traumatisme hante toujours les esprits, nombreux sont les vestiges de cette période qui nous affectent au jour le jour.

Dans un premier temps, il convient de faire une distinction : les conséquences de l’Occupation ne concernent que la zone dite occupée, c’est-à-dire au nord de la ligne de démarcation. Au sud, la zone dite « libre » recèle également des stigmates de cette période, qui furent par la suite développés à l’échelle nationale après la guerre.

La Zone Nord, zone occupée par les allemands après la défaite de la France de Juin 1940, se voit changer d’heure – probablement le premier signe de l’Occupation – pour être axée sur l’heure de Berlin. Ainsi, de Juin 1940 à Novembre 1942, les deux zones ont donc une heure de décalage. En Novembre 1942, lorsque les allemands franchissent la ligne de démarcation, cette nouvelle heure est imposée dans la nouvelle zone dite « sud ». Après la fin de la guerre, la France conserva cette modification horaire et il en résultat une heure de décalage avec nos voisins britanniques. Notons cependant que cette politique d’heure commune avec Berlin date de la Première Guerre Mondiale mais qu’après la défaite allemande de 1918, l’heure originale fût rétablie en France. Durant l’Occupation, ce changement d’heure au profit de l’heure de Berlin s’explique par une volonté de meilleure communication avec les troupes de la Wehrmacht occupant la France. Ainsi, il est plus aisé de répandre rapidement les ordres sur le territoire. Pas d’explication politique, l’objectif n’était pas d’axer les français sur l’heure allemande pour que ces derniers puissent affirmer leur suprématie, il s’agissait uniquement d’une simple question organisationnelle.

Les autres vestiges de l’Occupation sont perceptibles dans la zone dite « libre » au sud de la ligne de démarcation. Nous pouvons commencer par mentionner la Carte d’Identité. Cette dernière est obligatoire pour les étrangers depuis 1917 mais se généralise pour tous les français sous l’ordre du Maréchal Pétain du 27 octobre 1940. La carte se généralisa par la suite, son véritable objectif était initialement de discerner les Juifs des Non-Juifs dans la population française. Une mention qui apparût à partir de 1942. A l’instar de la politique de changement d’heure, le port obligatoire d’une pièce d’identité – seule manière de la prouver – s’inscrivait dans la logique répressive du Régime de Vichy. L’objectif était, à n’importe quel moment, de pouvoir procéder à un contrôle d’identité. Après la guerre, la loi promulguée par le Maréchal Pétain n’est pas abolie puisque les autorités du Gouvernement Provisoire de la République Française y voient une manière pour tous les citoyens de pouvoir décliner son identité. De plus, elle fût utilisée dans le cadre de la guerre d’Algérie pour reconnaître les Français d’Algérie. Par conséquent, à la Libération, malgré le souvenir amère et difficile de la population à l’égard du Régime de Vichy, il semblerait que la logique répressive fût oubliée pour ne retenir que le coté pragmatique de la détention d’une carte d’identité.

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Autre « création » du Régime de Vichy : la Police Nationale qui naît le 14 aout 1941 par un décret signé du Maréchal Pétain. C’est la première fois dans l’Histoire que le nom de Police Nationale fait son apparition. A partir de cette date, la police dépend des ordres du préfet et non plus du maire comme il était question avant l’Occupation (sauf pour la police parisienne qui dépend directement de l’autorité de l’Etat). Elle assure trois missions : la police judiciaire, les renseignements généraux (RG) et la sécurité publique. Notons que ces missions étaient celles présentées de manière officielle par le Régime. Dans les faits, il s’agissait surtout d’arrestations arbitraires de juifs, communistes, francs-maçons et supposés résistants. Après la guerre, le fonctionnement sous ordre du préfet fût maintenu sous la IVème puis la Vème République. Malgré son caractère répressif durant l’Occupation, cette organisation fût conservée étant donné l’exécution efficace des ordres : le préfet avait une vue sur sa région et pouvait faire intervenir rapidement les forces de police dans un périmètre relativement restreint. N’omettons pas non plus la réduction des coûts d’une gestion par département, permettant de réaliser des économies d’échelles, à l’instar d’une gestion au niveau communal.

Un dernier exemple plus intriguant peut-être mentionné : les Appellations d’Origine Contrôlées (AOC)  qui après quelques initiatives en 1936 sont systématisées par un décret de 1942. N’oublions pas non plus l’ordre des médecins ou celui des architectes qui sont des créations pures et simples du Régime de Vichy. Elles répondent alors à la logique corporatiste du gouvernement de Pétain. Ces ordres professionnels seront profondément rénovés après-guerre, toutefois leur structure restera sensiblement la même.

En somme, les stigmates de l’Occupation sont encore visibles dans la société française. Plus que de simples souvenirs historiques, ses vestiges sont encore utilisés dans notre vie de tous les jours. Nous avons tendance à penser que les actions des allemands et de Vichy n’avaient qu’un simple but politique, s’inscrivant dans la logique répressive et de soumission imposée par l’envahisseur. En réalité, bon nombre de ces actions n’avaient qu’un but organisationnel et furent jugées « pratiques » à la Libération. Raison pour laquelle certaines sont encore en vigueur aujourd’hui.

Pour revenir sur un évènement plus actuel, la Fête des Mères que vous célébrerez le 29 mai 2016 est une création de Vichy, logique qui s’inscrivait dans la devise du régime : « Travail, Famille, Patrie ».

 

Pour en savoir plus : L’Héritage de Vichy de Cécile Desprairies (Edition Armand Colin).

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