Depuis quelques années, la Formule 1 attire une nouvelle vague de passionnés. Alors forcément, au moment d’entendre les moteurs vrombir, la nouvelle génération se retrouve devant un problème éthique : est-ce éco-responsable de soutenir de tels évènements ?
Grosses voitures, courses aux quatre coins du monde et sponsors à foison. C’est ce que promet chaque année une saison de Formule 1. Popularisé par la série Drive to survive sur Netflix, le sport motorisé semble peu en phase avec les enjeux écologiques. Dénoncé comme un sport polluant, les grands prix sont sous le feu des critiques, comme à Silverstone en 2022, où des manifestants écologistes ont envahi le circuit en guise de protestation. Le Formula One Group, qui organise ces événements à travers le monde, espère atteindre la neutralité carbone en 2030 ou, a minima, une réduction de 50% de ses émissions par rapport à 2018. Mais comment la firme veut-elle s’y prendre ?
D’abord, il faut savoir que la F1 est à la pointe de l’innovation automobile. Comme avoir la «meilleure voiture» est déterminant sur le circuit, les écuries investissent des millions d’euros dans la R&D. Depuis 2014, elles sont toutes équipées de motopropulseurs hybrides, et la recherche de vitesse permanente pousse à l’utilisation de matériaux légers et aérodynamiques pour limiter la perte d’énergie. Pour la prochaine saison, il a déjà été annoncé que la réglementation imposera à tous les pilotes de rouler intégralement au biocarburant. Mais en réalité, les 168 720 tonnes de CO2 émis par le championnat du monde sur l’année 2024 viennent très peu des voitures.
Si la F1 est polluante, c’est pour se qui se passe derrière la piste, du côté de la logistique. Ainsi, chaque week-end, il faut acheminer équipements et personnels d’une course à l’autre pour monter et démonter toutes les infrastructures, parfois de l’autre côté du globe. Si des tentatives de rationaliser le calendrier vont être réalisées pour limiter les aller-retours inutiles, cela paraît bien insuffisant au regard de l’empreinte carbone laissée.
En plus, le groupe n’intègre pas la venue du public à ses statistiques, alors qu’on sait qu’il est un facteur important de pollution sur ce type d’événement. C’est en tout cas ce que déclare Lucas Hauchard, alias Squeezie. Le streamer est assez transparent lorsque ses abonnés lui posent la question du coût écologique des GP Explorer, des courses de F4 où s’affrontent des personnalités connues d’Internet. Du 3 au 5 octobre, la dernière édition a attiré plus de 80 000 personnes par jour. Squeezie affirme que le circuit Bugatti est le mieux placé en France pour réduire les coûts de déplacements, difficilement contrôlables. En étant à proximité de Paris et de la gare du Mans, les organisateurs peuvent plus facilement inciter au covoiturage et aux mobilités douces. Même si cela fait appel à la responsabilité de chacun, des mesures ambitieuses pourraient être développées en F1, quand on sait que les GP accueillent au moins autant de spectateurs, et souvent beaucoup plus.
Mais là où l’empreinte écologique de la F1 est la plus néfaste, c’est sans doute dans son caractère symbolique. En effet, la série Netflix ou le film F1 (2024) s’inscrivent dans un vieux processus de commercialisation. C’est un fait complètement assumé par la plupart des professionnels : la F1 est une immense vitrine publicitaire et arrive chaque année avec son lot de marques et sponsors. Si les écuries McLaren ou Red Bull ne représentent pas les entreprises les plus responsables écologiquement, le championnat du monde fait partout la promotion d’Amazon, Petronas ou MSC Croisières. Même les pilotes deviennent des symboles de luxe, avec grosses voitures, champagne et vêtements de marque. Par bien des aspects, la F1 se rend désirable en poussant le téléspectateur à la consommation à outrance, quitte à mettre de côté sa conscience écologique.
On le voit bien en Formule E, un championnat alternatif à la F1, où concourent seulement des voitures électriques. Même si le championnat est moins commercial et moins polluant, il peine à susciter l’engouement du public et reste peu spectaculaire. Au crépuscule de la saison 2025, concilier sport à grand spectacle et écologie apparaît de plus en plus complexe sans changements structurels, tant sur le modèle que sur les mentalités.
Martin Tourasse-Beauvert, L3 LISS