Les corps de rêve
Illustration par Louisa Cardinaud.

Les corps de rêve

Quand vous vous regardez dans le miroir, aimez-vous ce que vous voyez ? 

Pour beaucoup de femmes, d’hommes, d’adolescents et même d’enfants, la réponse est, malheureusement non. Tous genres et âges confondus, nous pouvons être amenés à critiquer, censurer, voire détester une ou des parties de notre corps. 

Même si ce n’est pas le cas de tout le monde (encore heureux !), des mini-comparaisons peuvent s’inviter dans notre esprit, du type, « si seulement je pouvais emprunter les abdos de Raphaël pour l’été…» ou  « pourquoi mes sourcils sont cousins et non jumeaux ? ». Effectivement, la comparaison est humaine.

Mais le corps de rêve est une construction sociale.

Il n’existe pas de corps de rêve

Le corps de rêve renvoie à un ensemble de caractéristiques physiques considérées comme parfaitement désirables, voire idéales, dans une société donnée.

En principe, chacun en construit sa propre idée : c’est un concept très intime, subjectif et lié à des goûts personnels. Pourtant, cette image est fortement influencée par l’extérieur : la société façonne ce qui est perçu comme beau, normal ou enviable. Elle définit des standards de beauté et les impose à travers les magazines, publicités, livres et films.

Il est important de retenir que cet idéal varie selon les cultures et les époques. Effectivement, l’idéal physique féminin des années 1950 (Marilyn Monroe) n’a rien à voir avec celui des années 1990 (Kate Moss) ou d’aujourd’hui (Kim Kardashian). On constate  qu’au fil du temps, les diktats de la beauté  évoluent et se contredisent, encensant une silhouette avant de lui préférer son contraire dix ans plus tard. La beauté universelle et permanente existe-elle vraiment ? 

Le problème n’est pas d’avoir des préférences, mais que la société n’en impose qu’une seule et considère toutes les autres comme insuffisantes.

Sommes nous défini(e)s par notre corps ?

Au début des années 2000, le mouvement body positivisme a multiplié  les représentations dans les médias, montrant des corps XXL, des couleurs de peau variées, différentes morphologies, ainsi que des personnes âgées ou handicapées.  Le mouvement portait ce message « Tous les corps sont valables et méritent d’être aimés », célébrant la diversité des corps.

Mais pouvons-nous réellement nous détacher des pressions sociétales ? Difficilement.

La preuve : lorsque l’Ozempic – un médicament destiné aux personnes diabétiques – a été commercialisé, il  a été massivement utilisé par des personnes cherchant à perdre du poids rapidement et facilement. Où sont partis les slogans « Mon poids ne me définit pas » ou « Mon corps est parfait tel qu’il est », tant revendiqués par les célébrités qui ont elles-mêmes fini par avaler ce médicament ?  En réalité, cette tentative de faire accepter tous les types de corps,  bien qu’optimiste, s’est heurtée à une société qui continue de valoriser certaines formes, couleurs et esthétiques au détriment d’autres. Il est malheureusement difficile d’échapper à cette pression silencieuse mais constante.

En outre, le “beauty privilege”,  permet à des personnes de bénéficier de nombreux avantages (salaires plus élevés, meilleures chances d’être recruté) seulement parce que leur apparence correspond aux normes, demeure un facteur de discriminations structurelles.

Ainsi, bien que le body positivisme ait apporté davantage de représentation, de visibilité et d’inclusion, dire “j’aime mon corps” ne suffit pas pour que le monde cesse de juger et de discriminer.

La vérité sur les corps

Malgré tout ce que la société valorise ou dévalorise, une chose reste vraie : votre corps mérite d’être traité avec douceur et gratitude. Trop souvent, nous oublions sa fonction première au profit de l’esthétique  : il nous permet de respirer, marcher, rire, sentir, danser, aimer et vivre. Et pourtant, nous le critiquons sans pitié alors qu’il est notre meilleur ami.

Alors, retenez : le corps de rêve restera un rêve,  une illusion, une quête dépourvue de sens.

Même ceux que vous voyez sur Instagram, Tiktok ou Netflix, sont retouchés et embellis de filtres.

À partir de ces lignes, je vous invite à célébrer vos singularités : un grain de beauté mal placé, un ventre qui dépasse, des sourcils asymétriques. Il n’existe pas une seule manière d’être un(e) 10/10, mais une magnifique infinité.

Louisa Cardinaud (L3 MGO)

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