«American Dream», l’illusion d’un rêve universel.
Photographie par Louisa Cardinaud.

«American Dream», l’illusion d’un rêve universel.

“I have a dream” : ces mots de Martin Luther King résonnent encore comme l’écho d’un idéal universel. Celui d’une société dans laquelle chacun serait l’égal de l’autre, disposerait des mêmes libertés, des mêmes opportunités, des mêmes chances de changer de vie et de s’accomplir.

Longtemps perçu comme une promesse de liberté et de réussite, le rêve américain a façonné l’imaginaire collectif de générations entières. Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Des idéaux démocratiques au mythe du garage

Le terme “American Dream” fut popularisé au début du XXe siècle par l’écrivain américain James Truslow Adams. À l’origine, il ne s’agissait pas d’un appel à l’enrichissement matériel, mais d’un projet démocratique ; créer un pays égalitaire, offrant à tous la possibilité d’une vie meilleure, indépendamment de sa naissance. Rapidement l’idéal s’est transformé en synonyme d’ascension sociale, porté par l’image du «self-made man». Le mythe du garage, où naissent les grandes entreprises - de Hewlett-Packard à Apple - illustre cette croyance que le travail et la persévérance suffisent pour renverser le destin. 

Icônes d’un rêve possible

Certains parcours semblent donner corps à cette croyance. Barack Obama, élu premier président noir des États-Unis, a marqué l’histoire, incarnant pour beaucoup la preuve qu’un pays marqué par la ségrégation pouvait offrir des chances à tous. 

Au-delà de la politique, les éléments tels que la Green Card (visa de long séjour), symbole d’une vie nouvelle, ou l’influence culturelle des universités américaines ont renforcé l’idée d’un pays où tout semble possible, capable d’attirer des talents de tous horizons. Le cinéma hollywoodien, en embellissant les grandes villes et les campus, a ancré l’idée que les États-Unis étaient la porte d’entrée d’un changement de destin. 

L’écart avec la réalité

Derrière l’image brillante, la réalité se révèle bien plus complexe. L’accès à ce rêve demeure profondément inégal. Non seulement les discriminations sociales et raciales persistent, mais les barrières migratoires de ce pays, transforment l’espoir en épreuve. 

Une étude du Center for American Progress a démontré que la mobilité sociale est aujourd’hui plus faible aux États-Unis que dans de nombreux pays européens. Autrement dit, il est plus facile de changer de classe sociale en France, en Allemagne ou au Danemark qu’aux États-Unis. 

Les inégalités se creusent, et une nouvelle forme de ségrégation apparaît : non plus raciale, mais économique et territoriale. Les familles riches et pauvres ne vivent plus dans les mêmes villes, ne fréquentent pas les mêmes écoles, n’accèdent pas aux mêmes ressources. Le rêve américain censé unir autour d’un idéal social, se fragmente en plusieurs mondes parallèles. 

De la grandeur à la nostalgie

Pour certains, l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a été interprétée comme une rupture dans les ambitions sociales américaines. Les discours sur la grandeur des Etats-Unis s’apparentent davantage à un souvenir nostalgique qu’à un projet d’avenir. Les promesses d’opportunités illimitées se heurtent désormais à des obstacles : le creusement des inégalités, la montée de tensions sociales et les discriminations persistantes. 

Aujourd’hui, le rêve américain existe encore, mais il n’est plus universel. Certains entrepreneurs, chercheurs ou artistes en font encore l’expérience, mais il reste inaccessible pour la plupart. Si les films, les récits de réussite et les slogans politiques véhiculent toujours cet idéal, la réalité quotidienne est souvent plus sombre que l’image vendue. 

Un mythe à réinventer ?

Le rêve américain a sérieusement évolué, d’un idéal d’égalité et d’opportunité, il est devenu l’emblème de la réussite personnelle, de l’ambition individuelle parfois détachée du collectif. Il continue d’inspirer mais rencontre des contradictions profondes. Les États-Unis font encore rêver mais ce rêve est fragmenté, accessible pour certains, hors de portée pour d’autres, et parfois même illusoire. La question reste ouverte : faut-il repenser le rêve américain d’Adams pour l’adapter aux réalités contemporaines ? Ou accepter qu’il ne soit désormais plus qu’un mythe, une histoire que l’on raconte sans pour autant y croire vraiment ?

 

Anaé Duchemin, L3 Francfort

 

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