La culture, un marché comme les autres ?

Plaidoyer pour un art détaché du stigmate marchand

UNESCO

La culture, c’est ce qui nous ressemble et ce qui nous rassemble. La culture, c’est ce qui nous rend proprement humain. La culture, ce sont des domaines aussi variés que notre imagination peut le concevoir (peinture, architecture, musique, musées…). Se demander si la culture est un marché comme les autres revient à se demander si la culture est une marchandise comme les autres qui peut être échangée. Il s’agira donc de penser la notion d’exception culturelle formulée entre autres par François Mitterrand: « Les créations de l’esprit ne sont pas des marchandises ».

#Opinion La culture est-elle une marchandise comme les autres ? Un de nos rédacteurs t’apporte des éléments de réponse: pour lui, c’est non.

palais

La culture, un marché essentiel pour le rayonnement d’un pays.

En France, le marché de la culture représente 3,2% du PIB et sept fois plus de valeur ajoutée que le secteur automobile. La culture participe au rayonnement international d’un pays. La culture française est certes moins diffusée que la culture anglo-saxonne mais présente des références incontournables : impressionnisme, littérature, philosophie, musique, cuisine… Aujourd’hui, la France exporte de nouveaux produits : luxe, cinéma, gastronomie, jeux vidéo et même muséographie (le Louvre d’Abu Dhabi qui s’apprête à ouvrir cette année).

Le futur Louvre d'Abu Dhabi
Le futur Louvre d’Abu Dhabi

La culture est un élément central du soft power. Le soft power américain est l’un des plus puissants au monde et s’est traduit par la diffusion mondiale de l’American way of life. Le poids de la culture américaine s’explique par sa diffusion dans le monde à travers la production des industries américaines de cinéma et par sa maîtrise des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication). Hubert Védrine résume cette hégémonie : « Additionnés le Pentagone, Boeing, Coca-Cola, Microsoft, Hollywood, CNN, internet, la langue anglaise : cette situation est quasiment sans précédent ». Dans quelle mesure dès lors se sont diversifiés les outils pour « consommer » de la culture à l’heure des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) qui pèsent 1 600 milliards de dollars et de leurs réseaux sociaux ?

La diversité culturelle en péril

Le libéralisme est parfois taxé d’être un rouleau compresseur qui étouffe la diversité au bénéfice des plus gros. Il suffit d’analyser les Tops 50 par pays sur Spotify pour observer la domination culturelle occidentale qui uniformise et s’impose à une grande partie de la planète.

Il faut protéger la diversité culturelle. L’UNESCO s’y attache avec entre autres le label de Patrimoine de l’Humanité pour des sites comme le vieux Lyon et en mettant également en valeur des événements comme le carnaval de Dunkerque ou des savoir-faire comme la fabrication d’objets laqués dans l’est asiatique. En 2005 a été adoptée la Déclaration universelle sur la diversité culturelle qui offre un cadre de défense des cultures minoritaires et des politiques d’exception culturelle pour certains Etats. Le concept d’exception culturelle est véritablement né dans le cadre des négociations lors de l’Uruguay Round et de négociations à l’OMC à mesure qu’il était question que les services et la culture fassent l’objet d’accords internationaux.

Les Etats disposent d’un autre outil pour œuvrer à la protection de leurs cultures dans toutes leurs dimensions : la garantie d’un service public de culture. Cela passe par exemple par une politique contraignante concernant la proportion de films ou de séries françaises diffusés sur une chaîne télévisuelle. Cela passe également en France par un financement du cinéma et par le financement des chaînes publiques par la redevance télévisuelle.

La culture n’est pas imperméable à l’argent. La culture est avant tout une œuvre de l’esprit dont la finalité première n’est pas la vente mais de donner une représentation du monde ou d’exprimer un sentiment. La vente parait presque accidentelle au regard de sa raison d’être. On est dans une sphère qui nous élève et non pas qui nous abaisse.

La question de l’exception culturelle est d’actualité avec le traité transatlantique. La France et l’Union européenne souhaitent ne pas intégrer dans ces négociations le cinéma ou encore l’audiovisuel. Et c’est parce que la culture est une marchandise différente de toutes les autres, qu’il en sera question dans des négociations dédiées. De plus, on pourrait entrevoir les résultats d’un certain protectionnisme culturel efficace dans la mesure où les audiences en 2016 ont montré que les créations françaises ont pris leur revanche sur les créations américaines.

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