Looking for Bacchus

Que la pluie quitte les oripeaux que sont ces lourds nuages gris stagnant dans le ciel de Glasgow pour ruisseler sur les visages marqués par une nuit d’ivresse.
Que le parfum de malte mêlé à la rosée se fasse humer par les pensionnaires trop tardifs des pubs de la région.
Que le voile d’une société miséreuse se dissipe par le battement d’un cil espiègle.
Que la parole écossaise non sous-titrée reste incomprise des plus bilingues d’entre nous.
Mesdames et Messieurs, Ken Loach est de retour.

Le cinéaste social par excellence revient à l’image de La Part des Anges : modeste. Car ne répondant pas à une soif vaniteuse de ne faire que des grands films, le réalisateur britannique parvient à la confection d’un très bon long métrage mineur. Attention n’y voyez pas là un sens péjoratif.  Jacques Brel qualifiait lui-même la chanson d’art mineur, art qui n’en reste cependant pas moins indispensable.

La Part des Anges est certes un film sans prétention, qui ne restera probablement pas dans l’Histoire, mais qui s’apprécie, simplement et pleinement pour ce qu’il est et c’est déjà beaucoup.

Ken Loach parvient à éviter le pléonasme qu’aurait pu constituer la rencontre entre son cinéma social et la crise économique subie de plein fouet par la classe populaire, objet premier de son attention. C’est alors par l’humour fin et sincère du réalisateur de la Palme d’Or du festival de Cannes 2006 que la narration ne s’empêtre pas dans un pathos aussi boueux qu’un morne mois d’octobre dans les highlands. Bercé par une vision réaliste s‘attachant à retranscrire des relations et une expression naturelle de ses personnages, le ton de la comédie permet au contraire d’enrichir la musique de Loach en offrant un gai contre-chant compensant largement la grise mélodie sociale principale.

Après le football dans Looking for Eric, c’est un autre sujet cher à son cœur qu’est l’alcool que Ken Loach traite par le biais de la comédie. Le foot et le whisky ou la revendication d’une identité britannique qui échappe à la famille royale permettent au réalisateur de parler vrai. Des jeunes repris de justice échappent ainsi à leur condition par la noble porte du spiritueux malté. De l’ivrogne au dégustateur il n’y a qu’une différence de connaissance et d’argent que les ressources de Robbie, nouveau jeune père en quête de conquête sociale vont lui permettre d’acquérir.

La part des anges est l’alcool qui s’évapore lors de la fermentation des fûts. La Part des Anges s’évaporera peut-être des mémoires de spectateurs mais en attendant il reste un très bon film humble, drôle et touchant, salué d’ailleurs par le prix du jury du dernier festival de Cannes et à découvrir avant la Palme de Haneke.

 

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