Et si la Corée n’avait pas totalement perdu le nord ?

Et si la Corée n’avait pas totalement perdu le nord ?

S’il a souvent été parodié et tourné au ridicule pour son image de gosse capricieux et imprévisible, Kim Jong-Un est aujourd’hui plus que jamais pris au sérieux par la communauté internationale : Rajoutez une bombe dans les mains du gamin, il se transforme en une menace mondiale.
La Corée du Nord a conservé une poussiéreuse réputation de vestige de la guerre froide. Des méthodes de propagande archaïques au conflit avec les Etats-Unis en passant par les codes communistes repris à feu sa grande sœur, l’URSS, le pays est en décalage total avec son temps. Pourtant, il semble que malgré cette façade risible la Corée du Nord dispose de moyens militaires susceptibles de représenter un réel risque pour les puissances voisines. Qu’en est-il réellement ?

 

Une réelle force de frappe ?

Toute la difficulté du dossier Nord-Coréen réside dans le secret qui englobe les réelles capacités militaires du pays. Si le régime de Pyongyang a l’habitude de communiquer sur son armée et son équipement, les chiffres sont souvent gonflés, et les capacités largement surestimées.

Avant de construire un panorama exhaustif de cette menace, il convient de distinguer armée, armement nucléaire et puissance balistique.

Avec 1,2 millions de soldats actifs et 8 millions de réservistes, soit un total potentiel de 37% de sa population, l’armée Nord Coréenne figure aujourd’hui comme la 4ème mondiale en terme d’effectifs. Au delà du chiffre, la dévotion et le patriotisme sans faille de la population, alimentés par l’action perpétuelle d’une politique de propagande de masse, constitue un atout majeur que peu de pays peuvent aujourd’hui afficher.
Si la totalité de la population n’est pas soldate de carrière, un service militaire d’une durée exceptionnelle (10 ans pour les hommes et 7 pour les femmes) a été rendu obligatoire depuis 2015. Chaque individu est donc formé au cours de son existence à l’obéissance ainsi qu’à l’utilisation des armes.

Ces chiffres excessifs se retrouvent aussi au niveau de l’arsenal. Avec près de 4200 chars, 8600 pièces d’artillerie, 740 navires de guerre et 820 avions de combat, la Corée du Nord dépasse de loin les statistiques des puissances occidentales, Etats-Unis compris (selon une étude du Center for Strategic & International Studies). Cet état de fait s’explique par une politique d’investissement militaire agressive, où entre 20 et 30% du PIB national serait consacré à la production de ces armements.

Si l’arsenal « classique » de la Corée du Nord semble démesuré, c’est surtout son avancée vers le nucléaire qui préoccupe la communauté internationale. Aujourd’hui, il peut être affirmé avec certitude que le pays possède la technologie nucléaire, notamment au regard des récents essais de bombe à hydrogène entrepris par le régime. La question qui se pose n’est cependant pas celle de la technologie nucléaire en elle même, mais de la miniaturisation.
Posséder l’arme nucléaire est une chose, être capable de lui faire atteindre sa cible en est une autre. En clair, il faut pouvoir embarquer la bombe sur un missile balistique intercontinental qui agit comme un vecteur entre les zones de lancement et d’impact. Si le pays semble avoir récemment progressé sur ces questions, il reste confronté à de sérieux challenges techniques. En effet, la miniaturisation ne fait pas tout. La Corée doit encore pouvoir se doter d’un vecteur suffisamment résistant aux frottements de l’air et aux températures de très haute altitude. Aussi, il faut pouvoir garantir une précision de frappe chirurgicale, les contraintes techniques sont donc immenses. C’est là le point faible de l’armée nord-coréenne.

 

Un arsenal vieillissant

En terme de quantités, l’arsenal du pays est impressionnant. Et même si les communiqués du régime martèlent le contraire, son point faible réside aujourd’hui dans l’obsolescence des équipements. En effet, si Pyongyang affirme disposer de technologies de pointe, on estime que l’ensemble des armes et appareils dont l’armée est aujourd’hui équipée proviennent des restes de la guerre froide et de la seconde guerre mondiale. La puissance de feu Nord-Coréenne est de ce fait en grande partie biaisée par l’illusion du nombre, considéré par certain comme un accumulat d’équipements hors d’âge.

Pour l’heure, tous les efforts du pays sont tournés vers le développement de l’arme nucléaire. Essais balistiques répétés, simulations d’attaques sur les puissances voisines, investissements colossaux à l’élaboration de missiles intercontinentaux fiables, les ambitions du régime sont aujourd’hui claires. Toutefois, pouvons nous réellement adopter la vision binaire simpliste du méchant face au gentil dans le bras de fer qui oppose aujourd’hui la Corée du Nord aux Etats Unis ?

 

« Le feu et la colère », une stratégie irrationnelle ?

La communauté internationale et les Etats-Unis se confrontent sans réel succès au programme nucléaire de Pyongyang depuis les années 80 où, avec l’aide des soviétiques, un programme nucléaire prétendu « civil » fut mis en place puis détourné par le régime. Depuis 25 ans les diverses phases de dialogue puis de sanctions n’ont menés à rien, et aujourd’hui, en renouvelant des menaces d’intervention militaire contre la Corée du Nord, Mr Trump s’engouffre lui-même dans une impasse : en effet la détermination de Pyongyang acquérir l’arme nucléaire peut s’expliquer à la lumière de l’attitude belliqueuse des Etats-Unis.

Depuis 70 ans, l’interventionnisme des Etats-Unis a démontré leur capacité à détruire ou mettre en place des régimes à leur convenance à travers le monde : Viêt-Nam, Corée, Amérique Latine, Afghanistan, Irak, Syrie… De plus, les menaces américaines d’intervention militaire en Corée étaient récurrente bien avant la présidence Trump : aucun armistice n’a été signé depuis l’arrêt des combats entre le Nord et le Sud en 1953, et les représailles armées furent envisagées par les administrations Nixon, Clinton et Bush.

Ainsi, on peut comprendre pourquoi la peur et la haine des Nord-Coréens vis-à-vis des Etats Unis est fondée et n’a rien d’irrationnelle, et pourquoi la poursuite d’un programme nucléaire semble être une obsession pour les Kim : l’arme atomique semble être la seule assurance vie fiable pour le régime afin de ne pas subir le sort réservé aux dictatures trop embarrassantes.
N’oublions pas non plus les cicatrices laissées dans les mémoires par la guerre de Corée : si chaque camp a des exactions à son compte, et que le Nord porte la responsabilité du déclenchement du conflit, les Etats-Unis n’ont pas été là-bas à la hauteur de leur statut de défenseur de la liberté. En effet, les USA sont responsables de bombardement au napalm massifs sur les civils nord-coréens.
Les Etats-Unis ont donc fait de l’arme atomique une question de survie pour la Corée du Nord, renforçant en prime la légitimité du régime qui se pose en défenseur, en bouclier entre le peuple et l’envahisseur américain.

Alors, crétin le Nord-Coréen ?         


S’il mérite amplement son appellation de criminel tortionnaire, on se méprendrait gravement en le prenant pour un fou irrationnel
. En effet, quel que soient les sacrifices à faire, le programme nucléaire est le joker ultime de Kim Jung-un et l’assurance d’une stabilité à long terme pour son régime héréditaire.

C’est plutôt une partie la communauté internationale qui se fourvoie en pensant que la Corée du Nord abandonnera ses projets balistiques et nucléaires à force de sanctions. A cela s’ajoute l’attitude irrationnelle menaçante de M. Trump, qui brandit « le feu et la colère » sans tenir compte des potentiels représailles de Pyongyang contre la Corée du Sud ou le Japon et leurs agglomérations denses, ni même des conséquences sanitaires, économiques, humaines et diplomatiques désastreuses qu’aurait un bombardement nucléaire sur cette région du globe.

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