La Tour triangle : un projet qui tourne en rond !

Qui n’a jamais rêvé de voir s’ériger une tour colossale et triangulaire au parc des expositions de la Porte de Versailles ? Visiblement la majorité des élus du Conseil de Paris, qui ont rejeté ce projet le 17 novembre dernier… En effet, si Anne Hidalgo s’émerveillait déjà de la construction de cet édifice grandiose, une bonne partie des élus locaux ne semble pas partager son enthousiasme.

Mais alors, comment comprendre des réactions si différentes ?

L’opposition tient principalement à 3 désaccords : l’attractivité de Paris, la création d’emplois, et la finalité du projet.

Le point central de la confrontations entre opposants et partisans est incontestablement le suivant : Paris, ville mondiale, a-t-elle toujours besoin de faire ses preuves ? Pour les opposants au projet, Paris n’a nullement besoin de se réinventer pour continuer à séduire le monde entier (la capitale est la première destination touristique au monde). À l’inverse, Anne Hidalgo souligne l’importance de ne pas se reposer sur ses acquis, dans l’optique de maintenir et d’accroître l’attractivité de Paris ainsi que son rayonnement mondial.

Un autre argument phare des défenseurs du projet : la création d’emplois. Selon la maire de Paris, la construction de cette tour mobiliserait quelques 5000 salariés, et ce sur plusieurs années ; ce projet serait donc le bienvenu dans un pays où le chômage concerne plus de 10% de la population active.

Toutefois, les opposants sont sceptiques : d’une part, la création d’emplois liée à la construction de l’édifice ne s’inscrit pas dans la durée ; et d’autre part la finalité du projet a changé. Au départ, la tour devait accueillir entreprises et congrès, mais il est maintenant question d’y installer des bureaux. Cette idée est contestée par Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a rappellé, dans une interview au journal Les Echos en novembre dernier, que « 800.000 mètres carrés de bureaux ne trouvent déjà pas preneur à Paris ». Cela soulève par ailleurs la question du bienfondé de la finalité du projet : la capitale regorge déjà de bureaux, elle manque en revanche cruellement de logements. Ainsi ce sont entre 300 et 400 logements qui pourraient être créés à la place, une quantité non négligeable étant donné la crise du logement dans la capitale française.

 Enfin, le projet est en proie aux contestations des écologistes et des riverains. Si les prévisions concernant la tour respectent les objectifs énergétiques de la ville, les tours seraient cependant « au moins 7 fois plus énergivores que des bâtiments de bureaux classiques », selon un communiqué du 6 novembre 2014 du groupe écologiste de Paris. Les parisiens aussi y sont hostiles, en raison de la gêne occasionnée par les travaux ou encore de critères esthétiques. Enfin des préoccupations financières sont suscitées par ce projet, dont le coût serait estimé à près de 500 millions d’euros.

photo texte article tour Triangle

Quel avenir pour la tour ?

Le projet a été rejeté à l’issue d’un vote du Conseil de Paris (83 voix contre, 78 voix pour), toutefois ce vote est contesté devant le tribunal administratif, et le projet est pour le moment suspendu. Il semble donc que nous n’ayons pas fini d’en entendre parler. Néanmoins, au-delà des querelles locales, ce projet est au cœur d’enjeux considérables. En effet, la concurrence entre les territoires pour attirer individus et capitaux est de plus en plus forte. Cette hyper compétition pousse les grandes villes à l’innovation, dans l’optique de se démarquer du reste du monde. D’où l’élaboration de bâtiments quasi-pharaoniques depuis plusieurs années : à Londres The Shard, la tour la plus haute d’Europe (inaugurée en 2012), ou encore à Dubaï, où est prévue la construction d’un gratte-ciel d’1km de hauteur !

Si la capitale française n’échappe pas à ce besoin crucial de différenciation, elle semblait toutefois ne pas l’avoir encore compris. Ainsi, bien que la tour triangle ne soit certainement pas le projet idéal, l’émergence même de grandes réflexions autour de la modernisation de Paris révèle finalement une prise de conscience des enjeux par les élus locaux.

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