Deux romans qu’il ne fallait pas manquer cette année

Amélie Nothomb, en vrai.
Amélie Nothomb, en vrai.

D’août à novembre, la saison littéraire bat son plein. Propulsés en une, ce qui est rare en temps normal (à moins bien sûr d’être une ex-Première dame), quelques auteurs profitent de l’exposition médiatique pour réaliser de vrais cartons.

Ainsi ai-je décidé de vous parler des deux auteurs qui m’auront marqué en cet automne 2014. Amélie Nothomb, qui se classe deuxième des meilleures ventes pour la rentrée littéraire selon le grand cabinet GFK et David Foenkinos, grand lauréat du prix Renaudot.

Amélie Nothomb – Pétronille

Amélie Nothomb, en vrai.
Amélie Nothomb, en vrai.

Le fait qu’Amélie Nothomb voue un véritable culte au champagne n’est un secret pour personne. Et puis, si vous l’aviez oublié, Pétronille, est là pour vous le rappeler.

Avec un style d’une simplicité étonnante qui tranche avec son habituelle excentricité, Amélie Nothomb a cette fois-ci décidé de nous parler de ses deux passions favorites : le champagne et l’amitié, ou tout du moins son amitié avec la fameuse « Pétronille ».

L’auteure brille par son originalité et, même si on le savait déjà, c’est toujours une partie de plaisir que de la lire.

Les dix premières pages de ce livre autobiographique sont réservées à une réflexion sur l’ivresse et les bienfaits de la « cuite ». Selon elle : « Boire en voulant éviter l’ivresse est aussi déshonorant que d’écouter de la musique sacrée en se protégeant contre le sentiment du sublime». Que l’on soit d’accord ou pas, là n’est pas la question. Amélie charme de par son style et c’est bien là le principal. L’auteure, néanmoins, garde des principes, d’où son livre : boire, oui, mais pas seule ! Ainsi cherche-t-elle une camarade de « beuverie », une « convigne » comme elle aime si bien le dire. Vous l’aurez compris, l’histoire repose sur cette recherche d’une amitié pour déguster en bonne compagnie le doux breuvage qu’est le champagne.

La rencontre a lieu dans une librairie parisienne avec l’une de ses lectrices.

Alors qu’Amélie dédicace son roman «Sabotage amoureux» (nous sommes alors en 1993), Pétronille Fanto, très belle jeune femme aux allures d’adolescente, se retrouve face à elle. Elle s’avère être une de ces lectrices avec laquelle l’auteure a beaucoup correspondu et qui ne l’avait pas laissé indifférente. Ainsi commence une grande et splendide histoire d’amitié fêtée au champagne de renom, dont l’écrivaine fait un éloge.

Les romans d’Amélie Nothomb sont souvent remplis d’humour, et celui-ci ne déroge pas à la règle. En plus d’être drôle, avec des réparties cinglantes (« Vous savez bien que dans le monde des lettres, les prolétaires n’ont aucune chance »), Pétronille est aussi une magnifique et scandaleuse histoire de femmes qui vous enivre jusqu’au point final. Mieux que le champagne, ou presque, j’adore et j’adhère : Amélie Nothomb ne me décevra décidemment jamais.

David Foenkinos - Charlotte

La Charlotte de Foenkinos, en huile sur toile.
La Charlotte de Foenkinos, en huile sur toile.

Qui n’a pas entendu parler de David Foenkinos ? Depuis quelques mois, le fameux prix Renaudot 2014 et tout récemment prix Goncourt des lycéens fait couler de l’encre. Et pour cause : son roman Charlotte retraçant l’histoire d’une jeune femme pendant la 2nde Guerre Mondiale est un immense succès.

« Banal !» me direz-vous. Seulement voilà, Charlotte n’est pas une femme comme les autres. Jeune artiste peintre surdouée dans l’Allemagne nazie, Charlotte Salomon connaîtra une vie courte, mais tragique.

Fille d’un grand chirurgien, elle doit faire face très tôt à la disparition de sa mère. David Foenkinos commence son intrigue avant la naissance de son héroïne, en racontant le secret d’une famille au destin dramatique, qu’elle n’apprendra que lorsque sa grand-mère essaiera de se pendre, en 1940. En fait, Charlotte ignore tout : du suicide de sa mère, de celui de sa sœur avant elle, mais aussi de leur grand-mère et de leur oncle. Et d’autres encore.

Avant de devoir fuir Berlin et les persécutions nazies en 1939, à 22 ans, pour se réfugier dans le sud de la France, Charlotte vit une véritable passion amoureuse. Ainsi quitte-t-elle à contre cœur une passion avec un homme dont elle ne cessera jamais de dessiner le portrait dans son cœur. En France, dans une chambre d’hôtel monacale, elle entreprend sa grande œuvre autobiographique intitulée «  Leben? oder Theater ? » (« Vie? ou Théâtre? ») Elle peint, dessine, écrit sa vie et ses souvenirs. Cela représente près de 800 gouaches, accompagnées de textes et de chants. Deux ans plus tard, la jeune femme confie son trésor à un vieil ami français, le médecin Moridis en lui révélant qu’il s’agit de « toute [sa] vie ». Peu après, Charlotte, alors enceinte, est dénoncée par des voisins et déportée en 1943, à l’âge de 26 ans. Direction Auschwitz, où elle sera gazée, sans doute le jour même de son arrivée.

Après la guerre, son père, qui a survécu aux Pays-Bas, retrouve son œuvre. Et soixante ans plus tard, David Foenkinos découvre Charlotte, alors qu’elle est exposée à Berlin. Tout de suite obsédé par cette femme, il décide de lui consacrer son livre.

Charlotte est écrit en vers libres, et chaque courte phrase est suivie d’un retour à la ligne qui induit un rythme s’apparentant à une respiration saccadée. L’auteur explique :

«  J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.

Alors j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi. »

Malgré quelques détracteurs, David Foenkinos a su se démarquer et rend ainsi un véritable hommage à cette jeune femme talentueuse et courageuse qu’était Charlotte Salomon. Bouleversant, poignant, troublant, passionnant : autant d’adjectifs qui décrivent à la perfection ce livre empli d’émotions. Vous n’en sortirez sûrement pas indemne.

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