Prisoners, la caméra qui saisit la prison intangible

Une forêt hivernale. Un arbre à l’écorce labyrinthique au second plan qui laisse découvrir une biche s’avançant d’un pas hésitant. Un léger traveling arrière accompagné d’un changement de focal. L’arbre devient, durant une demi-seconde, une sublime peinture. Un canon de fusil apparait, l’animal tombe. Un plan magnifique, à l’image du film qu’il débute.

Prisoners raconte parallèlement l’enquête de la disparition de deux fillettes et la quête de justice d’un père. Des fillettes prisonnières donc, des parents prisonniers de leur détresse surtout.prisonersss

Tant sur le fond que sur la forme, on a l’impression de voir la rencontre de Zodiac et La Chasse. D’abord, l’enquête est menée par  un (comme toujours) excellent Jake Gyllenhaal ; ensuite, la détresse humaine se perd dans les sentiers obscurs des villages neigeux ; et enfin, la mise en scène calculée au millimètre met toujours en valeur des acteurs très convaincants. Hugh Jackman a gardé quelque chose d’un Jean Valjean tout juste sorti de bagne, prisonnier de sa haine animale (il y a un reste de Wolverine aussi). Jake Gyllenhaal, flic tatoué un peu bad guy, compétent sans être un surhomme revêt très bien le pardessus du flic de film noir.

En effet, ce thriller reprend les codes du genre sur quelques gros plans en voiture par exemple, où les gouttes perlant sur la vitre se reflètent sur le visage caché dans l’ombre d’un détective tourmenté.  A noter à ce titre le très bon travail du directeur de photographie Roger Deakins (Skyfall, True Grit, A Serious Man…) ainsi que du chef décorateur qui par des couleurs froides et ternes enrichit le long métrage d’une profonde angoisse.

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La caméra tantôt dans un lent mouvement se lovant autour de l’intrigue, tantôt par des plans fixes en intérieur, avec des entrées et sorties du champ des acteurs, dote les personnages d’une liberté illusoire puisqu’ils s’enferment d’eux même dans ce cadre.

Il ne faut pas oublier la présence de Paul Dano, toujours crédible dans la catégorie « mec paumé et faible dont il faut se méfier ».

Bref, Prisoners est beau, est dur, est fort (n’y voyez pourtant rien de pornographique). Et comme je ne peux décemment pas m’arrêter sur une telle parenthèse, ajoutons que le film est déjà premier au Box Office américain et qu’il a fait sensation au Tiff (Toronto International Film Festival) qui est la rampe menant aux Oscars. Affaire à suivre…

 

 

Sortie le 09 Octobre

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