Exposition Doisneau

Exposition Doisneau

par Hugo Matricon

« La musique des Halles, c’est le fracas de tous les diables dans l’opéra de tous les jours »

 

L’hôtel de ville de Paris nous invite à venir déambuler au milieu des cargaisons tout juste déchargées, de cette émulation qui guidait tous ces « forts des Halles » dont Doisneau nous retrace le métier. Nous sommes au milieu des années soixante lorsque Doisneau aime à se lever tôt pour tenter de cristalliser ces rudes tâches qui incombent aux hommes qu’il nommera les « travailleurs de l’ombre ».

Des hommes grands, robustes, qui portent le courage sur leurs épaules face à ces femmes vaillantes qui ont pour point commun la même gaité inscrite sur leurs joues. Ne vous attendez pas à voir toute cette misère qui fait généralement écho au monde ouvrier de ces années là mais plutôt cette allégresse étonnante qui transparait dans chaque cliché. Doisneau l’a bien dit : il aimait « fixer des sourires ». Venez vous perdre au milieu des établis, choisir vos légumes et votre viande, tout est là sous ce splendide pavillon Baltard. Faites vos achats au rythme des déchargements, du gargouillement du ventre de Paris.

Chaque photo regorge de vie et d’entrain. Voyez cette « marchande joyeuse », ce « fort à la cigarette », le visage marqué par la dureté du travail, le sourire si large qu’il en perdrait presque sa clope. Et ces deux hommes s’apprêtant à trouver le sommeil à même le sol après le travail accompli, le regard franc, des corps massifs contrastant avec le troisième endormi, une ébauche joviale au coin des lèvres.

Mais bientôt s’envolera la foire du ventre de Paris, emportée par l’air de modernité que représente l’épopée pompidolienne. Vous pouvez vous arrêter devant cette consternation face au trou béant de l’ancien pavillon Baltard, ils ont tout cassé. Doisneau, qui dénonça vivement ce fonctionnalisme qui fit perdre toute singularité au lieu déchu des Halles, ne comprenait rien « aux concepts des technocrates imbibés de géométrie », nous non plus. « Paris a perdu son ventre et un peu de son esprit ». Les forts sont partis, il ne reste que les mégots. Les établis sont démantelés, les glaneuses emportées.

Cette exposition relate avant tout la rupture d’une longue histoire d’amour entre un photographe de renom et un lieu mythique parisien.

Doisneau vous invite à venir découvrir un Paris qui  n’est plus, ce « théâtre où l’on se payait sa place avec le temps perdu ».

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