Et si on essayait de gérer une association différemment ?

Et si on imaginait une association sans hiérarchie ? Une association sans bureau, sans chef, sans grand patron ? Une association où chaque membre serait l’égal de l’autre ? Une association où personne n’aurait le droit de juger d’un projet où d’une idée ?

Pourquoi rêver d’une telle association ?

Pourquoi accepter qu’un étudiant qui n’a guère plus d’une ou deux années de plus que nous puisse nous donner des ordres et nous commander. Plus largement, on pourrait même se demander comme l’a brillamment fait Étienne De La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire : pourquoi les humains acceptent d’être dominés et dirigés par d’autres humains ? Il ne s’agit pas ici de nous embarquer dans une longue réflexion philosophique sur ce sujet mais, très simplement, de poser une question légitime : de quel droit un humain, qui plus est un étudiant donc un apprenti, pourrait-il me donner des ordres ?

Nous ne passons pas autant de temps sur les bancs de l’Université pour devenir incapable de décider. Bien au contraire, nous avons précisément choisi Dauphine pour apprendre à décider. Alors autant apprendre à le faire dès le début. C’est pourquoi, dans cet article, nous vous soumettons une proposition sous forme de question : que diriez-vous d’expérimenter de nouvelles façons de gérer une association ?

Cet article ne constitue pas une critique de l’organisation hiérarchique, c’est une proposition alternative, que l’on essaie de mettre en place au sein de notre association.

Dauphilo et son modèle : plus qu’un simple discours

Partant du fait que nous voudrions avoir comme première expérience une expérience qui nous permet de nous développer, de nous émanciper et de nous confronter à nos limites également sans pour autant être dirigé, Dauphilo expérimente depuis deux ans un nouveau modèle. Le mot d’ordre : la liberté individuelle. Le vice : la hiérarchie. La vertu essentielle : le goût de la liberté.

Pour parvenir à un tel modèle, nous avons commencé par retirer le bureau. Officiellement, sur le papier, il y a un Président et son Bureau pour une seule raison : c’est une formalité administrative obligatoire. Cependant, notre mode de fonctionnement officiel exclue toute forme de domination.

Ainsi, lorsqu’une réunion débute, aucun ordre du jour n’est imposé. Les réunions, mêmes les plus importantes, commencent par une question simple adressé à l’ensemble des personnes présentes : de quoi souhaitez-vous parler aujourd’hui ? Tout le monde, même celui qui pose la question, est en droit de répondre. Les sujets sont donc abordés dans l’ordre des propositions formulées par les membres.

Lorsque vient la question de la décision, ni la majorité absolue ni le président « officiel » ne décide. En effet, l’association fonctionne par projet. Chacun est libre de proposer un projet de le mener jusqu’au bout en s’organisant avec les autres membres de l’association, car liberté ne veut pas dire individualité. Aucun projet n’est refusé ni même discuté quant à sa pertinence. En effet, le drame de la discussion et du dialogue orale est de réduire la pertinence à l’efficacité du discours. Or, que de projets pertinents délaissés car leurs défendeurs n’ont pas su adopter un discours suffisamment efficace… Chez Dauphilo, les membres sont libres de s’impliquer sur les projets de leur choix selon les modalités de leur choix. Les réunions permettent de faire le point sur l’avancée des uns et des autres.

Enfin, au-delà du mode de fonctionnement, le discours tenu au sein de l’association valorise l’autonomie et se pose comme une critique ferme de toute logique de domination. Les membres sont donc invités à décider par eux-mêmes, à ne juger aucune personne ni idée et à n’accepter aucun ordre. En revanche, décider par soi-même ne veut pas dire se retrouver seul. L’idée est de s’aider les uns les autres pour accompagner les projets que chacun choisit. Ces discours contribuent à construire un espace d’émancipation où chacun doit sans cesse faire preuve de créativité pour répondre à cette tension prégnante : faire avancer un projet sans imposer.

Les limites des idéaux

Le modèle de Dauphilo est parfaitement imparfait. Ses carences sont multiples et son défi majeur reste celui formulé précédemment : avancer sans imposer. Ainsi, en invitant chaque membre à prendre l’initiative de ses idées, nous avons vite constaté que si les propositions de projets fusent, leur réalisation se fait souvent attendre. Si notre modèle fonctionnait, Dauphilo aurait déjà réalisé tant de projets !

Cependant, tel n’est pas le cas. Peu de projets ont été réalisé car le temps de la proposition est rarement suivi du temps de la réalisation. En effet, un cercle vicieux s’est vite déployé : les projets ne se réalisant pas (car aucun travail n’est imposé), les membres ont le sentiment que l’association n’avance pas. Dès lors, ils abandonnent. Les projets avancent donc moins. Les membres abandonnent plus, etc.

Aussi, en n’imposant rien, pas même la présence aux réunions, le nombre de membres impliqué a vite diminué. Jusqu’à la fin d’année où il ne reste que les plus motivés, les plus attachés au projet.

Les avantages de ce modèle

La dernière limite évoquée est sans doute la plus grande force de ce modèle : ne retenir que les plus attachés au projet. Ne reste que ceux qui lucidement, connaissant tout du projet, souhaite continuer à le soutenir. Peut-être qu’ils ne sont pas nombreux mais la force d’une personne déterminée dépassera toujours celle de 1000 indéterminés.

Par ailleurs, avec un tel modèle, de nouvelles valeurs sont nécessaires pour s’épanouir dans l’association. Il ne s’agit plus d’être motivé et dynamique (sous-entendu : tu feras ce qu’on te dit dans les délais que l’on t’impose). Le goût de l’émancipation, un intérêt sincère pour le projet et un sens aiguisé de la responsabilité deviennent indispensables. On ne sort pas de Dauphilo avec plus d’expérience pratique ; on sort de Dauphilo avec une meilleure connaissance de soi quant à sa capacité à respecter les autres dans leur singularité et à être responsable de ses décisions. Dauphilo ne forme pas des esprits obéissants ; Dauphilo invite à la prise de décision lucide donc responsable.

Toutefois, responsabilité ne rime pas avec obligation de réussite. La responsabilité est individuelle : nul ne peut être tenu responsable de l’état général d’avancement des projets ; chacun est responsable de ce qu’il fait et de ce qu’il a fait pour faire avancer ses projets donc l’association. Et même un projet qui n’a pas été mené jusqu’au bout est riche en enseignements ; on emporte toujours avec nous quelques leçons de nos tentatives. Il semblerait même que l’on finisse par développer une sorte de sagesse personnelle : un projet à la fois, privilégier telle tâche plutôt qu’une autre, faire appel à d’autres personnes pour certains types de tâches… Autonome et responsable, on finit par mieux se connaitre et mieux reconnaitre notre besoin de l’Autre pour avancer.

Les conditions de ce modèle

Evidemment, de telles valeurs nécessitent une implication forte des membres. Chacun doit prendre à bras le corps son projet et le mener jusqu’au bout en discutant avec les autres membres pour trouver quelques soutiens et une aide indispensable à la réussite du projet.

Ces deux années d’expérimentation d’un nouveau modèle furent riches en leçons. Nous reconnaissons désormais le besoin d’une personne qui anime sans imposer. Une sorte de président-animateur ; pas décideur-pour-les-autres. Son rôle est d’impulser une dynamique dans l’équipe car si on ne peut pas imposer des projets, on peut toujours donner l’envie d’en mener ; tel est le rôle de ce président-animateur. L’autre leçon est de limiter le nombre de membres recrutés. En effet, au-delà d’un certain nombre de membres, il devient difficile de privilégier le dialogue et de laisser un espace suffisant à chacun pour s’exprimer. Dés lors, nous avons fixé un nombre de 10 nouveaux membres maximum.

Dauphilo a imaginé une association sans hiérarchie. Une association sans bureau, sans chef, sans grand patron. Une association où chaque membre est l’égal de l’autre. Une association où personne n’a le droit de juger d’un projet où d’une idée. Une association qui cherche à réaliser quelques rêves partagés (RALEE) : la Responsabilité, l’Autonomie, la Liberté, l’Egalité, l’Emancipation.

 

Calvin Druet et Ousama Bouiss, Association Dauphilo

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*