La grève, droit ou abus ?

 

Elle fait partie de notre quotidien. Elle déchaine passions, colères, débats, mobilisation. On la subit ou on la pratique. Elle nous exaspère ou bien nous meut. Grande tradition française, la grève sévit encore ce lundi 9 avril alors que le gouvernement entame la réforme de la SNCF.

La France, championne du monde de la grève

C’est bien connu, la France est le paradis de la grève, et même le champion du monde avec 123 jours ouvrables perdus pour 1000 travailleurs par an (contre 7 en Allemagne). Sévèrement réprimée jusqu’en 1864 par la loi Le Chapelier, la grève fut progressivement légalisée par la loi Ollivier, sous l’Empire libéral. Par la défense des acquis sociaux ou la production de droits nouveaux, les grèves ont souvent permis l’avancée sociale et démocratique de la France. Elles visèrent aussi à défendre la démocratie contre le fascisme ou bien l’occupation. En 1906, la grève permit ainsi la réduction du temps de travail à 8 heures par jour, puis en 1936, l’obtention de congés payés.

La grève des fonctionnaires n’est autorisée qu’en 1946. Cependant, avec l’installation d’un chômage de masse à partir des crises des années 1970-80, les grèves ont peu à peu diminué dans le secteur privé. La grève est aujourd’hui un privilège de la fonction publique et des salariés de très grandes entreprises.

 

Le paradoxe français

En France, on veut du changement, on se plaint sans cesse que rien ne bouge et que l’Etat ne fait rien contre la crise et le chômage. Gauche ou droite, il n’y en a de toute façon pas un pour rattraper l’autre. Mais dès qu’il s’agit de réformer… ah, non, surtout pas !

En 1995 et 2003, des millions d’agents publics se sont par exemple soulevés contre la réforme des retraites, en particulier dans l’enseignement. Vous ne vous en rappelez peut-être pas. Vous étiez trop jeunes, ou bien pas nés, mais la grève a duré jusqu’à deux mois. Deux mois de grève payés. Sympa, pour les parents qui n’ont pas d’autre choix que de travailler et de trouver un moyen de faire garder leurs enfants. Heureusement, la Circulaire du 30 juillet 2003 a instauré des retenues sur la rémunération des agents publics en cas de grève.

« Toute journée de grève, quelle que soit la durée du service non fait donne lieu à une retenue de 1/30eme de la rémunération mensuelle pour les agents de l’Etat et de ses établissements publics administratifs. »

Coup de tonnerre pour la fonction publique, jusqu’alors habilitée à faire grève selon son bon vouloir.

La réforme de la SNCF

Il imagine l’impensable et s’apprête à réaliser l’irréalisable : voilà que le gouvernement souhaite réformer la SNCF. Retards permanents, perturbations incessantes, tarifs TGV exorbitants, etc… la SNCF est un patrimoine national et historique, certes, mais qui manque d’efficacité, qui nous coûte cher et qu’il faut moderniser. Ouverture à la concurrence et réforme du statut des cheminots sont ainsi les mesures phares du gouvernement d’Edouard Philippe.

Mais, comme bien sûr, on ne change si facilement les choses en France, les syndicats de cheminots prévoient trois mois de grève, à raison de deux jours par semaine. Une grève discontinue, pour éviter des pertes de salaires trop importantes, mais de long terme… En plus d’empêcher les honnêtes gens d’aller bosser (croyez-moi, prendre le train ou le RER, c’est déjà assez pénible comme ça au quotidien), la grève a donc lieu en pleine période d’examens, partiels et baccalauréat.

Bon, vous me direz, les parisiens, ça ne les dérange pas vraiment. Tant que la RATP ne s’y met pas, le métro marche à peu près et au pire des cas, il y a toujours ces chers et tendres Vélib’. Non, bien sûr, ce sont encore et toujours les « banlieusards » qui souffrent.

Du côté cheminot comme du côté du gouvernement, on entend ne céder à rien. Pour l’instant, l’opinion penche plutôt du côté du gouvernement. D’après un sondage de l’IFOP datant du 6 avril, 62% des Français souhaitent que le gouvernement aille au bout de la réforme de la SNCF, tandis que 56% estiment que la grève n’est pas justifiée. Deux pourcentages en hausse par rapport à la semaine dernière. Les français commenceraient-ils à se lasser des grèves à répétition ? Ou l’opinion finira-t-elle, comme en 1995, par céder au « kidnapping » de la SNCF ?

La sélection à l’université

Deuxième monument phare auquel s’attaque le gouvernement : l’université. Face à un niveau constamment en baisse au lycée et des échecs en première année de licence avoisinant parfois les 60%, la sélection à l’entrée de l’université pourrait être une solution. Il suffit de regarder les établissements qui pratiquent la sélection : le niveau y est excellent et le taux d’échec très bas. Dauphine en est l’exemple parfait !

On pouvait évidemment s’y attendre : certains syndicats étudiants, offusqués, appellent à la grève. La sélection ? C’est affreux ! Laissons les étudiants se vautrer dans des formations pour lesquelles ils n’ont ni le niveau ni la vocation (bien souvent à cause d’un manque d’information). Après tout, perdre son temps, changer trois fois de filière, ce n’est pas grave. Ils sont jeunes, ils ont toute la vie devant eux.

 

Quoi qu’il en soit, la France a sérieusement besoin de réformes et les français de changer de mentalité vis-à-vis de celles-ci. Le changement, ce n’est pas forcément la régression. L’abolition des privilèges, c’est une nécessité démocratique. Reste à trouver un gouvernement qui osera enfin s’attaquer aux privilèges des technocrates et de la sphère politique…

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