Soutenir notre industrie avec une diplomatie économique adéquate

La France pourrait tirer profit de son important réseau diplomatique pour vendre son savoir-faire à l’étranger et permettre à ses entreprises d’exporter d’avantage.

L’époque à laquelle le français était la langue diplomatique la plus utilisée n’est peut-être pas bien loin. En tout état de cause, il en reste que l’Hexagone a le troisième réseau d’ambassades et de consulats au monde (163 en 2014), juste derrière la Chine (164) et les Etats-Unis (168). Une force indéniable pour le pays qui lui permet de représenter ses intérêts sur la quasi-totalité des pays du Globe. En 2014, le seul pays avec lequel la France n’entretient pas de relations diplomatiques est la Corée du Nord. Le Bhoutan n’entretient pas de relations diplomatiques formelles mais certaines questions sont néanmoins traitées par l’ambassadeur français en Inde.

«Parmi les tâches diplomatiques, l’une d’entre-elles consiste à établir des liens économiques étroits avec les divers nations présentent sur le globe.»

Parmi les tâches diplomatiques, l’une d’entre-elles consiste à établir des liens économiques étroits avec les divers nations présentent sur le globe. Un enjeu primordial à une époque où l’économie est mondialisée. Par conséquent, une nouvelle direction a vu le jour le 1er Mars 2013, baptisée la DEEIT (Direction des entreprises et de l’économie internationale). Son objectif est de promouvoir les entreprises françaises (aussi bien les grands groupes que les PME) à l’étranger en vendant leurs compétences sur les divers chantiers. Une solution pour remplir les carnets de commandes de nos entreprises en les tournants d’avantage vers l’exportation et l’international. La France souhaite faire évoluer ses dispositifs de coopération scientifique et technique. Au-delà de la veille scientifique, elle s’organise pour relier les pôles de compétitivité français avec les «clusters» de R&D étrangers et promouvoir ainsi les coopérations économiques : projets de R&D conjoints, «joint-ventures» (co-entreprises), etc.

«La balance commerciale française est en déficit. C’est une réalité qui pourrait être enrayée par une diplomatie économique plus offensive, octroyant des aides aux entreprises exportatrices.»

Dans un contexte où la croissance hexagonale est en berne, la demande interne (qui a enregistré une croissance de 1.4% en 2015) ne suffit pas à doper l’activité des entreprises. En revanche, la demande externe pour les biens fabriqués en France existe pour les produits à très forte valeur ajoutée. On entend souvent que la balance commerciale française est en déficit. C’est une réalité qui pourrait être enrayée par une diplomatie économique plus offensive, octroyant des aides aux entreprises exportatrices (crédit à l’export, réductions fiscales si exportation, aide gouvernementale dans le pays concerné…). En 2015, le solde entre importations et exportations était de -2.6 milliards d’euros. Un chiffre relativement alarmant qui cache cependant des disparités.

L’industrie aéronautique et spatiale, fleuron de la technologie française, connaît une embellie croissante avec une très nette hausse des exports qui ont atteint 4.4 milliards d’euros en 2015 (12.8% des exports totaux du pays !). Le savoir-faire et l’expertise des ingénieurs français en est la cause. De plus, les ambassades à travers le monde vantent ces avantages qui deviennent ainsi communément admis dans ce secteur industriel. Le réseau diplomatique joue donc son rôle de communicant en enrayant l’asymétrie d’information entre l’acheteur et le vendeur. À elle seule, cette industrie génère un solde excédentaire de 1.7 milliards d’euros.

Comparativement, l’industrie automobile française pâtit d’une concurrence accrue. L’image de la voiture allemande, fiable, efficace et d’une qualité supérieure fait que le secteur automobile germanique a su soigner sa réputation. Par conséquent, pour la France, les exportations de véhicules demeurent atones. Le haut de gamme est associé à l’Allemagne et les voitures bons marchés viennent principalement d’Espagne où elles sont fabriquées à moindre coût. Difficile pour l’Hexagone de trouver un créneau pour son industrie automobile. Aujourd’hui, son solde est de -0.8 milliards d’euros en 2015. Malgré plusieurs marques d’automobiles sur son territoire, la France est obligée d’en importer plus qu’elle n’en exporte ! La diplomatie pourrait tenter d’approcher les pays émergents où le nombre d’automobilistes est en croissance ; en signant des partenariats avec des distributeurs locaux pour établir une relation durable et privilégiée avec les constructeurs français par exemple.

Parmi les autres industries, le matériel électrique et énergétique constitue un maillon clef du savoir-faire français. Les turbines hydro-électriques, pièces détachées d’éoliennes, hydroliennes et usines géothermiques sont des procédés de hautes technologies mis au point par des ingénieurs de haut-niveau. De plus, avec la transition énergétique, les besoins mondiaux ne feront que croître d’ici les prochaines années. Un marché conséquent sur lequel la France peut aisément tirer son épingle du jeu en associant l’expertise technique de ses entreprises au réseau diplomatique conséquent qu’elle possède. Les commerciaux, ambassadeurs, consuls pourront ainsi vanter les mérites et prouesses des technologies françaises.

L’opérateur de l’Etat, Expertise France, a pour mission de développer notre expertise à l’étranger. Cette création récente peine encore à confirmer sa présence à l’international. Plutôt que de donner des primes à l’embauche pour les entreprises, reversons ces aides comme crédit pour celles qui désirent exporter. Une solution qui permettrait d’accroitre les carnets de commandes et de créer des emplois sur le sol national.  Le tout en favorisant la balance commerciale tant les biens exportés par la France sont des produits manufacturés à très forte valeur ajoutée.

«L’objectif de la diplomatie (tant culturelle qu’économique) n’est pas de rechercher la paix mais de promouvoir les intérêts d’une nation en s’adaptant à la turpitude des évènements socio-politiques.»

Cette diplomatie économique a pour mission d’aider les entreprises (surtout les PME et TPE) à vendre leurs savoirs-faires sur la scène internationale et gagner en crédibilité. Contrairement aux idées reçues, une diplomatie économique renforcée ne signifie pas la fin des conflits à l’échelle mondiale. Historiquement, l’objectif de la diplomatie (tant culturelle qu’économique) n’est pas de rechercher la paix mais de promouvoir les intérêts d’une nation en s’adaptant à la turpitude des évènements socio-politiques. Concept théorisé par Machiavel dans Le Prince où les politiques doivent s’affranchir de la quête perpétuelle du bien et de la paix (et, in fine, la justice) mais la grandeur de leurs œuvres c’est la capacité à s’adapter aux évènements avec rapidité en rentrant dans le mal s’il le doit.

L’homme d’État en charge des relations avec le monde n’a pas pour vocation à prêcher des discours encourageant à la recherche du bien, de la paix et de la justice mais comprendre que la diplomatie s’inscrit dans une logique d’intérêt, une capacité à s’adapter à un contexte donné sans nécessairement qu’il soit juste. Une idée assez proche de celle de Carl Von Clausewitz, officier pendant les guerres napoléoniennes, célèbre pour sa position sur le rôle de la guerre dans les affaires internationales « La guerre est le prolongement de la politique par d’autres moyens », politique étant à comprendre dans le sens affaires internationales. Ainsi guerre et diplomatie ne sont pas forcément antinomiques dans l’esprit clausewitzien, mais plutôt complémentaires dès lors que l’objectif recherché a été fixé.

Voici donc la feuille de route d’une diplomatie économique plus ambitieuse, recentrée sur ses missions « régaliennes » c’est-à-dire les échanges par intérêts.

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