L’Histoire, éternel retour ou continuité ?

Les évènements de Charlottesville aux Etats-Unis en aout 2017 montrent que l’Histoire ne s’oublie pas. Plus de 150 ans après la Guerre de Sécession, le passé resurgit autour de la statue du Général Lee. Doit-on la conserver ou la faire disparaître ? Une éternelle question sans réponse. Derrière cette interrogation fondamentale : que faire de l’Histoire ? L’oublier pour avancer ou l’intégrer pour continuer ?

L’Histoire nous enseigne le présent. C’est en tout cas l’un de ses objectifs. L’analyse des éléments du passé permettrait de comprendre pourquoi le présent est ainsi. En philosophie, l’Histoire a suscité de nombreuses théories, en passant par l’évolution continuelle des droits pour Hegel à l’éternel retour de Nietzche. Comment intégrer l’Histoire à une prise de décision ? C’est un enjeu assez important pour les entreprises qui sont confrontées à des problématiques telles que le droit des salariés, le bien-être au travail et les méthodes de gestion à adopter.

Ce sont en effet des questions qui ne concernent pas que le fonctionnement d’une entreprise. Lors de la dernière campagne présidentielle, les orientations sur la question du travail étaient diverses. Certains prônaient une réglementation plus accrue de la part de l’Etat alors que d’autres optaient pour une libéralisation en permettant aux entreprises de décider elles-mêmes. Derrières ces choix politiques se cachent des interprétations diverses de l’Histoire. Hegel disait « L’histoire universelle est le progrès dans la conscience de la liberté », remettons cette citation dans le contexte d’une société privée. Intégrer cette conception du processus historique dans la gestion d’une entreprise revient à considérer que le salarié est libre d’accomplir les tâches qui lui sont confiées et que ses droits ne regardent que lui. Laissez-le donc revendiquer ce qui est bon pour lui sans imposer un carcan trop restrictif. Faîtes, en d’autres termes, confiance à l’individu pour qu’il détermine seul ce qui est bon pour lui. C’est donc le parti de la liberté : faire du processus historique une évolution vers l’autonomie de l’individu. Le processus est donc achevé lorsque chaque individu jouit pleinement de sa liberté.

L’autre alternative revient à considérer le processus historique comme une opposition constante entre deux groupes d’individus. Karl Mark stipulait que “L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes”. Considérer qu’une lutte continuelle existe entre deux groupes d’individus, c’est vouloir in fine protéger l’un de la toute puissance de l’autre. Une seule solution : la réglementation qui vient mettre chaque individu sur un pied d’égalité. Le but ultime du processus historique est le même : permettre à chaque individu d’être libre mais la méthode et la conception de la liberté ne sont pas les mêmes. Cette vision du processus historique implique un virage réglementaire de l’Etat imposé aux entreprises : contrevenir à un groupe dans l’intérêt de l’autre groupe pour au final accéder à une égalité la plus parfaite possible entre les deux.

L’Histoire s’intègre donc dans l’organisation de la société : qui oublie son Histoire se condamne à un processus historique en vain sans objectif. Pour y parvenir, il faut intégrer un idéal du processus historique au sein de l’enseignement pour permettre une définition de l’action de l’Etat. Mais l’Histoire n’est pas nécessairement linéaire et s’accompagne de phase de déclin et d’apogée. Elle n’a pas pour but le bonheur de l’humanité, Hegel disait “L’histoire n’est pas le lieu de la félicité. Les périodes de bonheur y sont ses pages blanches.”. Son objectif ultime est un idéal applicable à l’échelle de l’ensemble des individus et le bonheur est avant tout un concept subjectif qui ne peut être « organisé » par un Etat.

Napoléon disait toutefois que « l’histoire est une suite d’erreurs sur lesquelles nous sommes d’accords ». Espérons que ces erreurs ne biaisent pas le processus historique voulu.

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