Mondial de foot 2022 : qatarstrophe ?

Le 2 décembre 2010, la Fédération internationale de football (FIFA) a attribué officiellement l’organisation de la Coupe du monde 2022 au Qatar. De l’avis de tous les experts, cette candidature était la pire face à celle de l’Australie, du Japon ou encore des Etats-Unis. Pourtant, ce pays où les températures estivales peuvent atteindre les 50 °C, qui n’a pas de culture foot et ne dispose d’aucune infrastructure dédiée à la discipline a réussi à s’imposer.

Mais que cache la victoire du Qatar ? Malgré les nombreuses violations des droits de l’homme réalisées par l’émirat, pourquoi les pays occidentaux ne prennent-ils pas des mesures de sanctions envers le Qatar ?

 

Le Qatar est un émirat minuscule, à peine plus grand que le département de la Gironde en France, une presqu’île dans le golfe persique. Cet Etat ne tire pas ses richesses du pétrole comme on a tendance à le croire mais du gaz, une matière première dont le Qatar est le troisième exportateur mondial. Les milliards de dollars découlant annuellement de ces exportations sont réinvestis par le Qatar. L’émirat rachète des entreprises et des biens stratégiques à l’étranger mais il participe aussi au développement du pays, comme l’illustrent les perpétuels travaux de la capitale, Doha.

Depuis le milieu des années 2000, le petit émirat planifie son avenir au travers d’un incroyable projet qui répond au nom de code QatarVision2030. Ce programme doit donner une crédibilité politique au Qatar et une reconnaissance sur l’échiquier des relations internationales. Parmi les axes forts de cette transformation, on trouve le sport et en particulier le football, sport universel. Le Qatar veut renvoyer au monde l’image d’un pays moderne, puissant et triomphant. Pour cela, après avoir obtenu l’organisation de la coupe du monde de football 2022, l’émirat rachète, pour 76 millions d’euros, soit trois fois sa valeur, le PSG. En outre, le Qatar s’offre le sponsoring des plus grands clubs de la planète comme le FC Barcelone et rachète à travers sa chaine BEIN sport les diffusions des compétitions de football.

La coupe du monde est un enjeu majeur pour le Qatar qui cherche à développer son soft power.

Cependant, l’absence d’infrastructures pour accueillir les matchs, les températures dépassant 50 °C à l’époque où se déroule la compétition et la politique islamique radicale du gouvernement semblaient autant de freins à la candidature du Qatar.

En effet, l’expert chilien Harold Mayne-Nicholls a rendu à la FIFA un rapport pessimiste après avoir analysé les principaux critères d’une bonne organisation (infrastructures, capacité sportive, accueil des spectateurs). L’expert a estimé que le risque de rater la coupe du monde était faible pour l’Australie, le Japon, la Corée du Sud et les Etats-Unis ; mais le Qatar, lui, est classé à haut risque. Aujourd’hui, Harold Mayne-Nicholls, ancien président du groupe d’experts de la FIFA, ne travaille plus pour la fédération. La FIFA n’a pas tenu compte de ce rapport et le 2 décembre 2010, à 14 voix contre 8, l’organisation de la Coupe du monde 2022 a été attribuée au Qatar.

Les scandales subis par la FIFA ces dernières années ont révélé une institution corrompue et nous laissent penser que le Qatar a acheté des voix afin d’obtenir l’organisation de la Coupe du monde.

Toutefois, cela n’a pas permis de résoudre la problématique du déroulement de la compétition en été dans une zone désertique. L’organisation qatarie avait proposé la construction de stades couverts et climatisés, mais le bilan écologique désastreux de cette option et la perspective d’exposer le public à une chaleur difficilement supportable en dehors des stades ont poussé la FIFA à envisager un Mondial hivernal. Un groupe de travail a opté pour une Coupe du monde organisée du 26 novembre au 23 décembre 2022, l’objectif étant d’impacter le moins possible les championnats nationaux et continentaux.

Un autre problème majeur reste l’inexistence d’infrastructures.

Le Qatar a prévu douze stades pour accueillir la compétition, or seuls trois d’entre eux existent déjà. Dans leur projet, un stade, le Doha Stadium, d’environ 45 000 sièges (l’équivalent du Parc des Princes à Paris), doit être construit sur une péninsule artificielle. Pour constituer cette péninsule, l’idée est de creuser le fond des eaux du Golfe, ce qui est évidemment dramatique pour l’environnement. D’autant plus que ce stade sera utilisé pour la Coupe du monde puis démonté.

Enfin, le Qatar a débuté des chantiers gigantesques pour construire les infrastructures nécessaires à la compétition et a ainsi fait appel à une main-d’œuvre étrangère, essentiellement des Indiens, des Pakistanais et des Népalais. Cette main-d’œuvre immigrée est très peu payée, les travailleurs sont maltraités et subissent un bafouement complet de leurs droits fondamentaux. Ils connaissent de ce fait une situation de travail forcé et d’esclavagisme. Leurs salaires sont retenus pour les empêcher de s’enfuir et les employeurs confisquent systématiquement les passeports et les cartes d’identité des travailleurs, les réduisant à l’état d’étrangers en situation irrégulière. Certains travailleurs affirment qu’ils se sont vus refuser l’accès à l’eau potable gratuite alors qu’ils travaillent dans le désert sous de fortes chaleurs. Si ces conditions se poursuivent, 4 000 travailleurs étrangers pourraient mourir d’ici le coup d’envoi de la compétition, d’après la confédération internationale des syndicats.

Certes, la FIFA n’est pas une institution qui lutte pour les droits de l’homme mais elle a une part de responsabilité et un certain pouvoir face à la situation. À elle de prendre ses responsabilités et d’exiger de la transparence de la part du Qatar : combien d’étrangers sont employés, combien sont-ils payés, où logent-ils, etc. Cette mise au point pourrait avoir des conséquences positives. Le Qatar a en effet demandé cette coupe du monde pour développer son soft power, l’Etat est très sensible à son image et donc aux pressions internationales, ce qui pourrait servir à l’amélioration des conditions de travail des ouvriers.

De même, la chaîne de responsabilité comprend les multinationales qui profitent du droit du travail liberticide de ce pays. En effet, de nombreuses entreprises se sont pressées pour obtenir des parts de contrat sur le budget de 200 milliards de dollars investi par l’Etat qatari. Ces entreprises aussi doivent prendre des mesures afin d’améliorer le sort des travailleurs.

Alors pourquoi ne boycottons-nous pas la coupe du monde 2022 ?

Selon Christian Seifert, directeur de la Ligue allemande de football, dans une interview au Süddeutsche Zeitung, « un boycott serait l’arme la plus efficace » afin de protester contre les soupçons de corruption et les violations des droits de l’homme. Cependant, un boycott produirait un séisme dépassant le secteur sportif, avec des répercussions diplomatiques et économiques sévères.

Enfin, cette attribution de la coupe du monde au Qatar, aux conséquences écologiques, politiques et sociales désastreuses met en exergue le dysfonctionnement lancinant de la FIFA et plus généralement des pratiques souvent bien loin de l’éthique et des valeurs du sport.

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