Défavorisés, têtes blanches et blousons Prada: un ménage à trois explosif

              Suite au fiasco de la réunion d’information concernant la construction d’un centre d’hébergement pour sans-abris de toutes natures - isolés, familles, réfugiés… -, la Plume publie les réactions de certains de nos rédacteurs. Mélange de lu, de vu et d’entendu, il s’agit pour notre journal de réagir aux dérives d’une société sclérosée où les plus forts sous n’importe quel prétexte sont prêts à s’attaquer aux plus faibles dès lors que leur loi n’est plus imposée. Les opinions reflétées n’engagent que leurs auteurs (ou presque).

Manifestation à Dauphine
Manifestation de riverains du 16ème arr. (et du FN parisien) à Dauphine

Quel étrange moment que celui où un cours est dérangé… par une bande de vieux un peu rouillés. Un genre de gang grisonnant en blouson Prada.

              Nous aussi on a le droit de manifester ! On ne nous écoute pas ! Gouvernement répressif !
Ce sont les mots qui résonnent dans le grand amphi Edgar Faure. Hidalgo, démission ! Une insulte fuse. « Je suis votre hôte ! » tonne Laurent Batsch. La réunion publique qui avait court est dispersée. S’y mélangent des riverains sincèrement intéressés par son sujet, à savoir l’installation d’un centre d’hébergement pour précarisés à la lisière du bois de Boulogne, et d’autres « citoyens », venant exprimer un confus mécontentement. Colère de privilégiés, de ceux qui ont peur de voir tomber les murailles dans lesquelles l’argent et la reproduction sociale les ont enfermés. Des militants du FN tractent à l’extérieur. Des rabatteurs viennent chercher ceux qui quittent la réunion : « la manifestation c’est par là ! »
« Je suis étudiant, je ne suis pas là pour manifester ! » Qui l’eut cru, en plein débat sur la loi « El Khomri », ce sont désormais les jeunes qui n’ont rien d’autre qu’un peu trop d’idéaux qui adressent ces mots à une vieille garde aussi nantie que cynique. A jeunesse désabusée, vieillesse « désabusante ».

La Jungle Idéologique

Hier soir à Dauphine, l’heure était à la réunion politique. A l’issue d’une réunion-fiasco d’information sur un centre d’hébergement pour précarisés dans le Bois de Boulogne ajournée par le président, conspué de toutes parts, la sortie de la fac vers 18h30 s’est retrouvée inondée par les manteaux de fourrures, brushings impeccables et autres apparats bling-bling. Insulter le président de l’Université et les agents de sécurité dans un concert méprisant (et pathétique) n’a pas suffi : une manifestation de têtes blanches endimanchées aux relents xénophobes a donné de la voix.

Sortant du plus grand amphi de Dauphine, une masse de presque mille habitants, remontés contre le président de la fac, a rejoint les rangs de militants qui, déjà dehors, se piétinaient devant les portes de l’établissement pour en forcer l’entrée, sous le regard d’étudiants scandalisés et d’agents de sécurité débordés.

Au menu : distribution de tracts FN, je cite « Stop à la submersion migratoire », accolade fraternelle entre militants frontistes et manifestants du 16ème. Entre deux slogans hostiles : « Hidalgo démission ! ». Je tente une approche vers un septuagénaire, militant frontiste, distribuant des tracts, en lui demandant si je pouvais voir leur autorisation et leur responsable :

  • Lui : «C’est un corse. C’est un corse.»
  • Moi : «Et alors ?»
  • Lui : «C’est un corse : il n’aime pas les bougnoules. Mieux vaut que tu le taises si tu ne veux pas d’ennuis avec lui.»

Des militants d’un quartier ultra-endogame se fermant à toute initiative de mixité sociale, d’ouverture et de solidarité tout en dénonçant le communautarisme des réfugiés comme « menaçant » et « faisant un peu peur » : la jungle idéologique n’est plus très loin.

Plaidoyer pour les réfugiés.

C’est devenu maintenant une réelle obsession que de véhiculer des craintes concernant les réfugiés. Quand ce genre de discours atteint l’enceinte de notre Université, vient le temps de réagir.

              Voilà une question qui secoue la planète, et malheureusement la divise à l’heure où l’unité est plus que nécessaire. Que pouvons-nous faire pour les réfugiés Syriens ? La réponse la voici : les accueillir et les intégrer, car nous le pouvons. Nous le devons. Il est question de 4 millions de personnes ayant tout quitté pour fuir la destruction, la tyrannie, la mort. Leur espoir s’éteint jour après jour. Réveillons-nous, il en est grand temps. Brisons ces fausses vérités qui nous empêchent d’être humains.

A ceux qui ont peur que la population de réfugiés finisse par « prendre le dessus » : le taux de natalité en Syrie est tel que la population décroissait avant la guerre. Il tend d’ailleurs à s’ajuster en corrélation avec l’augmentation du niveau de vie et l’éducation. A bon entendeur.

Economiquement, parmi ces réfugiés se trouvent des gens instruits, parfois très diplômés, c’est une main d’œuvre qui peut dynamiser l’économie, surtout vis à vis du vieillissement de la population. L’UE emploie des moyens faramineux pour surveiller ses frontières au lieu d’aider les réfugiés directement (4 Mds d’euros entre 2007 et 2014 dépensés en sécurité et surveillance). Juste ?

Au-delà des questions politiques, économiques, religieuses, il s’agit avant tout d’êtres humains. L’Humanisme est une pierre angulaire des sociétés Occidentales, ne le bafouons pas, ne laissons pas ces familles dans une misère dont nous sommes en partie responsables. Aidons les réfugiés, aidons-nous.

http://donate.unhcr.org/fr/syria-fr/

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