Quand on prend acte de la parole d’une plume.

Quand on prend acte de la parole d’une plume.

par Céline Poizat

 

« La plume est serve mais la parole est libre », telle est notre devise. En toute logique, en simple honnêteté, c’est donc la parole de la plume du président que l’on ne manquera pas de décrypter.

Eurosceptique adepte de la négation M.Guaino n’a pas manqué de nous donner une leçon de cabaret politique en bonne et due forme. Entrée en scène grandiloquente, un classique : « Je ne regrette rien ! ». Non, rien de rien n’est trop beau pour introduire l’arrogance de notre personnage démocratique « eurocentré » rappelant un certain discours de Dakar ! S’ « il est déraisonnable de ne pas écouter les peuples ! » et de ne pas « prendre en compte les changements », il serait alors peut être temps de reconnaître le passage en force d’une réforme des retraites contestée car peu négociée, et de reconsidérer les droits homosexuels soutenus par plus de la moitié de la population française (selon les récents sondages TNS Sofres), avant de regarder à l’international.

L’International est bien loin dans ce discours, mais le chant des partisans lui, ne l’est jamais. « La France » est évoquée à de nombreuses reprises, égalant presque les cinquante-huit occurrences dans l’un des derniers discours du Président. Avec un accent gaulliste, dans tout ce qu’il avait de plus théâtral, on invoque « la France » ! Oui monsieur, « la France qui s’est battue au G20 », « la France qui a arraché une intervention de l’État dans l’économie à l’Europe», « la France qui fait des propositions », la France qui se veut « exemplaire » avec la taxe Tobin qu’elle est seule, « contre tous », à soutenir… car « c’est la seule façon de les taxer » . Qui ? Ce « système de fous » de la City, le même que François Hollande clame aujourd’hui vouloir réguler ! Une France exemplaire qui a fait pourtant fait l’impasse sur la « république exemplaire » de 2007… Une France qui « montre l’exemple de la transparence » à la City, mais l’oublie quand il s’agit de son propre jeu politique.

Loin de la tragédie classique sous contrainte de bienséance et de vraisemblance, les scandales du quinquennat Sarkozy ne comptent plus assez d’actes pour entrer dans la règle des trois unités… M Guaino a bien raison : « Tout cela n’est peut être pas toujours très sérieux ». Et si on rétablissait la responsabilité personnelle des politiques dans leurs prises de décisions ? Mais puisque le burlesque et le vaudeville reviennent sur le devant de la scène, la plume du président ne manquera pas de lui souffler la nouvelle norme politique européenne, déjà adoptée et validée de Berlusconi jusqu’à Poutine : « S’il faut dire que ce qui est stupide est intelligent, et bien on dit que ce qui est stupide est intelligent ! ».  Inspiré par la langue de Molière, M Guaino pousse le jeu des mots jusqu’au quiproquo. Depuis quand pour la droite (pour ne pas dire l’UMP, puisqu’il « ne sait pas ce qu’ils aiment (à l’UMP) le problème de la crise « c’est de ne pas avoir assez d’Etat » ? Depuis quand « la France paiera ses dettes » avec certitudes ? Depuis quand l’objectif prioritaire du gouvernement est de « sauver un emploi » parce que dès lors « on fait quelque chose qui devait être accompli », quand le chômage plafonne à 10% ?

Reconnaissons tout de même qu’avec un tel discours normatif de la plume, à l’image de la parole du « locataire de l’Élysée » (comme on dit sur France Culture), le rêve et l’illusion de la mise en scène s’envolent ! Si proche de « La France », si loin des français, ces derniers « irons chercher leurs réponses ailleurs », parce que « la liberté ça commence par un non ! » nous rappelle M.Guaino. Espérons seulement que la salle française aura la parole libre face aux plumes politiques haineuses.

Une chose est sure avec M.Guaino, faire de la politique ou du journalisme : « ça n’est pas un compliment  »… ni pour lui, ni pour la France !

 

NDLR : Merci à l’équipe de DDD pour les photographies qui accompagnent cet article

5 Commentaires

  1. Esperons également que les rédacteurs des discours de M. Hollande auront aussi à faire face à ta plume politique haineuse.
    Article très bien écrit cependant, meme si je me permets d’ajouter que M. Sarkozy entend «taxer les transactions financières» et non le système en entier (ce qui ne veut rien dire au demeurant), alors que M. Hollande lui a «déclaré la guerre», ce qui ressemble plus à une envie de lui tourner le dos qu’à une intention de le «réguler».

  2. Faudrait-il encore qu’ils viennent à Dauphine ce qui, à une semaine de l’échéance, est peu probable… Cependant, il serait intéressant de voir en effet les réflexions éventuelles lancées au camp socialiste.

    Pour autant, je ne suis pas sur que M. Hollande puisse se targuer de «tourner le dos» à la finance. Une fois élu, il fera face à une difficulté prévisible qui dévoilera la démagogie de son programme, la finance s’imposera à lui et il sera bien obligé d’appliquer une politique de restriction drastique sans pouvoir pour autant contrôler la spéculation.

    Quel sera l’impact de la réinsertion du Glass Steagal Act ? Rendez vous pris dans un an !

  3. C’est un site de libre expression, toute critique n’en appelle pas une autre par soucis de parité. D’ailleurs, l’exercice auquel se livre Nicolas Sarkozy et sa plume est bien plus intéressant que celui d’Hollande puisqu’il traîne derrière lui un lourd bilan. La manière dont il tente de dégager sa responsabilité et de se faire candidat du peuple et non des élites, c’est un exercice qui vaut le détour et l’analyse.

  4. Effectivement, j’avais oublié le paramètre «passage à Dauphine» désolé!!

    Je suis par ailleurs entièrement d’accord avec toi sur le rapport finance/Hollande, c’est l’une, si ce n’est la, plus grosse faille de programme, ou moins probable de ses promesses…

    Quant au rendez vous, ce sera peut être dans 5ans qui sait? A moins que l’UE l’impose au Président prochainement élu, quel qu’il soit à part M. Hollande, durant son mandat.

  5. Très belle plume, rien à dire sur cela. Fidèle au dicton d’Albert Londres : «tremper la plume dans la plaie».
    Dommage que ta détestation personnelle du personnage Guaino se ressente. Le journalisme est certes aller contre tous les pouvoirs, mais les attaques ad hominem n’apportent rien au débat. Longue vie politique (dans un canard engagé ou dans un parti politique) à toi Céline Poizat.

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