Les agences de notation : la fin de l’âge d’or ?

L’économie de marché est une croyance comme une autre, certains allant jusqu’à prétendre que c’est la religion moderne des sociétés sécularisées. Et comme dans toute religion qui se respecte, ses adeptes croient au miracle. En l’occurrence, le miracle de la concurrence pure et parfaite qui constitue le dogme de l’économie libérale. Mais même les « intégristes libéraux » ont dû rapidement reconnaître que les marchés – et surtout les marchés financiers - ne pouvaient s’autoréguler et qu’il fallait de ce fait introduire un arbitre, l’objectif étant de mieux informer les agents économiques (vous et moi, en tant que potentiels investisseurs : actionnaires ou détenteurs de bons du trésor) pour qu’ils puissent effectuer leurs choix en connaissance de cause.

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Le miracle tient alors en trois mots : agences de notation. Les fauves sont lâchés…ou plutôt devrait-on parler de créatures hybrides. Car dans un premier temps, on a cru que ces agences de notation étaient des Zeus en puissance sur les marchés financiers, seules capables d’attribuer une note aux établissements financiers qui reflèterait la qualité de leurs produits (financiers). Le problème d’asymétrie d’information était résolu, les libéraux les plus ardus pouvaient de nouveau respirer : la rationalité des agents était de retour ! Mais on a vite déchanté, car les agences de notation ne sont pas les dignes héritières de la mythologie grecque, mais du lac du Loch Ness. Comme le monstre qui l’habite, on parle beaucoup d’elles mais on ne les a jamais vues à l’œuvre. Leurs procédures de notation restent secrètes et leurs critères d’évaluation opaques. Brumeuses donc, ces chères agences ! Brumeuses, mais surtout tyranniques, car leurs notes sont directement liées aux critères de Bâle III qui déterminent le ratio de fonds propres que les établissements financiers doivent respecter. Les notes des agences ont donc une influence significative sur une partie du rationnement du crédit auquel sont confrontées actuellement les économies en crise.

Brumeuses, et désormais venteuses car plusieurs faits divers ont soulevé le fait que les notes attribuées reposaient sur du vent ! Le dernier en date est la condamnation de Standard & Poor’s pour « notes trompeuses » devant la Haute Cour d’Australie. La célèbre agence américaine va en effet devoir dédommager treize municipalités australiennes qui avaient investi plusieurs millions d’euros dans un produit financier qu’elle avait noté AAA (meilleure note possible) en 2006. Or cette note a été abaissée brutalement lors de la crise financière de 2007, conduisant les municipalités à revendre leurs titres avec une décote de 90% par rapport à leur mise initiale (Le Monde du 6 novembre 2012).

Quelles leçons peut-on tirer de cette condamnation ? Premièrement, que les notations ne sont effectuées qu’à titre indicatif et qu’elles n’ont aucunement force de loi. Deuxièmement, que l’adage selon lequel l’erreur est humaine est un principe structurant des marchés financiers qui devrait davantage être intégré par le dogme libéral. Enfin, que la seule religion valable en économie est celle de l’athéisme : ne jamais se fier à des maîtres à penser, ne jamais croire les prévisions, prédictions et autres malédictions en tous genres. Il n’y a pas plus de rationalité des agents que de concurrence pure et parfaite. La seule rationalité valable est celle de l’intuition. Le déterminant fondamental de tout investissement financier de long terme reste et restera toujours « le capital confiance ».

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