Critique ciné : Hunger Games

Critique Hunger Games

par Julien Laurian

La saga Twillight n’est pas finie que déjà Hunger Games est là pour porter une nouvelle franchise littéraire à l’écran.  Réduire la future trilogie à ses simples fins commerciales serait cependant injuste.

D’ailleurs, l’œuvre originale n’est pas forcément apte au grand public cinématographique.  Pour punir les 12 districts d’une rébellion vieille de 74 ans, la capitale de la nation de Panem les oblige à fournir un total de 24 adolescents qui seront forcés à s’entretuer dans les très médiatisés et annuels Hunger Games.

C’est dans ce joyeux contexte, sorte de mélange entre Battle Royale et The Truman Show que Garry Ross nous rappelle que de Secret Story aux combats de gladiateurs au cœur du Colisée il n’y a qu’un pas.

Effet pervers du système, les condamnés sont starifiés à tel point qu’ils doivent mener campagne pour attirer les sponsors qui seraient enclin à les aider lors de leur macabre stage de survie. Des sacrifiés qui deviennent exhibitionnistes pour satisfaire un parterre de voyeuristes se délectant des effusions d’hémoglobine et de bons sentiments : le combo gagnant pour les médias. Si seulement le film avait été au bout de cette idée, il aurait sûrement été excellent. Si seulement…

Car pour attirer un (trop) grand public il faut aussi de l’action. Action qui se traduit par de multiples et incessants soubresauts de la camera à l’épaule. Celle-ci, trop près des protagonistes, nous témoigne plus des effets de la maladie de Parkinson que de ce qui se déroule sous nos yeux.

Un autre problème majeur : pour traduire la laideur morale de la capitale, la laideur esthétique est de sortie. La présence au casting de Lenny Kravitz qui pourtant prétend à une carrière de styliste et designer n’a pu suffire à conjurer cet éloge du mauvais goût. Baudelaire  peut bien dire que « Le beau est toujours bizarre », il y a des limites…
Entre les teintures de cheveux à provoquer des crises d’épilepsie, le maquillage derrière lequel même les brésiliens du bois de Boulogne refuseraient de se cacher et les vêtements que seul David Bowie dans ses grandes heures aurait osé enfiler… Beurk !

Et même si le tout souffre de –terribles- longueurs, cela permet d’apprécier le jeu de Jennifer Lawrence. Déjà excellente dans Winter’s Bone,  rôle pour lequel elle avait été nominée aux derniers Oscars, elle témoigne du fait qu’une saga grand public peut accueillir des acteurs de qualité pour les rôles principaux. (La chose n’était pas évidente, ils ont tenu 7 Harry Potter avec Daniel Radcliffe les bougres !) Non seulement son jeu est juste et permet de considérer au mieux les états d’âme du personnage  (à Lawrence, pas Radcliffe, évidemment) mais son physique n’est pas déplaisant non plus. Garçon manqué, elle s’échappe des canons de beauté aseptisés et présente de vraies formes, des hanches, des joues… Bref une beauté plus brute que celle d’une énième anorexique s’imposant à la caméra sans pour autant y présenter le moindre talent.

Au-delà de l’œuvre originale c’est aussi grâce à elle, Jennifer Lawrence, que la trilogie Hunger Games s’annonce déjà comme bien meilleure que la saga Twillight mais il manque encore ce jusqu’au-boutisme qui la doterait d’une dimension plus politique (et il y a la matière pour) et d’une violence moins diffuse, mise à nue, moins hypocrite.

 

3 Commentaires

  1. Bel article !

    C’est vrai qu’il est important de relever la performance de Jennifer Lawrence qui (je trouve) a réussi à nous incarner le personnage tel qu’il est présenté dans l’ouvrage de Suzanne Collins !

    Cependant je ne vois pas ce que tu reproches, à l’esthétique de la capital (et particulièrement de ses habitants ) …. Je ne dis pas que je trouve cela harmonieux (bien au contraire, le mauvais goût est à l’honneur !) cependant la retranscription qui nous est offerte est assez impressionnante. En effet l’excentricité vestimentaire, mais aussi comportementale, que nous découvrons au fil des pages de la trilogie est relativement bien mise en image. Certes les nombreuses descriptions du livre (peut-être pas aussi précises que dans l’oeuvre de Tolkien) permettaient de se faire une idée, mais il fallait oser pousser le réalisme à ce niveau !

    Par contre je suis de ton avis, Hunger Games s’annonce bien meilleur que Twillight ! Car, passé une simplicité apparente, (malgré la dureté du thème abordé, le style de Collins s’adresse plus à des adolescents) on nous donne matière à réfléchir sur des sujets, qui certes ne nous concernent plus au quotidien, mais sur lesquels il est parfois important de se pencher.

    Pour la dimension politique, patience, patience le second volet t’apportera (normalement ) satisfaction !

    Je le redis, bel article, vivement le prochain !

  2. La première partie jusqu’à l’entrée dans l’arène est intrigante. J’étais attiré, plongé dans un monde apocalyptique avant d’être conduit dans une société futuriste excentrique, sur un fond de courage, d’espoir et de résignation. Dommage qu’on n’en apprenne pas plus sur cette société étrange.

    Mais dès que le «jeu» dans l’arène commence, le film se casse le nez. Une caméra folle, de bons sentiments, des enchaînements douteux, une histoire d’amour. L’héroïne ne mérite pas même sa victoire : une crème miraculeuse qui tombe du ciel, une fillette qui lui permet de se débarrasser de ses poursuivants… Et finalement peu d’action. J’aurais applaudi à l’inventivité du pisteur, à la détresse de la bête traquée, à une explosion d’alliances, et de trahisons, à la force et au courage infaillible du héros. Peut-être me serais-je laissé aller à partager le plaisir sadique des Panemiens. Eh bien non ! J’ai complètement décroché : ni galvanisant ni crédible ni jouissif ni rien sinon prévisible et long - près de deux heures et demie.

    Certes, des métaphores sur notre société, un voyeurisme qui rappelle l’intrusion de la téléréalité dans un monde individualiste de consommation. Des messages qui se veulent Grands : l’union fait la force, l’amour salvateur. Mais pas assez subtilement introduits, trop appuyés pour toucher le spectateur. Un film pour ados, et qui selon des amis ne rend pas la puissance du livre dont il est l’adaptation.

    Difficile de ne pas se permettre en effet de le comparer à Battle Royal, qui, quoiqu’extrêmement violent, réussit bien mieux à restituer l’atmosphère d’une lutte acharnée pour la survie, et ce de façon plus crédible. Il laisse selon moi Hunger Games loin derrière lui dans le genre.

    Bref, je suis sorti de la salle déçu d’y être entré. Pour ceux qui veulent une lutte à mort terrible regardez Battle Royal, pour les autres allez plutôt vous promener au parc Monceau y respirer les fleurs ! C’est plus reposant.

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