FIAC ou Anti-FIAC ?

ART - La FIAC, événement incontournable de la capitale, a rassemblé pour la saison 2018 plus de 70 000 amateurs d’art contemporain au Grand Palais. Cependant, le ticket d’entrée pour cette 45ème édition se situe entre 25 et 35 euros pour le grand public, et de 10 000 à 55 000 euros pour les galeries exposées. Face à cette manifestation à grand budget, nombre de foires “anti-FIAC” fleurissent sur le marché de l’art contemporain.

 

Des foires qui s’adressent aux élites ?

La FIAC ne se présente plus. Celle-ci a acquis une visibilité internationale, autant du côté des artistes que des amateurs d’art. Ayant lieu au Grand Palais, elle offre aux plus opportuns une notoriété et une vitrine de qualité. Pour les grands marchands, c’est l’occasion de participer à un événement des plus sélectifs, et pour les galeries, de développer leurs chiffres d’affaires.

Le marché mondial de l’art contemporain représente plus d’1,5 milliards de dollars et 19% de croissance en 2018. Il se place en deuxième position, derrière l’art moderne, avec 14% des ventes. De ce fait, les méga-galeries telles que Blum & Poe, Gladstone, Lehmann Laupin ou encore David Zwirner connaissent gloire, bénéfices et réputation. D’après Artprice, le marché s’accroît de manière régulière. En effet, le nombre de ventes a été multiplié par 5,5 depuis 2000. En 2017, 66 850 transactions régulières ont d’ailleurs été enregistrées sur le marché de l’art contemporain. Celui-ci représente un investissement, pour les marchands d’art, à rentabilité quasi-certaine. Le marché de l’art tout entier a été en forte croissance depuis la crise financière de 2008, et ces performances prouvent, à présent, que ce segment représente une alternative aux placements financiers traditionnels. Néanmoins, le marché reste confiné dans les grandes capitales (Londres, Paris, New York, Pékin) et dans les grandes galeries. On parle notamment d’une concentration autour d’un marché « haut de gamme » représentant 82% du chiffre d’affaire mondial des ventes d’art contemporain.

Oeuvre de la Fiac ©Eleonore Dubray

Toutefois, le marché de l’art contemporain ne se compose pas uniquement de « méga-galeries ». Nombre de petites et moyennes galeries se sentent prises en étau. Celles qui veulent se faire un nom doivent alors débourser des notes élevées : entre la hausse des loyers, la faible fréquentation et les dépenses liées aux foires, beaucoup tendent vers la banqueroute.

On a vu beaucoup trop de galeries fermer à cause de l’investissement que représente les foires” (Olivier Robert, galeriste). En effet, en plus du prix des stands allant jusqu’à 55 000 euros pour les plus grands espaces, il ne faut pas oublier les coûts de logistique, de transport, d’assurance et de main d’œuvre. Avec la popularisation de l’art contemporain, le regard porté sur les œuvres s’est normalisé. Les grandes galeries ne se permettent plus d’afficher des œuvres à moins de 2 000 euros et donc, des artistes plus méconnus. Les collectionneurs achèteront plus facilement lors de la FIAC. Les œuvres exposées représentent pour eux un investissement reconnu et de grande valeur. De ce fait, la FIAC et les autres foires internationales (Art Basel ou FRIEZE par exemple) exposent souvent les mêmes galeries, les mêmes artistes et les mêmes œuvres. En résumé, la FIAC serait une foire réputée élitiste et difficile d’accès.

Quid des galeries à taille moyenne ? Quid des amateurs d’art ne pouvant s’offrir des œuvres hors de prix, ou juste, un ticket à plus de 30 euros ?

 

Les nouveaux modèles de manifestation : espoir pour les artistes émergents ?

Depuis quatre ans, plusieurs évènements organisés en marge de la FIAC jaillissent à Paris. Art Élysée, Paris international, Bienvenue à la cité des arts, Biennale de Paname-L ’Atelier Paname et d’autres, mettent en place des foires plus intimistes et accessibles. Celles-ci mettent en lumière des artistes issus de la nouvelle génération. Art Élysée propose, par exemple, différentes sections : art, design et art contemporain urbain, permettant aux visiteurs d’admirer des œuvres de Picasso et Kupka, mais également de Jonone ou L’atlas, artistes issus du street-art. C’est l’anti-FIAC la plus complète en termes d’art contemporain. Ses trois stands fournissent une quantité d’œuvres similaires à celle de la FIAC.

© Atelier Paname, 2018, Source Instagram

Citons également la Biennale de Paname. Salomé Partouche et Jean-Samuel Halifi sont les créateurs de l’Atelier Paname, incubateur d’artistes et biennale alternative. Cet événement gratuit a lieu, comme tous les autres, pendant la FIAC. Il centralise les talents des meilleures institutions artistiques. Ces deux créateurs ont donné carte blanche aux artistes participants, leurs permettant d’exposer œuvres plastiques, sonores ou encore photographies, court-métrages et sculptures. Cette exposition-éphémère créée par des artistes, pour des artistes, a ainsi permis d’ouvrir les portes de l’art contemporain à tous.

Ces mouvements ne datent pas d’hier, les premières foires apparaissant dans les années 70. Nous ne pouvons compter les manifestations ou les ateliers qui ont tenté de rompre avec un art contemporain jugé trop snob et réservé à une élite. Certains amateurs d’art étaient intimidés à l’idée d’entrer dans une galerie. Les foires ont véritablement essayé de rassembler les galeries dans un même lieu afin de permettre aux visiteurs de s’intéresser et de contempler des œuvres de manière libérée. Du côté des artistes, le fondement des foires est d’offrir une visibilité internationale aux artistes encore vivants. A présent, beaucoup d’entre eux s’engagent à rendre l’art en général, au même titre que la culture, accessible à tous.

En effet, de nos jours, nul besoin de payer un ticket à 30€ pour admirer le travail d’un artiste. Il suffit de vous balader dans les rues de Paris, d’arpenter le canal Saint-Martin ou de marcher dans les rues de Belleville. Le street-art, ou art urbain, a connu un réel engouement ces 10 dernières années, et, revêt une place bien particulière au sein de l’art contemporain. Quand on évoque le street-art, on parle de pochoirs, de graffitis, de mosaïques, de collages, et de bien d’autres créations in situ, réalisées illégalement ou avec la bénédiction des pouvoirs publics. L’art urbain, de par sa forme et son accessibilité, représente l’art le plus populaire, s’opposant aux codes de l’art contemporain “traditionnel”.

 

Eleonore Dubray, Master 1 des systèmes d’information

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