La plus grande poubelle de l’univers…

Le 4 octobre 1957, le satellite Spoutnik 1 devient le premier objet envoyé dans l’espace par l’homme. Premier acte historique de l’exploration spatiale, cet événement marque le début d’une course à la découverte enrichissante sur le plan scientifique, mais non dénuée de conséquences…

Une déchèterie à « ciel ouvert »

Pas moins de 5000 lancements ont eu lieu depuis Spoutnik 1. Autant de missions qui ont, chacune à leur échelle, participé à un phénomène aujourd’hui devenu problématique : la pollution de l’espace. Satellites obsolètes, pièces détachées, outils oubliés par les astronautes, éclats de peinture et métalliques en tout genre, les sources de cette pollution sont nombreuses : on estime aujourd’hui à plus de 35 millions le nombre de débris de plus de 1 mm. Plus qu’une question de nombre, c’est la vitesse à laquelle cette problématique croit qui inquiète. En effet, la négligence dont a jusqu’alors fait l’objet la pollution de l’espace a pris des proportions telles, que le phénomène a atteint un stade d’auto-alimentation. Donald J. Kessler, astrophysicien et scientifique de la Nasa, explique que le volume actuel des débris en mouvement dans l’espace provoque, de part des collisions avec d’autres débris et appareils en orbite, l’apparition continue de nouveaux déchets se déplaçant à très haute vitesse. Ces derniers répètent alors l’opération, provoquant une augmentation exponentielle de débris en orbite autour de la terre. Si on ajoute à cela les lancements spatiaux de plus en plus fréquents, les agences spatiales estiment que le risque de collision entre un satellite et un déchet en mouvement sera à terme multiplié par 25.

Une menace véritable ?

Au delà du simple aspect éthique justifiant à lui seul le fait de contrôler notre émission de déchets dans l’espace, la multiplication des débris spatiaux pose un vrai problème vis à vis des installations opérationnelles qui évoluent en orbite autour de la terre. En effet, même les plus petits débris peuvent provoquer des dégâts colossaux. Le Centre National d’Etudes Spatiales justifie cette assertion en expliquant qu’une boule de métal d’1 mm de diamètre lancée dans l’espace à la vitesse de 10km/h possède la même énergie cinétique qu’une boule de pétanque lancée à 100km/h. De quoi endommager de manière irréversibles fusées et satellites, et par extension les services qui en dépendent sur terre.

Pour les plus gros débris, il peut exister un risque en cas de rentrée dans l’atmosphère.  Si la probabilité qu’un objet venu de l’espace s’écrase dans une zone peuplée est faible, elle persiste toutefois. Exemple récent, la station spatiale chinoise Tiangong-1 (8,5 tonnes pour 10 m de long), hors de contrôle, s’apprête à rentrer dans l’atmosphère. On estime qu’entre 20% et 40% de la masse de cette station est susceptible de heurter le sol. Parmis les zones potentielles d’impact, on retrouve la Corse et la Côte d’Azur.

En plus du risque lié à l’impact, un risque radioactif peut entourer la chute de ces débris spatiaux. En 1978, un satellite Russe chargé d’Uranium s’écrasait au Canada, provoquant la contamination de toute la zone environnante, et donnant lieu au premier véritable conflit spatial nucléaire de l’histoire.

L’absence de règles

A la source de tout ce processus de pollution se trouve un problème d’ordre purement juridique. Il n’existe à l’heure actuelle aucune règle véritablement contraignante qui limite l’émission de déchets d’Etats ou d’entreprises dans l’espace. Ce vide juridique favorise certains comportements négligents des agences et entreprises qui préfèrent alors abandonner des installations à la dérive plutôt que de chercher une manière efficace de les récupérer. En 2007, la Chine, qui avait alors besoin de mettre hors de fonction un de ses satellites, a choisi de le pulvériser au moyen d’un missile, libérant ainsi plus de 1600 débris spatiaux (encore en orbite à l’heure actuelle).

Qui pour nettoyer l’espace ?

Plusieurs techniques sont étudiées à l’heure actuelle pour nettoyer l’espace. Une piste sérieusement envisagée par les ingénieurs de l’agence spatiale européenne concerne la mise en place d’un robot fonctionnant autour d’un bras articulé, dont l’objectif serait de saisir les objets spatiaux polluants pour les ramener vers la terre et leur faire pénétrer l’atmosphère, provocant ainsi leur destruction (sauf pour les déchets les plus imposants).

Une seconde idée creusée par les chercheurs se traduirait par un système de filet, a la manière d’un filet de pèche, qui pourrait être déployé à distance autour des débris en déplacement afin de contrôler leur course et les mettre hors d’état de nuire.

Idée encore plus ingénieuse permettant de limiter le risque de chute de débris sur terre : penser les satellites pour qu’ils se désintègrent entièrement lors de leur rentrée dans l’atmosphère. Beaucoup de paramètres entrent en compte comme la forme ou les matériaux utilisés, ainsi qu’un cahier des charges précis. Les satellites devront être suffisamment robustes pour être protégés pendant leur période de fonctionnement, et suffisamment fragiles pour se volatiliser lors de leur retour sur terre.

 

Si tout le monde s’accorde à dire que la gestion de la pollution se pose comme l’une des grandes problématiques actuelles dans la maitrise et l’appropriation de l’espace par l’homme, un point demeure sans réponse. Qui en assumera les coûts ? Il s’agit d’une question fondamentale qui devra être résolue afin d’éviter les comportements de passagers clandestins, et d’endiguer un phénomène qui se pose désormais comme l’un des grands enjeux du 21ème siècle.

Charles GUION de MERITENS

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