Femme et Politique : entre combat et légitimité

17 juillet 2012, Cécile Duflot alors Ministre du Logement, de l’Égalité des territoires et de la Ruralité se fait huer à l’Assemblée Nationale car elle « ose » porter une robe à fleur. Quelques jours plus tard, c’est au tour de la Ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Économie numérique, Fleur Pellerin, d’être qualifiée de « pot de fleur ». Simple aversion de certains députés envers les fleurs ou véritable remarque sexiste ? Bien que la réponse soit évidente, ces remarques ont suscité de vives polémiques à l’époque.

La femme politique contemporaine, souvent confrontée à ce genre de situation, s’est pourtant battue pendant des siècles pour obtenir une légitimité dans le paysage politique français. En effet, dès 420 après J-C, la femme est exclue du trône par la loi Salique. À l’heure de la Révolution française de 1789, d’innombrables femmes se sont imposées dans le paysage politique de l’époque. Parmi elles, les « tricoteuses », femmes du peuple, participent aux séances des assemblées de La Convention et du Tribunal Révolutionnaire en tricotant. Mais elles restent des citoyennes passives et sont exclues de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. En réaction, Olympe de Gouge, femme de plume, écrira en 1791 La Déclaration des droits de La Femme et de la Citoyenne énonçant « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droit » (article 1). Il faudra attendre les années 1930 pour que des femmes se voient attribuer des responsabilités politiques officielles par le gouvernement de Léon Blum. Irène Juliot Curry, Suzanne Lacore et Cécile Brunschvicg sont ainsi nommées sous-secrétaires d’État en 1936. L’ordonnance du 21 avril 1944 accordant le droit de vote aux femmes, marquera la véritable entrée de la femme dans la sphère politique dans l’esprit collectif. En 1947, une femme accède pour la première fois au gouvernement : Germaine Poinso-Chapuis devient Ministre de la Santé Publique et de la Population dans le gouvernement Schuman. En 1991, Edith Cresson sera désignée par François Mitterrand Premier ministre. Elle est, à ce jour, la seule femme ayant occupé la fonction de chef du gouvernement. Enfin, le gouvernement Ayrault I est le premier en 2012 à respecter la parité homme-femme.

photo article Julie - femme et politique

Passé ces quelques repères historiques, on peut s’interroger sur les caractéristiques d’une femme politique, son environnement, ses actions, ses espoirs mais aussi les critiques qui lui sont attribuées. Femme politique française par excellence, Simone Veil s’est illustrée pour son combat pour les femmes. Elle initie notamment la loi de 1975 légalisant l’Interruption Volontaire de Grossesse. Véritable porte-parole de la cause féminine, Simone Veil incarne le débat sur le droit des femmes. Au-delà d’être une intermédiaire entre les françaises et un pouvoir bien trop masculin, une femme politique serait ainsi pour certains, ou plutôt certaines, avant tout une femme d’action. Dans un entretien qui date de janvier 2013, Edith Cresson m’a ainsi confié que « dans l’esprit des hommes, un ministère c’est avoir un apparat …Les femmes sont beaucoup plus axées sur les résultats », pointant l’égocentrisme et le carriérisme des hommes politiques. Même discours chez son homologue britannique Magaret Tatcher « En politique, si vous voulez des discours demandez à un homme, si vous voulez des actes, demander à une femme ». Pour les journalistes politiques Neila Latrous et Jean-Batiste Marteau « il était d’usage dans les années précédentes de gommer, voire de nier ses formes pour percer dans les assemblées. Tailleurs stricts, refus de féminiser ses titres ministériels, Michèle Alliot-Marie est de ce point de vue l’archétype de la femme qui pour faire carrière n’a pas à hésiter, à sacrifier… sa vie de femme ». Rappelons que Michèle Alliot-Marie n’a jamais eu d’enfants.  En parlant d’enfants, beaucoup d’hommes politiques et de français(es) n’admettent pas le double rôle de femme politique et de mère. Edith Cresson se rappelait ainsi une question récurrente de journaliste «comment faites-vous pour vous occuper de vos enfants? ». Mais cette question est-elle posée aux hommes ? De même, certains hommes politiques ne se gênent pas pour émettre de telles questions à l’instar de Laurent Fabius qui lors de la campagne de Ségolène Royale pour les présidentielles de 2007 lui a demandé « Qui gardera les enfants? ».

Autre cliché auquel la femme politique est soumise, est celui de « coucher » pour réussir. On se rappellera alors qu’Edith Cresson fut qualifiée de « Pompadour à Matignon » ou que Rachida Dati fut soupçonnée d’être enceinte de Nicolas Sarkozy. Edith Cresson me résuma cette pensée de cette manière : « Pour certains, le rôle de la femme est soit celui de mère de famille, soit celui de pute » dénonçant ainsi une société hétéro-patriarcale.

Malgré tous ces préjugés, les femmes sont de plus en plus représentées dans les instances politiques. Représentant 6% des parlementaires à l’Assemblée Nationale en 1993, elles sont 16% en 2007 et 27% en 2014 à siéger à la chambre basse. De plus, elles représentent 48% des conseillers régionaux en 2010 alors qu’elles étaient 27.5% en 1995. Changement des mentalités et véritable avancée ? Ces chiffres sont à manier avec précaution car sont surtout le fruit de lois de quotas. Ces lois, bien que voulant aider la femme à accéder à des postes politiques, ne lui confère en rien la légitimité de les occuper. De même pour les lois relative à la parité. Ces deux grands principes ne sont synonymes en aucun cas d’égalité. En soit, ces mécanismes sont juste des moyens et en aucun cas des fins et devraient tendre à disparaître. Aujourd’hui de nombreux partis politiques préfèrent payer des pénalités plutôt que d’investir des femmes à des postes de député par exemple. Alors certes, les femmes doivent, selon la loi, être représentées dans les instances politiques au même titre que les hommes, mais les femmes politiques continuent d’être marginalisées dans les faits. Moins nombreuses et moins puissantes, cela révèle d’une part une autocensure des femmes quant à une carrière politique et d’autre part l’omnipotence de l’homme sur le pouvoir politique.

Le combat de la femme, et de la femme politique plus particulièrement, n’est néanmoins pas vain. Les politiciennes sont aujourd’hui davantage émancipées de toutes formes de pressions sexistes, à l’instar de femmes telles que Ségolène Royale, Nathalie Kosciusko-Morizet, Anne Hidalgo, Rachida Dati ou Najat Valaud-Belkacem. Cette nouvelle génération de politiciennes est à l’aise tant avec sa féminité qu’avec le pouvoir politique. Selon une étude réalisée par l’Institut de sondage Médiaprism pour le Laboratoire des inégalités lors de la dernière élection présidentielle, les français étaient 91% prêts à élire (sur le principe) une femme à la présidence de La République. Femme et Politique sont ainsi devenues au fil du temps deux notions complémentaires grâce aux combats de nombreuses femmes. Néanmoins, leur légitimité reste encore fragile reflétant les traces d’une mentalité dite « traditionnelle ». Muriel Fitoussi, journaliste politique, ira jusqu’à dire « femme au pouvoir, femme de pouvoir… le rapprochement sémantique sonne encore à l’oreille de quelques-uns comme une provocation ».

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