Frida Kahlo : au-delà du mythe

 

Lors d’une de mes traditionnelles soirées Netflix, je découvris la petite pépite « Frida ». Subjuguée par le jeu d’actrice de Salma Hayek dans le rôle de la plus célèbre peintre mexicaine du siècle dernier, je m’abreuvais de son histoire. Mais au-delà de son talent d’artiste, Frida Kahlo est une légende qui fascine toujours.

 

Artiste par la force des choses

Magdalena Frida Carmen est née en 1907 au sein de la « Maison Bleue » à Coyoacán, d’un père allemand et d’une mère mexicaine. A l’âge de six ans, elle est atteinte de poliomyélite ce qui à l’école lui vaudra le surnom de « Frida la boiteuse ». Mais au lieu d’en faire un complexe, la petite revendique sa différence et en fait une force. « Ce qui ne me tue me nourrit » écrivait-elle.

Frida se destine à une vie différente de celle des jeunes mexicaines de son âge. Elle aspire à une vie de plaisir et de liberté. Rêvant de voyage et d’indépendance, Frida entreprend des études de médecine. Cependant, sa vie bascule lorsque le 17 septembre 1925, à l’âge de dix-huit ans elle est victime d’un grave accident qui lui brise la colonne vertébrale et est à l’origine de nombreuses autres lésions. Après plusieurs opérations pour lui sauver la vie, Frida passe neuf mois alitée, contrainte de porter un corset en plâtre. Durant sa convalescence, elle se met à peindre ce qui sera l’essentiel de son œuvre. Tout au long de sa vie, Frida peint ce qu’elle ressent et ce qu’elle perçoit. Des autoportraits, du sang, des cœurs brisés, tant de détails et de moments que Frida immortalise avec son pinceau. Des représentations à la fois crues et sanglantes, drôles et macabres. Elle écrit dans son journal : « Ils me disent surréaliste, mais je ne le suis pas. Je n’ai jamais peint de rêves mais seulement ma propre réalité. » Son style unique et avant-gardiste fascine à l’époque. Elle parcourt le monde pour présenter ses œuvres. Que ce soient dans la galerie de Julien Levy à New York en 1938 ou encore à l’Exposition dédiée au Mexique qui se déroule à Paris l’année suivante, ses tableaux sont toujours aussi authentiques. Ayant une santé fragile, elle se démène autant que faire se peut pour vivre son art. En 1940, alors qu’elle est alitée, elle assiste à un vernissage donné en son honneur à Mexico.

 

Kahlo et Rivera : l’amour et l’art en fusion

Si Frida est célèbre pour son talent et son art, elle fascine également pour le couple qu’elle forme avec Diego Rivera. Célèbre artiste communiste mexicain de vingt ans son aîné, il suscitera l’intérêt de la jeune fille de 21 ans qu’est Frida à l’époque où elle le rencontre. Les deux artistes se marient à l’été 1929. Le père de Frida compare les deux amoureux à un éléphant et une colombe. Mais ni la singularité de leur mode de vie, ni les préjugés de l’époque n’auront raison de leur passion réciproque. Ils s’aiment, se déchirent, se trahissent, vivent un mariage libre mais reviennent immanquablement l’un vers l’autre. Ils se marient deux fois, n’auront jamais d’enfant et résistent même à la liaison de Diego Rivera avec la sœur de Frida. Cette dernière confie : « Je sens que depuis notre origine nous avons été ensemble, que nous sommes faits de la même matière, des mêmes ondes, que nous portons en nous le même sens. Ton être, entier, ton génie et ton humilité prodigieuses sont incomparables et enrichissent ma vie. Au sein de ton monde extraordinaire, ce que je t’offre moi, c’est seulement une vérité de plus, que tu reçois et caressera toujours au plus profond de toi. Merci de la recevoir, merci d’exister, car hier tu m’as laissé toucher ta lumière la plus intime et tu as dit avec ta voix et tes yeux ce que j’avais espéré toute ma vie. »

On prête à Frida de nombreuses passions extra-conjugales. Que ce soient avec les hommes ou les femmes, l’artiste laisse libre court à ses envies charnelles. Amante passionnée de Trotski ou tendre compagne de Jacqueline Lamba, ces relations n’ont de point commun que leur éphémérité. Frida et Diego se sont jurés fidélité sur les plans artistique et sentimental. Elle le chérit et répond au moindre de ses désirs. Lui la couve et la protège envers et contre tout. Le couple fascine au cours de ses voyages, de ses apparitions publiques. Il fascine encore. L’exemple criant est le billet de 500 pesos (environ 40€). Diego Rivera est sur une face du billet, tandis que Frida est sur l’autre.

 

 

Femme engagée, femme meurtrie, femme libre

A 22 ans, Frida s’inscrit au parti communiste mexicain. Dans la société machiste et patriarcale de l’époque, elle désire s’engager pour la cause des femmes. Ce qui faisait d’elle une légende vivante de l’époque, c’était sa spontanéité. Au diable les convenances et au diable les préjugés ! Frida aime la vie. Elle aime la beauté, l’art, les soirées animées et par-dessus tout la Tequila. Frida se passionne pour les émotions, le talent et l’ambition. Elle cultive le sien et celui des autres. Vive d’esprit, elle apprend, transmet et assume ses opinions. S’abreuvant de ses souffrances physiques pour créer, de ses peines de cœur pour aimer, de sa douleur pour avancer, elle repousse ses limites tout au long de sa vie. Elle est amatrice de robes tehuana pour affirmer sa féminité. En revanche, elle ne se prive pas de s’habiller en homme, de jurer ou de s’enivrer.

Tout au long de sa vie, Frida fait face à d’importants problèmes de santé. Colonne vertébrale rompue, déchirement du vagin, estomac percé, polio, gangrène de la jambe, amputation jusqu’au genou, infection du rein, anémie, alcoolisme. Frida Kahlo a vécu dans la souffrance jusqu’à la fin de sa vie, défiant tous les pronostics des médecins qui la condamnent. Mais elle résiste à la douleur et s’efforce de croquer la vie à pleines dents. « Pourquoi aurais-je besoin de pieds quand j’ai des ailes pour voler ? » confie-t-elle suite à cette opération qui la condamnera à vivre le reste de ses jours dans un fauteuil roulant. Mais elle continue de peindre et de défendre ses idées jusqu’au bout. En 1954, elle meurt d’une pneumonie. Sur son dernier tableau, elle a peint en lettre criarde « Viva la vida ».

 

Que reste-t-il de la légende ?

Aujourd’hui, la Maison Bleue ou Casa Azul qui a vu naître et mourir la légende Frida Kahlo est un musée consacré à son œuvre.

A la mort de Frida en 1954, Diego Rivera conserve les effets personnels de la défunte sous clé durant cinquante ans. Depuis 2004, la garde-robe et les accessoires de Frida Kahlo, véritable camaïeu de couleurs chatoyantes, ont été exposés à la Maison Bleue.

Du 16 juin au 4 novembre 2018, le Victoria and Albert Museum de Londres sera la première institution culturelle sise en-dehors du Mexique à exposer des pièces de cette garde-robe. Alors si vous passez par-là, nourrissez-vous un peu de l’essence de l’immortelle Frida.

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