Alep, un nouveau tournant

Après quatre ans de guerre qui ont fait tomber une partie de la ville en ruine et des victimes à n’en plus finir, les citoyens d’Alep aperçoivent enfin une lueur d’espoir. Ce 13 décembre, les autorités syriennes sous le contrôle de Bachar El-Assad et les rebelles au régime ont déclaré un cessez-le-feu à la suite de la capitulation des rebelles. Un accord qui pourrait constituer une bonne nouvelle pour les citoyens d’Alep-Est qui subissent et souffrent du conflit depuis des années. En revanche, cet accord ne concerne malheureusement pas Daesh, comme l’ont bien précisé Vladimir Poutine et Bachar El-Assad lors de la proclamation du cessez-le-feu.

 

L’ONU dans la libération d’Alep

Le 13 décembre, la Russie et la Syrie annoncent un cessez-le-feu. S’en suit une évacuation d’environ 16 200 civils par l’ONU entre le 15 et le 22 décembre. Au début de l’évacuation, le convoi a été compliqué en premier lieu par des milices chiites qui l’ont arrêté et ont pris en otage des centaines d’Alépiens. A cela se sont ajoutés des tirs de soldats syriens, blessant des réfugiés se trouvant dans le convoi. Le 18 décembre, une vingtaine de bus ont également été assiégés et incendiés par des rebelles de la province d’Idleb (au nord-est de la Syrie).

Le conseil de sécurité de l’ONU a donc voté par la suite, à l’unanimité, l’envoi d’observateurs pour s’assurer du bon déroulement de l’évacuation. Mais les conditions d’évacuation sont restées déplorables, les conditions d’attente des bus se sont détériorées de jours en jours. C’est ce qu’explique Malek Al-Shemali, rebelle syrien, dans un témoignage datant du 18 décembre :

«Tout le monde attend dans le froid près des lieux où arrivent les bus. Les gens ne veulent pas s’éloigner de leurs affaires mais il gèle…», «Tout le monde veut évacuer. Nous avons tous peur des forces du régime et des milices iraniennes. Ils peuvent commettre encore tellement d’atrocités, exécuter les survivants, jeter tout le monde en prison… Aucun civil ne veut rester dans cet enfer. Tirs de mortiers, de bombes, de roquettes… ils font exploser tout ce qu’ils peuvent ici !».

Les derniers à être évacués perdent peu à peu l’espoir de réellement sortir de cette horreur. Obligés de quitter leur propre ville et de repartir à zéro, ils vivent aujourd’hui dans des conditions humanitaires catastrophiques malgré les aides qui leur sont procurées : abris surpeuplés, froid, manque d’eau et de nourriture, ….

Alors cette libération représente-t-elle un espoir d’apaisement de ce conflit dévastateur, malgré une évacuation chaotique et aux conséquences humanitaires désastreuses ? Ou au contraire devrions-nous nous inquiéter de cette alliance diplomatique entre la Russie et Bachar el-Assad ? Cette once de calme permettra-t-elle d’avancer dans le combat contre Daesh ? Un problème reste toujours en suspens : l’intervention de Poutine en faveur de l’autorité Syrienne va à l’encontre des raisons premières de l’intervention de l’ONU dans le conflit, c’est-à-dire mettre fin à la dictature syrienne.

 

Une intervention tardive

La guerre dE Syrie dure depuis maintenant plus de six ans. La bataille d’Alep quant à elle fait rage depuis quatre ans. Alors pourquoi l’évacuation d’Alep et la déclaration du cessez-le-feu ne sont entrées en vigueur qu’à la fin de l’année 2016 ? Pourquoi l’ONU a dû attendre que la Russie prenne cette décision ? Depuis le début de cette guerre en 2011, l’ambassadeur russe Vitali Tchourkine a usé de son droit de veto à six reprises pour empêcher les Nations Unies de prendre des résolutions pour palier la situation en Syrie.

Les trois premiers vetos datent de 2011 et 2012. Tous visaient à éviter une condamnation de la répression en Syrie, la Russie soutenant le gouvernement syrien. La Chine a d’ailleurs soutenu la Russie sur ces trois vetos. Puis, le 22 mai 2014, l’ONU a saisi la Cour pénale internationale concernant les crimes de guerre en Syrie. Treize votes pour, aucun vote contre, mais deux vetos à nouveau : celui de la Russie et celui de la Chine, empêchant ainsi l’aboutissement du processus. Et à nouveau, le 8 octobre 2016, le projet de résolution de la France visant à instaurer une trêve humanitaire en Syrie a subi la même conclusion, face à un cinquième veto de la Russie, la Chine s’abstenant cette fois. Et enfin le dernier veto en date de la Russie au sujet de la Syrie date seulement du 5 décembre 2016, à propos de la proposition de la France d’organiser une trêve de sept jours à Alep.

L’ONU rendue impuissante par les multiples vetos de la Russie n’a donc pu agir que très récemment, lors de la prise de décision de Vladimir Poutine d’intervenir à Alep. Sans ces conflits diplomatiques, le cessez-le-feu et l’évacuation des syriens auraient pu être d’actualité il y a des mois, voire des années.

 

Après quatre années à vivre dans la peur et l’horreur, les citoyens d’Alep pensaient espérer commencer une nouvelle année un peu plus sereinement. Cependant, c’est dans ce même climat de guerre que débute 2017 : le cessez-le-feu n’a pas empêché des civils et des rebelles de mourir sous les tirs de l’armée syrienne à l’ouest d’Alep fin décembre.
En effet, les forces syriennes n’ont pour le moment pas véritablement respecté le cessez-le-feu, ce qui compromet évidemment la trêve entreprise. D’autant plus que des groupes rebelles ont déclaré le 31 décembre que si « les violations du régime et ses bombardements se poursuivaient », le cessez-le-feu prendrait fin. Et à ce jour, le régime syrien bombarde encore les régions rebelles.
Ce conflit très complexe est donc malheureusement loin de toucher à sa fin : malgré la cessation des violences, les Syriens restent divisés, Alep en est la preuve. Rien ne garantit que le cessez-le-feu sera définitif et l’avenir de la Syrie reste donc incertain.

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