La Révélation: je suis un bobo

Centre Pompidou
Centre Pompidou

         Ça m’a pris quand je regardais mes pieds en attendant mon tour. On jouait à la pétanque, sur les bords du canal de l’Ourcq en face du bien-nommé BarOurcq. Du soleil, des jeunes gens, des bières servies en gobelets et une panoplie pour bouliste fournie : ce bistrot sait attirer la clientèle jeune et branchée en mal d’afterworks.

Pétanque sur le Bassin de la Villette
Pétanque sur le Bassin de la Villette

         Et donc, je fixais mes imitations de Stan Smith bariolées en faux-cuir, d’une petite marque de créateur parisien. Ma montre, achetée dans un atelier rue de Charonne que je vous conseille[1], indiquait 17H30, nous étions fin juillet. J’écoutais aussi une amie (car nous traînons en bande mixte) parler d’un brunch au Point Eph’ tout en sirotant un jus de Bissap « 100% bio ». Relevant la tête pour apercevoir le cochonnet, cela m’a encore plus sauté aux yeux. Il faut dire qu’entre les chemises en denim, les bottines en cuir patiné et les blousons tout droit ressuscités des années 1990, peu de place était laissée au doute. Dans nos oreilles et sans grand souci des passants, un musicien électro canadien[2]. Honte à celui qui appellera DJ tous ceux qui touchent aux sons synthétiques et séquencés, car je suis perfectionniste et pointilleux quand il s’agit d’étaler ma culture musicale.

         Je me suis repassé mentalement la semaine passée. Les numéros de Libé et du Monde Diplomatique de ces derniers jours. L’AG de mon association étudiante, « chose la plus importante pour moi », auto-déclarée libre et ouverte d’esprit et en mal de le prouver. Les dernières discussions politiques, où je m’entendais dire que « après tout, nous sommes tous nés sur la même Terre, pourquoi untel aurait droit à vivre une vie meilleure à un endroit donné et pas les autres ? ». Et puis mon année universitaire, les dissertations de sociologie du travail où l’on dénonçait le précariat dans lequel un monde de la finance tout puissant propulse des « populaires » qu’on ne saurait que plaindre. A celle de sociologie politique où on disait la montée du FN surtout due ces derniers mois à sa progression parmi les classes les plus aisées – Neuilly, 16ème arr., … Je hais le 16ème arrondissement.

         J’ai repensé à tous ces idéaux que je n’essaie pas vraiment d’atteindre mais qui me semblent louables : manger bio, être beau, vivre heureux, travailler là où on veut, mettre fin à la souffrance animale et devenir végétarien, penser aux autres, être quelqu’un de bien, vivre dans le 11e ou dans le 19e (histoire de pouvoir refaire des apéros-pétanques à désir), quitter ma banlieue « ultra-bourgeoise-ultra-reloue », être cultivé, réfléchir, participer au bien commun. Suivre de près ce qui s’était fait à Nuit Debout aussi, pour y placer un peu de mes espoirs tout en blâmant les casseurs et les radicaux car, bien évidemment, « je-rejette-toute-forme-de-violence-parce-que-la-violence-c-est-mal » et après tout, si la violence économique des patrons me choque, celle des casseurs et des idéologues m’emmerde aussi. Sans nier que jamais je n’ai été malheureux de voir de « gros bourges » apeurés pleurnicher sous la menace.

         Ça y est, j’ai compris. Je suis un jeune bobo.

         Et alors ?

         La culture bobo ? Une bien-pensance qui ne se paie pas toujours le luxe de se traduire par des actes et un goût pour l’ouverture au monde. Un esprit qui voit loin et le désir d’entrer dans une vraie ère de progrès. Un tort, vraiment ? Sur ce, je vous laisse, j’ai un afterwork au Palais de Tokyo.

[1] Charlie Watch, jeune start-up qui vient d’ouvrir sa première boutique dans le Marais.
Oui, la Plume fait aussi dans la publicité gratuite. L’auteur est entièrement coupable. Navré.

[2] Caribou ! Qui d’autre ?

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