Critique film : Le stratège

Critique du film Le stratège

par Julien Laurian

A-t-on déjà vu, en France, un grand film sur le baseball ? Non. Et d’ailleurs Bennett Miller ne nous en offre toujours pas, tout simplement car Le stratège n’est pas un film sur le baseball. A l’image de The Fan, le sport est ici un prétexte, un environnement servant une trame plus profonde que le simple fait sportif.

Dans ce récit socio-économique, le stratège, manager ou plutôt gestionnaire, a pour but de construire une équipe gagnante sur les terrains et légère au porte-monnaie, une équipe antimoniale au sens américain où talent rime avec argent.
Histoire vraie dans les mémoires du baseball, c’est pour la première fois en 2002 qu’un homme, Billy Bean, ose raisonner mathématiquement, sélection statistique et meilleure rentabilité qualité/prix à l’appui.

«  Comment ne pas s’éprendre du baseball ? » se demande à plusieurs reprises  Bean qui pourtant n’assiste à aucun match.  Parole d’un homme à l’image de son sport : antagoniste dans son sincère cynisme ne pouvant dissocier la beauté sportive de la joute économique qui en est à son origine.  Et d’ailleurs le titre original Moneyball reflète beaucoup plus justement l’ambivalence de cet univers sportif.

Voilà dans quel contexte de désenchantement macroéconomique s’est écrit une épopée sportive lors de laquelle passion et stratégie se répondent. Si on a du mal à se rendre compte de l’ampleur de ce phénomène sportif car notre culture est plus footballistique que « baseballienne »  …Imaginez que Nancy vienne à gagner la ligue des champions… Cela doit à peu près représenter la hauteur de l’évènement.

Or la passion dont il est cas ici n’est pas nécessairement celle du sport mais celle du chiffre. Un match entre deux équipes n’oppose pas des talents mais les dollars engagés dans chaque formation, si bien qu’on n’est que très rarement sur le terrain, mais plus avec Brad Pitt – Bean-, dans les coulisses du stadium. D’ailleurs c’est dans ces coulisses que les véritables enjeux se trament, aidé de Pete, jeune économiste amateur de chiffres issu de Yale interprété par Jonah Hill, le stratège vit là où arcanes du pouvoir, stratégies et liens sociaux s’établissent.

Si on connaissait plus Bennett Miller pour avoir donné une leçon d’humilité à Clooney dans  la Saga Nespresso – George Who ? ce n’est pas par hasard. En effet, le réalisateur de Truman Capote a cette capacité à nous faire oublier l’acteur pour donner toute son épaisseur au personnage.

Ici, le manager est un stratège américain entre  trader sportif et entraineur économique. Le joueur n’est alors que du bétail et l’illustration d’un consumérisme humain à l’américaine. Le spectateur, lui, s’il l’ignore encore, visualise à quel point le sport est phagocyté par l’économie –et ce avant même l’arrivée des qataris-.

 

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