La Formule 1 en danger de mort

Sale temps pour la Formule 1. Entre la domination écrasante de l’écurie Mercedes, des évolutions technologiques allant à l’encontre de l’esprit du pilotage et les enjeux sportifs rongés par le business, la discipline reine du sport automobile est en train de perdre tout ce qui faisait son charme.

Qu’il est loin le temps des Jackie Stewart, Niki Lauda, Alain Prost ou encore Ayrton Senna, une époque où les Grands Prix de Formule 1 tenaient les spectateurs en haleine de bout en bout, où le championnat du monde se jouait lors des dernières courses de la saison, où la virtuosité des pilotes comptait plus que la technologie embarquée dans leur monoplace et où les questions purement sportives étaient plus importants que les sommes financières en jeu. Grâce à des innovations technologiques et à de nouvelles réglementations – notamment la limitation de la puissance des moteurs –, la Formule 1 d’aujourd’hui est certes plus sûre qu’il y quelques décennies, où les accidents mortels se comptaient par dizaines – douze dans les années 60, dix dans les années 70 –, mais d’autres évolutions n’ont pas été aussi bénéfiques. Combinées, elles sont en train de mettre en péril la survie de la discipline reine du sport automobile.

Mercedes, une hégémonie lassante

Comment ne pas citer l’outrageuse domination de l’écurie Mercedes depuis maintenant plus de deux ans et demi comme motif principal du désintérêt croissant que suscite la Formule 1 ? Depuis 2014, les Flèches d’Argent – le surnom des monoplaces de la marque allemande – trustent les podiums et ne laissent que des miettes à leurs adversaires. Les saisons 2014 et 2015 ont vu le pilote Mercedes Lewis Hamilton remporter ses deuxième et troisième titres de champion du monde devant son coéquipier Nico Rosberg avec une avance très confortable sur leurs poursuivants, l’Anglais et l’Allemand remportant les deux années 16 courses sur 19. Et la saison 2016 est jusqu’à maintenant conforme à ce que l’on voit depuis 2014, les Flèches d’Argent n’ayant pour l’instant laissé échapper que deux victoires en dix-sept Grands Prix. Cette hégémonie a évidemment une incidence sur l’intérêt du championnat. Et si la suprématie des Mercedes se poursuit dans les prochaines années, c’est même l’attractivité de la Formule 1 qui s’en trouvera menacée.

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Un appui technologique trop important

Et puis comment s’enflammer pour des pilotes qui n’ont qu’à appuyer sur un bouton pour dépasser la monoplace les précédant ? La technologie, même si elle a été salutaire pour la sécurité des pilotes en permettant de diminuer le nombre d’accidents mortels – « seulement » trois depuis 30 ans –, est en train de tuer ce qui fait l’essence même de la Formule 1 : le talent de pilotage. En 2011, l’aileron arrière mobile (DRS), activable par un simple bouton sur le volant des F1, est instauré pour faciliter les dépassements. Leur moyenne par course décolle alors : 42,5 en 2011 contre 29 en 2010. Et sur les 804 dépassements effectués lors de la saison 2011, près de la moitié (363) ont été rendus possibles grâce à l’utilisation de ce nouveau mécanisme. Ainsi, plus besoin d’être un as du volant pour dépasser. Autrement dit, la qualité principale des champions d’autrefois n’est aujourd’hui même plus nécessaire pour devenir un grand pilote. Et davantage de dépassements signifie également moins d’émotion lorsqu’il y en a un. Jadis, ils s’apparentaient aux buts en football : rares, mais tellement exaltants. Aujourd’hui, ils sont plutôt semblables aux paniers en basket-ball : plus fréquents, et donc beaucoup moins enthousiasmants.

Le business avant le sport

A l’instar du football, la Formule 1 est touchée par la maladie du sport-business, qui fait passer les enjeux financiers avant les aspects sportifs. Afin d’en faire une discipline mondiale et non plus seulement occidentale, des Grands Prix ont été organisés ces dernières années dans des pays « exotiques » – Corée du Sud, Inde, Russie, Emirats Arabes Unis et Singapour notamment –, pour des résultats très mitigés. Le Grand Prix de Corée du Sud, organisé depuis 2010, a été supprimé du calendrier en 2014 à cause de pertes financières très importantes (170 millions de dollars, soit 138 millions d’euros). Quant au Grand Prix d’Inde, il a disparu en 2014  après trois éditions seulement en raison des taxes que le pays souhaitait imposer aux équipes. Dans le même temps, pour faire de la place à ces nouvelles courses, des tracés mythiques ont été retirés du calendrier, tels que le Grand Prix de France, qui existait depuis la création du championnat du monde en 1950, ou celui de Saint-Marin, au calendrier depuis 1981.

Il y a urgence, la Formule 1 doit se réinventer très rapidement, sous peine de devenir un sport confidentiel voire même de disparaître. Au vu de l’engouement suscité par la course de Formule Electrique organisée en avril 2016 dans les rues de Paris, il y a assurément des éléments de cette discipline que la Formule 1 pourrait emprunter, à commencer par le type de moteurs ou encore les Grand Prix en ville…

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