Le milieu du football américain secoué

041016-N-9693M-016 East Rutherford, N.J. (Oct. 16, 2004) - Notre Dame running back Marcus Wilson races your yardage as a trio of U.S. Naval Academy Midshipmen defenders gives chase at Giants Stadium in East Rutherford, N.J. Notre Dame (5-2) defeated Navy (5-1) for the 41st straight time, the longest winning streak by one opponent over another in NCAA history. U.S. Navy photo by Damon J. Moritz (RELEASED)

Un fléau secoue actuellement le monde professionnel du football américain : une dégénérescence neurologique. Elle toucherait vingt fois plus les joueurs de football américain que les athlètes des autres sports. En mars prochain sortira en France le film Seul contre tous (Concussion aux Etats-Unis). Will Smith y joue le docteur Omalu, le premier médecin à avoir découvert cette maladie neurologique chez les footballeurs américains. Le film suit sa lutte contre la toute-puissante NFL – la ligue étasunienne de football américain – pour dévoiler la vérité.

Le football américain est résolument le sport le plus suivi aux Etats-Unis. Il suffit de voir les chiffres du dernier Super Bowl – la finale de la saison de NFL – pour s’en convaincre : 112 millions d’Américains l’ont regardé. Cette popularité en fait un véritable business : trente secondes de publicité lors du Super Bowl se négocient à cinq millions de dollars.

Le monde violent du football américain

Même si les règles de jeu nous échappent souvent, reste l’image de colosses entrant en collision à toute vitesse sur le terrain. En effet, le football américain n’est pas seulement l’un des sports les plus populaires, il est aussi l’un des plus violents.

Cette violence se manifeste souvent par des commotions cérébrales, c’est-à-dire par des traumatismes après des chocs particulièrement violents qui modifient le fonctionnement du cerveau pendant un court instant. Les commotions cérébrales se traduisent concrètement par un moment d’absence chez les joueurs, pouvant conduire à une sortie du terrain. En 2000, une étude a montré que les deux tiers des joueurs avaient déjà eu une commotion cérébrale durant leur carrière.

Une violence qui a de lourdes conséquences

Dans le monde de la boxe, on connaît depuis les années 1930 le lien entre commotions cérébrales et troubles neurologiques de longue durée. Il aura fallu attendre 2002 pour que le football américain le reconnaisse. Cette année-là, le docteur Omalu examine le cerveau du joueur professionnel Mike Webster, mort d’un arrêt cardiaque à 50 ans. Il découvre alors les signes d’une encéphalopathie traumatique chronique (ETC). Cette dégénérescence cérébrale est directement liée aux commotions et ne peut se diagnostiquer que post-mortem. Les symptômes comprennent une sévère dépression et une démence menant éventuellement au suicide. Sur un autre patient, Omalu fait le même diagnostic ; l’état de son cerveau équivalait à celui d’un homme de 90 ans atteint de la maladie d’Alzheimer.

Omalu
Le docteur Omalu

Dans les années qui ont suivi, ce constat alarmant s’est confirmé. Des docteurs de la Boston University ont diagnostiqué une ETC chez 76 joueurs de la NFL sur 79 examinés.

Alors pourquoi n’en avons pas entendu parler avant ?

Le rôle de la NFL, qui fait la pluie et le beau temps dans le monde du football américain

Certains montrent du doigt la NFL. La National Football League est l’autorité suprême des équipes étasuniennes de football américain ; elle gère le business très lucratif du championnat.

En 1994, la NFL a créé un comité sur les MTBI (Mild Traumatic Brain Injury), c’est-à-dire les lésions cérébrales légères comme les commotions. Les dirigeants de la NFL et membres de ce comité ont longtemps écarté le risque de conséquences neurologiques à long terme. Pour eux, les commotions ne seraient que « mineures » et représenteraient un risque du métier, qui justifie des salaires très élevés.

Quand le docteur Omalu leur a fait part de ses découvertes, la NFL a essayé de discréditer ses recherches. Comme le montre le film Seul contre tous, il est traité de pratiquer le vaudou, et est banni de toute réunion médicale ou sportive de la NFL.

Ce n’est qu’en 2009, quand le Congrès américain s’est intéressé à l’affaire, que la NFL a admis qu’il y avait une faille. Des fonds ont été débloqués pour l’étude de la dégénérescence et des mesures ont été mises en place pour limiter la violence du sport. Néanmoins, ce problème reste toujours sensible. La chaîne de sport ESPN, qui avait coproduit un documentaire sur les ETC en 2014, a décidé quelques jours avant la diffusion de retirer son nom de l’œuvre et d’annuler les diffusions.

Le football américain est un sport brutal, avec des risques dorénavant connus. Reste à savoir si de véritables décisions seront prises afin d’amoindrir les chocs violents, quitte à dénaturer l’esprit du jeu.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*