Et si la transition énergétique nous permettait de sortir de la crise ?

Suite à l’accord signé à Paris lors de la COP21, un bilan semble nécessaire pour comprendre l’avancement actuel de la transition énergétique.

Dans l’Histoire de l’écologie, depuis l’éveil de la conscience écologique, les accords se sont succédés sans jamais mener à une diminution massive des énergies fossiles. L’enjeu est plus complexe qu’il n’y paraît. Et qu’en est-il de la COP 21 ? Cette conférence s’est déroulée dans un contexte économique difficile avec les effets de la crise de 2008 encore bien présents : un chômage élevé, une croissance atone et des marchés financiers globalement instables. De plus, les cours du pétrole sont au plus bas, ce qui nuit à la crédibilité de la conférence. Comment donner du crédit à la transition énergétique alors que le baril ne coûte que 30 dollars ? Ces bas prix contribueront à faire augmenter la consommation de pétrole et donc amplifier le problème déjà existant. Vous l’aurez compris, le coup de tonnerre tant attendu qui permettrait enfin d’assister au développement massif des énergies renouvelables n’est pas pour aujourd’hui.

Mais où en est la situation exactement ? Dans les faits, la transition vers une énergie verte non polluante est plus avancée qu’il n’y parait. Il est même possible de citer l’exemple de quelques pays fonctionnant uniquement à l’aide d’énergies renouvelables : l’Islande avec son potentiel géothermique considérable, l’Albanie et ses barrages hydro-électriques performants, la France avec le choix du nucléaire des années 1950… Les exemples sont relativement nombreux mais certains pays restent à la traine. Et s’il était possible de combiner croissance et transition énergétique ? Une idée audacieuse qui suppose de se servir du développement des énergies respectueuses de l’environnement pour atteindre les objectifs en termes d’emplois et de croissance. Procédons par étapes.

Un non-sens : utiliser de l’énergie pour transporter de l’énergie !

Premièrement, comme la majorité des industries, l’énergie n’a pas échappé à la mondialisation (hormis quelques rares exceptions : les pays où la production d’énergie est déjà renouvelable et s’effectue sur le territoire national). Aujourd’hui, pétrole, gaz et uranium utilisés dans les différents sites de production d’énergie sont produits dans des endroits localisés sur le globe. Une fois l’extraction terminée, ils sont distribués à travers la planète. Par exemple l’uranium utilisé dans les centrales nucléaires françaises a dû être transporté sur quelques milliers de kilomètres. Un non-sens en fin de compte : utiliser de l’énergie pour transporter de l’énergie ! Hors, la transition énergétique suppose une production locale de l’énergie : au sein d’un même pays, chaque ville, commune, département et région produit l’énergie nécessaire en fonction de ses besoins et des ressources locales. Si une région affiche un taux d’ensoleillement élevé, il est fort probable qu’elle opte pour le solaire. Si une autre région se situe dans un environnement montagnard, c’est l’hydro-électrique qu’il lui faudra développer. Par conséquent, la transition énergétique marquera la fin de l’énergie mondialisée. Chaque pays sera donc en mesure de créer un nombre d’emplois proportionnel à ses besoins en énergie. Une opportunité de croissance indéniable.

La transition énergétique marquera la fin de l’énergie mondialisée.

La production ne sera pas la seule composante de la transition énergétique, un véritable effet domino aura lieu. En effet, produire de l’énergie suppose d’avoir l’infrastructure adéquate. Les parcs solaires, les projets éoliens, les barrages hydroélectriques et les centrales géothermiques requièrent des investissements massifs pour voir le jour. Des investissements onéreux mais rentabilisés relativement rapidement, l’Etat pourra donc sans peine participer à ce vaste projet. Et la finance suivra, inexorablement. Outre les unités de production, il faudra former les ingénieurs et techniciens pour assurer leur fonctionnement. De surcroît, les cursus universitaires pour satisfaire la demande du marché se développeront. Une Nouvelle filière d’excellence verra le jour et le système éducatif suivra ainsi que les entreprises spécialisées dans le service et l’efficacité énergétique : nous assisterons sans doute à une multiplication des start-up dédiées à ces tâches. Un effet qui se répandra sans difficulté étant donné que l’énergie est une composante essentielle à n’importe quelle société. Impossible, sans énergie, de prendre le métro pour aller travailler, d’utiliser son ordinateur, son smartphone …

L’énergie est une composante essentielle à n’importe quelle société.

Dans le contexte actuel, ces emplois permettraient de concilier les problèmes environnementaux à une croissance économique stable et verte. L’exportation de cette énergie verte est parfaitement envisageable et valoriserait l’expertise requise pour la produire. Une chose est certaine, pour la France la route est encore longue mais les opportunités nombreuses. L’énergie solaire et éolienne reste sous-exploitée, le potentiel géothermique du pays est méconnu. Seul l’hydro-électrique est au maximum de son potentiel mais il requiert une main d’œuvre qualifiée et nombreuse pour assurer son fonctionnement optimal.

Ces emplois permettraient de concilier les problèmes environnementaux à une croissance économique stable et verte.

Par conséquent, la création d’emplois ne s’arrêtera pas à la simple mise en place des infrastructures de la transition énergétique. Une fois les unités de production opérationnelles, il conviendra d’en assurer le fonctionnement et la synchronisation. Et la pluralité des énergies utilisées rendra la demande en main d’œuvre supérieure à celle d’aujourd’hui dans une France où le nucléaire reste l’énergie dominante et centralisée dans quelques unités de production pour un territoire entier. Une pluralité qui créera un dynamisme certain et impactera grandement l’économie française.

Malgré une transition qui peine à se confirmer, les énergies vertes ont donc de beaux jours devant elles tant sur le plan social qu’économique.

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