Les Go-Go dancers jouent à la bataille navale

Que ceux qui ne voient en 300 qu’un vulgaire film dont la laideur esthétique n’a d’égale qu’un racisme imprégnant les volutes ensanglantées d’un ultra numérisme ralenti passent leurs chemins car il n’ont déjà pas compris ce premier opus, étude philosophique de la construction de l’homme face à l’animal qui le définit intrinsèquement.

Finie la bataille des Thermopyles, les batailles narrées ici sont celles de la flotte de Themistocle
Enfin, finie… Pas tant que cela puisque l’histoire est la même mais d’un point de vue militaire, stratégique et idéologique différents mais néanmoins complémentaires.

Seule continuité, le graphisme qui, si on peut le détester, a le mérite d’être un parti pris assez radical, d’une image purement artificielle.
Les corps sont toujours aussi tranchés, transpercés, écrasés… avec un travail intéressant sur la densité et la viscosité du sang. Certes, le poids des soldats ne peut pas être majoré d’une quelconque tenue puisque les grecs huilés nourris à la testostérone n’ont qu’un casque et un slip en cuir pour seuls vêtements mais cela dote l’hémoglobine d’une pesanteur, d’une fonction lestante des corps. L’individu se définit alors presque strictement de manière physiologique. L’homme n’est plus qu’un corps en mouvement, n’est plus que soldat et meurt en soldat.

Plus que les oppositions simplement brutales qui opposent Leonidas à Xerxes, les eaux sous le joug de la colère de Poséidon obligent à un véritable duel stratégique. Les tactiques, tantôt historiques pour les grecs, tantôt fantasmées pour les perses cristallisent l’ambigüité de la position scénaristique de l’œuvre, entre Péplum métalleux et Fantasy.

Les grecs sont eux aussi qualifiés pour le Brésil
Les grecs sont eux aussi qualifiés pour le Brésil

Autre point intéressant, le commandant à la tête de la marine perse est Artémise, une femme donc. Et tout comme Léonidas ou Thémistocle et contrairement aux méchantes de Disney, elle n’agit pas dans l’ombre, en retrait de ses troupes de manière fourbe, mesquine, «féminine» mais est au côté de ses soldats.
Au delà de l’aspect purement militaire, Eva Green, affirmant sa liberté sexuelle, se fait prendre (c’est bien le terme) par son opposant dans un ébat pas uniquement symbolique où règne clairement l’affrontement et l’égalité des sexes.

Dans un monde dans lequel Patrick Juvet pourrait chanter éternellement Où sont les femmes ?, tant l’homosexualité virile latente les exclut, l’importance de deux protagonistes féminins supplantant celle de milliers d’hommes ne fait que confirmer ce que l’on sait au moins depuis James Brown : This is a man’s world but it wouldn’t be nothing without a woman or a girl.
300 : La Naissance d’un Empire est donc un film éminemment féministe.

Xerces : piercing et blanchiment des dents ou une certaine idée de la virilité....
Xerces : piercing et blanchiment des dents ou une certaine idée de la virilité….

Liberté, c’est le terme qui traverse ce combat filmique. Continuant l’étude cinématographique du Contrat Social de Rousseau qui régit le peuple spartiate, c’est ici le peuple athénien qui interroge le philosophe qui écrivait lui-même : «Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. Il n’y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme; et c’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter toute liberté à sa volonté.»

 

Alors s’il persiste un problème majeur et irrévocable, c’est que Leonidas n’est pas une marque de chocolat pour rien : quand il n’y en a plus, on en réclame encore. Du coup, ça manque de barbe et de punchline (car une tête tranchée a rarement de la répartie). Pas de punchline mais de l’humour tout de même dans l’exubérance.

300 : La Naissance d’un Empire est donc non seulement un excellent divertissement, mais une œuvre avec une plus grande portée si on se donne la peine de la (sur)interpréter.

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