Clair de femme, Romain Gary

Clair de femme de Romain Gary

par Hugo Matricon

Deux naufragés tentent l’impossible : retrouver pieds « le temps d’une révolte, d’une brève lutte, d’un refus du malheur ». Comment retrouver l’espoir face à cette plaine abyssale que représente la mort de l’être aimé ?

Lui pense trouver la réponse dans l’union de deux individus en marge de leur existence. Soûl de malheur, enivré de nostalgie, il souhaiterait réapprendre à aimer, à vivre cette « aventure sans carte et sans compas où seule la prudence égare ». Ayant perdu une femme qui était toute sa vie, il tente de refaire de sa vie une femme.

Elle, ne pouvant plus aimer un mari aphasique responsable de la mort de sa fille, sera séduite par l’idée de cette fuite en avant et s’éloigne de sa vie pour mieux savourer les ébauches d’avenir qui s’offrent à elle. Mais ne voulant être que le miroir d’un amour déchu, elle préfère disparaître car elle veut rester femme. Il est « difficile de faire un navire de haute mer avec les débris de deux naufrages ».

Gary nous plonge dans un univers où deux individus s’unissent pour faire tomber les murs du souvenir. L’écriture est simple mais profondément touchante. Des personnages hauts en couleurs comme le Senio Galba, dresseur invétéré d’un caniche rose dansant le paso doble, sont présents. Mêlant le grotesque à la rude réalité de la quête d’un amour cisaillé, Gary pointe à merveille cette redécouverte du sens du possible lorsque l’avenir paraît insurmontable.

 

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