Chronique d’un shutdown annoncé

Le shutdown aux États-Unis correspond à la fermeture des services administratifs et fédéraux dans leur ensemble. Excepté les dispositions régaliennes de l’État et certains services considérés comme essentiels (police, armée, services secrets, contrôleurs aériens, etc.), les fonctionnaires ne sont plus payés jusqu’à nouvel ordre, les monuments, les parcs nationaux ou les bibliothèques restant fermés. En pratique, cela signifie que 800 000 personnes sont mises en congé sans solde, avec l’interdiction d’exercer une autre activité sous peine de lourdes sanctions.

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Cette situation est le résultat de l’impasse entre républicains et démocrates concernant les négociations du budget 2014. En effet, celui-ci doit être voté par le Sénat (démocrate) et la Chambre des Représentants (républicaine), et un accord est donc nécessaire entre les deux partis. Depuis plus de six mois, les républicains résistent à l’idée d’une hausse d’impôts pour l’exercice fiscal 2014, préférant s’attaquer à l’Obamacare, système de sécurité sociale et mesure phare du premier mandat de Barack Obama. Dès lors qu’aucun accord n’est trouvé au 30 septembre à minuit, la procédure de shutdown se met automatiquement en place. En 2011, un accord avait été trouvé à 23h, cette année, le couperet est tombé.

Pour en arriver à une telle situation, le blocage a été mené par une petite minorité de représentants républicains affiliés au Tea Party, mouvement d’extrême droite comprenant pourtant seulement une cinquantaine de membres parmi les 235 élus républicains de la Chambre. Critiqués même dans leurs propres rangs où on les accuse de provoquer un « suicide collectif » des États-Unis, ces élus jouent un jeu dangereux pour leur pays, mais aussi pour le « Grand Old Party », dont l’image se détériore fortement auprès de la population. Barack Obama utilise d’ailleurs ce biais pour exercer une forte pression de manière à trouver rapidement un accord mettant fin au shutdown, accusant les républicains de se venger de leur défaite à la présidentielle de 2012.

La Statue de la Liberté en berne, des milliards de dollars perdus chaque jour

Dans l’Histoire récente des États-Unis, et plus particulièrement depuis 1976, il y a eu pas moins de 17 shutdown. La dernière cessation partielle des activités administratives et fédérales avait eu lieu pendant 5 jours, du 14 au 19 novembre 1995 sous la présidence de Bill Clinton. Déjà à cette époque, les négociations bloquaient à propos d’un système de sécurité sociale, le Medicare. Clinton en était sorti vainqueur, retournant l’opinion publique contre les républicains et lui permettant d’être facilement réélu quelques mois plus tard. Pendant la durée du blocage, 280 000 fonctionnaires avaient tout de même été mis au chômage, et 475 000 privés de salaires, alors que le coût total avait été estimé à deux milliards de dollars.

La question du coût, justement, est primordiale. Combien va coûter le shutdown 2013 ? L’économie tourne au ralenti chaque jour qui passe sans accord sur le budget (les marchés sont privés de nombreuses statistiques officielles), et des conséquences importantes sur le tourisme sont également à prendre en compte. Par exemple, même la Statue de la Liberté est fermée aux visiteurs à New York ! À Washington, on estime que 200 millions de dollars par jour sont perdus. Il s’agit aussi d’impôts à venir que l’État fédéral devra décaisser, ou d’aides suspendues qui paralysent la consommation de la première économie mondiale. Au total, Goldman Sachs estime qu’au-delà de quelques jours de blocage, le coût supporté pourrait être supérieur à huit milliards de dollars. Un gouffre financier sans comparaison avec l’épée de Damoclès qui plane au-dessus des États-Unis : si aucun accord n’est trouvé avant le 16 octobre, l’État sera officiellement en cessation de paiement, ne pouvant plus honorer ses obligations. Cette année, Halloween aura peut-être deux semaines d’avance.

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