Mon cher Théo

Mon cher Théo,

Je rêvais d’absolu et j’ai échoué : ma vie n’aura servi à rien. Mes yeux consumés qui regardaient ces tournesols tourbillonner ne voient plus que des souvenirs de solei. En vain, j’ai voulu de l’espace, trouver la fin et le milieu, toucher cet intouchable et j’ai échoué. Sous je ne sais quel œil de feu, je sens mon aile qui se casse, et mon âme n’est plus qu’un brasier consumé par l’amour du beau.

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Mon Théo, j’ai échoué, je ne suis qu’un homme. De toute ma passion, j’ai cherché ma terrible voie : celle de l’homme, celle de l’artiste et celle-ci est impossible. Je suis un homme, cet animal repoussant, limité, médiocre, et je suis cet animal qui me donne la nausée. Oui mon frère, sur mon crâne incliné, la vérité a planté son drapeau noir : moi, immondice des immondices, je ne suis pas capable de comprendre ce que ma raison ne peut concevoir. Ne pouvant vivre cet absolu, je n’ai plus qu’à me confronter au Réel : je vais mourir.

Ô combien mon cœur désirait cette fraîcheur, cette inaccessible beauté. Mon cœur, où brûlait cet été, n’est plus ivre de lumière. Désormais, un soleil noir trône de toute sa puissance sur mon âme et répand en moi ses rayons. Mon frère, me comprends-tu ? Je suis prisonnier de ma condition humaine, de cette horrible cage qui me condamne aux ténèbres.

J’ai cru au pouvoir du feu, à cet amour inconditionnel où le moi magnifie le nous ; mais je me suis brûlé de toute mon âme : le moi est incommunicable. J’avais choisi l’ardeur du plein soleil et son écrasante lumière pour m’y faire brasier mais le soleil du midi m’a mortellement blessé : l’expression la plus riche et la plus complète d’un moi devenu don aux autres est vaine car ces créatures à deux pieds et ingrates ne sauront jamais aimer. Je suis tel Icare face à l’idéal.

Ainsi, le feu est devenu cendres, les astres solaires des planètes plates, et le monde reste sourd à mes cris de détresse. Mon Théo, mon travail à moi, j’y risque ma vie et ma raison d’être y a sombré à moitié… Mais que veux-tu… ?*

Ton frère,

Vincent

*la dernière phrase est effectivement écrite par Vincent Van Gogh dans une lettre à son neveu avant de mourir.

Publication anonyme d’un dauphinois

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