Derrière le bruit et l’odeur : Mais où est dont l’UMP ?

«Droitisation» : nom féminin : tendance au conservatisme de plus en plus prononcé pour un discours ou une action politique (définition google).
Mais surtout, réalité dont l’existence est contestée, à droite comme à gauche.

UMP

« Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez- vous que le travailleur français qui habite à la Goutte d’Or où je me promenais avec Alain Juppé la semaine dernière, il y a trois ou quatre jours, et qui travaille avec sa femme, et qui ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille, avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela, le bruit et l’odeur, eh bien le travailleur français sur le palier il devient fou ! »

Voici comment M. Chirac, mari de celle qui fut Bernadette de Courcel et maire de Paris à l’époque, s’exprimait en 1991. Son discours dénonçait avec véhémence l’assistanat des chômeurs immigrés venant s’entasser avec leurs multiples femmes, sur les paliers de nos bon compatriotes.

Avant toutes choses, un bref retour en arrière s’impose. Notons qu’au moment de ce discours, le poids politique du Front National est de plus en plus présent dans l’électorat ; son score passant de 0,75% des suffrages exprimés aux Présidentielles de 1974 à 14,38% lors de celles de 1988. Quelle signification donner à ce score arrivant peu de temps avant le fameux discours de M. Chirac qui avait fait tant de bruit ? Sans nul doute la montée d’une préoccupation croissante en France : celle de la question de l’intégration des populations immigrées posant d’autant plus problème en période de récession.

De même, que doit on voir derrière ce discours dit du «bruit et de l’odeur»? Un calcul politique? Un message s’adressant aux électeurs FN de 1988? Ou seulement le constat d’une réalité amère touchant de plein fouet sa patrie chérie?

Quoi qu’il en soit, cette petite histoire de vie «flirtant» avec des propos de type «front nationaliste» ne va être que la première d’une belle série. La dernière en date? Celle de M. Copé qui aime à reprendre, dans ce que les Guignols de l’Info singe comme étant «les contes du Père Jean François», la recette concoctée par Jacques Chirac vingt ans plus tôt. Ses ingrédients? Le récit d’une France «vraie» de préférence à l’extérieure de cette Paris bourgeoise huée par M. Copé. Un politique qui ose se «frotter» au réel et se faire témoin de la dure réalité ; la description choc d’une scène où des «français», vraisemblablement de souche, se font agresser les narines par des immigrés, ou voler leur goûter par de dangereux musulmans.

Dans les deux cas, bien que la déclaration de M. Copé ait été plus mesurée, les réactions ont été tout aussi virulentes. Au PS, les assauts terribles déclenchés contre ce récit épique ont valu à M. Copé

l’accusation suprême : celle de mener un mouvement de «droitisation» de l’UMP. Argument de gauche? Pas vraiment si l’on en croit Benoist Apparu. Ce député UMP justifie son soutien à François Fillon par sa réticence à adopter la ligne de Jean-François Copé. Selon lui, le député-maire de Meaux «Fait dériver plus à droite l’UMP», le risque étant alors que «ces positions fragilisent l’unité de notre famille politique» (Le Monde. 29 octobre). Simultanément, certains vont jusqu’à déclarer à gauche du PS que la droitisation ne serait qu’un leurre pour cacher les valeurs réactionnaires de la droite, tandis que M. Copé s’insurge - pour des raisons différentes - face à l’usage de ce terme. En un mot comme en cent : c’est la Bérézina. Impossible de trouver réellement un accord politique, à droite comme à gauche, sur l’usage de ce terme.

Pourquoi cette Bérézina? Certainement parce que les termes utilisés par M. Copé révèlent un malaise au sein de la droite parlementaire ; malaise provoqué par un problème de «placement» idéologique et politique vis à vis du Front National et de ses opinions sur la question de l’immigration. M. Copé a amplement raison de se défendre en soutenant que le FN n’a pas le monopole de ces questions déclarant à ce propos que «les idées appartiennent à tous». Le problème est alors de savoir où l’UMP se situe-t-il par rapport à ces questions et particulièrement cette «droite décomplexée» si chère à M. Copé.

Depuis le discours de Jacques Chirac en 1991, la droite parlementaire semble hésitante, balançant tantôt avec une politique tendant à stigmatiser le problème d’intégration des populations immigrées, entrainant un «parler franc» parfois proche du «dérapage» ; tantôt en traitant ce problème avec une grande prudence pour éviter tous débordements ou propos mal interprétés.

Ces balancements et gènes au sein du parti, se voulant représentant de la droite parlementaire et du centre, ne sont-ils que les conséquences de cette longue campagne pour l’élection du secrétaire générale du parti qui dure depuis 7 mois? Ou sont-ils révélateurs de divisions plus profondes au sein du parti entre une droite «molle», tournée vers le centre, et une droite «décomplexée» pouvant aller jusqu’à utiliser un vocabulaire frontiste (pouvant être conseillé après le score impressionnant de 18% du Front National aux dernières élections présidentielles)?

Quoi qu’il en soit, la journée de chaos ayant suivi le vote des militants, rendant impossible de départager dès le premier soir M. Fillon et M. Copé, témoigne de cette profonde division au sein de l’ex-parti majoritaire. Les nombreuses déclarations des soutiens de Fillon qu’il s’agisse de Eric Ciotti, Christian Estrosi ou Laurent Wauquiez le déclarant victorieux, risque de ne pas leur donner une place de choix autour de Jean François Copé. «Large» vainqueur de ce scrutin avec une avance de plus de 98 voix sur son adversaire, l’ancien secrétaire général peut savourer sa victoire et appeler avec le sourire au «rassemblement» de l’UMP que les deux candidats avaient souhaités au début de la campagne. Il n’en reste pas moins que les risques de divisions au sein de l’UMP sont aujourd’hui plus que jamais d’actualité.

Perdant malheureux de cette élection, la fracture qu’évoque Fillon dans une déclaration faite à peine 49 minutes après les résultats n’est pas «la fracture sociale» que dénonçait le candidat Chirac en 1995, mais bien une fracture «politique et morale» au coeur même de l’ancien parti majoritaire. Cette «fracture» escamotée tout au long de la campagne autour du discours de «la grande et belle famille de l’UMP» est à présent «manifeste» pour l’ex-premier ministre. Après ça, on ne peut que féliciter l’éternel optimiste, Christian Jacob, soutien de M. Copé qui se réjouit de «l’unanimité» de la commission de contrôle autour de son candidat. Pas de doute, les prochains repas de famille de l’UMP s’annoncent prometteurs !

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