Elections municipales : Paris a deux visages

Face au micro de Dauphine Discussion Débat les deux candidates à la mairie de Paris sont revenues sur quatre points essentiels de leurs programmes respectifs : logement, urbanisme, transport, gestion des dépenses publiques. Synthèse des deux interventions autour de ces quatre axes.

Hidalgo

NKM

 

 

 

 

 

 

 

 

Politique du logement 

Nous autres étudiants connaissons bien le problème du logement parisien : plus d’un étudiant à Dauphine loue son 9mètre carré près de 500€ par mois. C’est le résultat d’une raréfaction de l’offre sur le marché immobilier parisien, entraînant une explosion des prix. Ce problème ne concerne pas que les étudiants mais l’ensemble des parisiens, tant les classes populaires que les classes moyennes.
C’est justement sur ce point que les deux candidates s’opposent. Toutes deux s’accordent pour construire plus de logements : cependant alors qu’Anne Hidalgo vise la construction de 10 000 logements par an dont 7 000 sociaux et 1 000 étudiants Nathalie KM n’en prévoit que 6 000 par an et vise surtout l’accès au logement des classes moyennes.
Ainsi, la candidate socialiste a pour objectif ambitieux de dépasser de 10% le seuil légal de logements sociaux par arrondissement (actuellement de 20%). NKM quant à elle donne la priorité aux classes moyennes en incitant à la construction de logements intermédiaires. Ne voulant pas privilégier les classes populaires, elle considère que les personnes aux revenus moyens doivent pouvoir se loger sur Paris.

Urbanisme

Au cours des deux débats, NKM et Hidalgo se sont affrontées sur deux sujets en particulier : le projet de la « coulée verte » soutenu par la candidate socialiste et celui d’urbanisme sur dalle qu’envisage la candidate UMP.
La « coulée verte » désigne un aménagement de l’avenue Foch en zone piétonne de manière à « faire rentrer le Bois de Boulogne dans Paris ». Outre les difficultés techniques quant à la réalisation d’un tel projet, NKM reproche à Hidalgo de ne pas avoir les financements nécessaires, remettant ainsi en cause sa promesse de ne pas augmenter les impôts.
Même chef d’accusation à l’encontre de la candidate UMP concernant la mise en place d’un urbanisme sur dalle, c’est-à-dire la construction au-dessus des zones de trafic ferroviaires et routières, notamment le périphérique. L’idée étant d’installer des dalles sur lesquelles construire des logements et des bureaux ; leur exploitation par des personnes privées devant permettre le financement de l’opération. Pour décrédibiliser ce projet, Hidalgo souligne son coût exorbitant - 220 milliards d’euros pour la couverture totale du périphérique - et met en avant l’irréalisme d’un tel projet.
L’immense chantier du Grand Paris longuement développé par la candidate socialiste n’a été évoqué que brièvement par NKM.

Transport

Sur ce point, le constat est le même de part et d’autre : la qualité des transports doit soutenir les ambitions de Paris de s’imposer comme une ville monde. Les deux candidates s’accordent sur l’idée de tendre à long terme vers une ouverture des transports 24h/24, 7j/7. Pour la sécurité des voyageurs, l’automatisation des lignes de métro est également à poursuivre malgré un coût très important de 700 millions d’€ par ligne. Hidalgo a profité de cette thématique pour reprocher à son adversaire d’avoir refusé d’investir dans l’automatisation des lignes lorsqu’elle était Ministre des transports sous le 2ème gouvernement Fillon (2010).
Le Grand Paris Express reliant la banlieue parisienne à la capitale n’a par ailleurs pas été évoqué par NKM bien que maitrisant le dossier du fait de son ancien poste de ministre. Toutes deux souhaitent une ville « verte » et soulignent l’importance de la régulation du trafic routier à l’intérieur de la capitale : baisse de la vitesse de circulation, suppression des bus roulant au diesel, entre autres.
Clin d’œil dauphinois : Hidalgo projette la construction d’une nouvelle ligne de tramway entre le Pont de Garigliano et la Porte de la Chapelle, reliant ainsi toutes les portes de Paris.

Gestion de la ville

Bilan de la gestion socialiste : l’importante politique d’investissement de la ville de Paris initiée par Bertrand Delanoë a un coût. Selon une étude indépendante réalisée par l’Institut Montaigne, le budget de la municipalité a augmenté de 40% entre 2003 et 2013 ; hausse due au développement des infrastructures et à l’amélioration des réseaux préexistants. Alors qu’Hidalgo revendique fièrement sa part de responsabilité dans la bonne gestion des comptes de la ville de Paris, NKM lui reproche à l’inverse l’explosion des dépenses de fonctionnement : +28% entre 2002 et 2012. Elle promet de son côté une réduction d’un milliard d’euros sur ce poste de dépenses au cours de son mandat. La réduction des dépenses et indirectement celle des impôts est un des points clés de la bataille pour la mairie, en effet, selon un sondage BVA pour Les Echos et Aviva du 20 janvier 2014, 40% des français considéreraient la question des impôts locaux comme déterminante pour leur vote aux municipales. Les deux candidates ont bien compris l’enjeu : toutes deux prévoient une réduction des dépenses en optimisant la structure déjà existante des services de la ville de Paris, notamment par le non-remplacement de certains salariés et la suppression de certains niveaux hiérarchiques. Cependant, si les deux candidates se sont engagées à ne pas augmenter les impôts locaux, ni l’une ni l’autre n’est allée jusqu’à en promettre la réduction.

Malgré une opposition idéologique clairement affichée lors de leurs interventions respectives, les deux candidates axent clairement leurs priorités autour des mêmes thématiques. Toutes deux restent dans la perspective de faire de Paris une ville-monde rayonnant à l’international, dynamique et fonctionnelle tout en restant dans une logique de limitation des dépenses.

Marie-Alix Danton & Pierre-Hernan Rojas

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