Boxe et politique, un curieux mélange des genres

Alors que les débats politiques ressemblent de plus en plus à des combats de boxe, certains politiciens ont sauté le pas et enfilent maintenant les gants. En s’appropriant un sport populaire, ils essaient d’améliorer leur image auprès de l’opinion.

Fini le jogging, le tennis ou le vélo ! Le nouveau sport à la mode chez les politiques aujourd’hui, c’est la boxe ! La liste des politiciens boxeurs est longue : Edouard Philippe, Manuel Valls, Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Pécresse ou encore Rachida Dati montent sur les rings régulièrement. Même le président de la République Emmanuel Macron aurait eu sa période boxe selon Le Monde.

Les politiques, symboles de l’élite, raffolent donc d’un sport populaire par excellence, la boxe. Qu’elles sont loin les images de l’ancien chef d’Etat Nicolas Sarkozy courant à Paris dans le parc Monceau entouré de gardes du corps. Place à un sport moins « bling-bling » et beaucoup plus exigeant, nécessitant une discipline et un ascétisme physique et mental. Ces aspects du « noble art » sont d’ailleurs parfaitement décrits par le sociologue français Loïc Wacquant dans son livre Corps et âme : carnets ethnographiques d’un apprenti boxeur publié au début des années 2000, l’un des ouvrages sur la boxe les plus célèbres.

De la boxe des quartiers à celle des cols blancs

Loin de son image populaire, la boxe est depuis quelques années de plus en plus pratiquée par les classes supérieures. Au tournant des années 2010 est né dans les pays anglo-saxons le « white collar boxing » (la boxe des cols blancs). Des cadres de la City et autres CSP+ ont alors envahi les salles de boxe à la recherche d’un exutoire, se rappelant peut-être que la boxe avait des racines aristocratiques. Les règles de la boxe anglaise ont en effet été codifiées par le sportif et journaliste gallois John Graham Chambers en 1865, avant d’être diffusées à travers le Royaume-Uni et au reste du monde par l’Ecossais John Sholto Douglas, marquis de Queensberry de son état. Cette mode du « white collar boxing » a ensuite rapidement gagné la France et les politiciens de notre pays.

Selon leurs dires, la boxe constitue pour les politiques un défouloir, leur permettant de canaliser leur énergie. C’est le cas par exemple du Premier ministre Edouard Philippe, qui expliquait le jour de sa nomination le 15 mai dernier sur le plateau du journal télévisé de 20h de TF1 : « C’est un sport qui permet de contrôler son souffle, sa peur, sa force et sa rage. » Christian Gravel, un proche de Manuel Valls, confiait quant à lui en 2010 à GQ que l’ancien Premier ministre de François Hollande avait un « trop-plein d’énergie » et que, grâce à la boxe, celui-ci n’avait « plus besoin de monter en agressivité ». Nathalie Kosciusko-Morizet affirmait elle l’an dernier à Gala s’être mise « récemment » à la boxe, un sport qui la « détend beaucoup ».

Un instrument de communication

Mais derrière ces raisons officielles se cache une part de communication. « La boxe confère aux hommes d’Etat une image plus jeune et donc plus proche de la jeunesse. Lorsque ce sport est pratiqué par une femme, il lui attribue également une image virile qui peut être utile en politique », avance Delia Dumitrescu, spécialiste de la psychologie politique et de l’analyse des communications, sur Planet.fr. Preuve que la boxe fait partie de la stratégie de communication de certains politiques, Valérie Pécresse avait accepté en pleine campagne des élections régionales en 2015 de se faire photographier pendant son entrainement par Le Point. « Mon équipe ne voulait pas, elle jugeait que cela faisait trop violent. Moi je n’étais pas d’accord. Même si c’est vécu comme un sport original pour une femme, cela donne une image de combattante », avait commenté la présidente de la région Ile-de-France à l’époque.

La boxe n’a toutefois pas attendu les années 2010 pour devenir un outil de communication politique. Il y a près de 30 ans, en janvier 1988, Jean-Marie Le Pen posait dans la salle de gymnastique de sa résidence de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) torse nu et gants aux poings. Une manière pour le leader du Front National d’afficher sa hargne et sa combativité, à quelques mois de l’élection présidentielle.

 

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