Là où je t’emmènerai

Vous connaissez tous Emmanuel Macron. Mais qu’en est-il de son programme ? Pour éclairer votre lanterne, La Plume a analysé ses récentes annonces.

Macron le répète depuis des mois : sa principale bataille sera économique et sociale.

Il veut « libérer le pays par le travail ». Il sera le « candidat du travail » car l’emploi apporte « une dignité » et une place sociale.

 La refonte du CICE

Pour « réconcilier le pays avec la volonté 
d’entreprendre », il souhaite une refonte du crédit impôt compétitivité emploi (CICE). Il serait désormais caractérisé par des baisses de charges durables, et plus seulement un crédit d’impôt (donc un allègement indirect). Cela concernerait toutes les entreprises, et pas uniquement celles qui emploient des salariés rémunérés moins de 2,5 SMIC. Or, les entreprises offrant les plus bas salaires sont les TPE/PME. La masse salariale de ces entreprises était déjà éligible à 80% au CICE. L’élargir reviendrait à aider les grandes entreprises. Ces dernières versent des salaires plus élevés et seule 60% de leur masse salariale était éligible au crédit d’impôt jusqu’à présent. Cette refonte du CICE reviendrait donc à aider les petites entreprises indifféremment des grandes, ce que ne précise pas publiquement M. Macron.

La « République contractuelle »

Pour les salariés, il prône la libération du dialogue social et veut « privilégier le contrat à la loi » : l’Etat fixerait des « garanties » (temps de travail à 35h, salaire minimum), mais ce sont des accords de branche ou d’entreprise qui décideraient de l’organisation du travail. La « République contractuelle » est assumée, et s’inscrit dans la lignée de ce qui a été initié par la loi El Khomri.

L’abaissement du coût du travail

« La base de financement de notre modèle social ne peut plus être le travail » dit également M. Macron. Les cotisations maladie et chômage, indexées sur les salaires, seront supprimées. La contribution sociale généralisée (CSG), payée par tous, sera augmentée d’1,7 point en compensation, sauf pour les chômeurs et les retraités modestes.
Néanmoins, ce projet a déjà été étudié et retoqué par le Conseil constitutionnel le 6 août 2014. En effet, actuellement, la loi différencie système de cotisation et système d’imposition. Seules les cotisations ouvrent droits à des prestations individuelles et proportionnelles : on perçoit ce pour quoi on a cotisé. La CSG, qui comme son nom ne l’indique pas est un impôt, ne pourra juridiquement compenser la suppression de quelque cotisation que ce soit. Ce projet ne pourrait donc être remis à la discussion en l’état, sans prévoir une modification de la législation au préalable.

La TVA sociale

De plus, M. Macron annonce qu’il soutient la mise en place de la taxe sur la valeur ajoutée sociale (TVA sociale) pour alléger le coût du travail en France. Actuellement, les cotisations sociales permettant de financer la protection sociale sont uniquement prélevées sur les salaires. Mais comme la protection sociale concerne aussi les chômeurs, et pour améliorer la compétitivité du travail en France, le candidat d’ « En Marche ! » veut réduire les cotisations prélevées sur les salaires et le compenser par l’augmentation de la TVA. Cette hausse de TVA servirait à financer la protection sociale : c’est la TVA sociale.
Cette taxe est donc en faveur du travailleur au détriment du consommateur. M. Macron enterre aussi une idée historique de la gauche qui est que ceux qui ont plus paient pour ceux qui ont moins. Si cette taxe peut être qualifiée d’ « injuste » socialement, les pauvres ayant une propension marginale à consommer plus importante que les riches, son maintien est cohérent avec la volonté d’abaisser le coût du travail. De surcroît, cette mesure est juridiquement possible : la TVA sociale n’a pas un caractère fiscal mais un caractère social. Elle ne rentre pas dans le budget de l’Etat mais est versée directement aux URSSAF, comme toutes les cotisations sociales à l’heure actuelle.

Une administration rénovée

Pour remettre le pays « en marche », M. Macron veut renforcer la décentralisation et donner aux territoires une « déconcentration nouvelle ». L’idée est de « libérer la capacité d’inventer » locale. Les hommes de terrain (élus, fonctionnaires) en seront les maîtres d’œuvre. M. Macron envisage plus d’autonomie pour les services publics. Il rêve d’une fonction publique « entreprenante » et conciliante : il faut « passer d’une administration du contrôle et de la sanction […] à une administration du conseil et de l’accompagnement ». L’objectif ? « Redonner dans notre pays place à la confiance. »

Son second objectif est la « protection autour de trois boucliers : un bouclier social actif, un bouclier de sécurité et un bouclier européen. »

L’éducation  

Dans le volet social, M. Macron considère l’éducation comme un « devoir ». Les moyens engagés doivent être supérieurs dans les zones difficiles, où les classes seront par exemple dédoublées. Ce dédoublement des classes au primaire devrait bénéficier d’économies faites sur l’organisation du baccalauréat, mais le candidat d’ « En Marche ! » sera dans l’obligation de chiffrer concrètement cette mesure. D’autant qu’il prône aussi une réelle revalorisation salariale des professeurs d’expérience attendus sur ces postes. De même, le transfert d’autonomie vers les établissements scolaires et universitaires nécessite des moyens subséquents pour un Etat qui cherche actuellement à faire des économies.

La santé

Pour la santé, il défend le non-déremboursement « d’un seul soin utile », une meilleure concertation entre mutuelles et Sécurité sociale, et un décloisonnement secteur public/secteur privé. Il est notamment favorable à une plus grande autonomie des agences régionales de santé (ARS) pour mettre en œuvre les politiques de santé localement.
Tout cela demande des moyens. Si les manières de financer la protection sociale n’ont pas encore été détaillées, M. Macron a donné l’ébauche d’une réponse avec la TVA sociale (cf supra), mais nous ne savons pas jusqu’à quel taux elle sera portée ni les recettes seront suffisantes pour équilibrer les dépenses.

L’assurance universelle

Sa proposition sociale la plus marquante concerne le chômage. Il parle d’« assurance universelle [par] solidarité universelle » : on ne cotise plus pour soi mais pour la collectivité. Chacun peut prétendre être indemnisé, y compris pour faciliter une reconversion, en échange d’une obligation réelle de formation et d’acceptation d’un travail correspondant à ses compétences. Un Pôle Emploi refondu incarnera ce « nouveau service public de la formation et de l’activité ». Son souhait ? « Donner une perspective » à chacun dans un monde évolutif.

La sécurité

Parce que « l’autorité de l’Etat doit être intangible », dix mille policiers seront embauchés et le renseignement territorial réactivé. Parallèlement, récréer une police de proximité initiera « un autre rapport à l’autorité républicaine ».

Cependant, comme pour l’éducation, toutes les annonces en direction de la police et de la refonte de Pôle Emploi nécessitent la mobilisation de l’argent public. Or, pour l’instant, la question de la dette et de la part des dépenses publiques dans la richesse nationale, autrement dit du respect des critères de convergence, n’ont pas été évoquées. Si M. Macron venait à accepter de respecter les seuils fixés, à savoir un déficit public inférieur à 3% du PIB et une dette publique inférieure à 60% du PIB, il devra trouver des sources de financement supplémentaires ou alors miser sur un choc de compétitivité inhérent à ses mesures qui permettrait de relancer fortement l’activité.

L’Europe

Vis à vis de l’Europe, M. Macron est clair : « Nous aimons l’Europe ! Nous voulons l’Europe ! ». Il envisage d’unifier le marché du carbone, et celui du numérique, pour faire naître des entreprises communautaires à même de concurrencer les firmes asiatiques. Il prévoit également un contrôle sur les investissements étrangers pour y maintenir un droit de regard national. « L’Europe seule peut nous empêcher de tomber dans le repli ! » conclue t-il.

Emmanuel Macron délivre donc un message résolument positif, et expose sa vision d’un Etat incitateur, facilitateur, laissant se développer les initiatives prises sur le terrain. Néanmoins, au fil des réunions publiques ou de débats, il devra davantage détailler ses propositions, notamment sur l’épineuse question de leur financement. De quoi s’aliéner une partie de l’électorat, et freiner un mouvement qui pourrait le porter au second tour de l’élection présidentielle?

 

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