Genesis: multi-propriétaires sur la côte.

Genesis - Home By The Sea

              Le soleil venait de baigner cette maison du bord de mer de ses dernières lueurs. Le silence de la nuit s’était installé, mais cela ne provoquait guère de réactions chez les occupants. Ils ont toujours mené une vie discrète, calme… jusqu’à ce soir. Il se trouve qu’en cette soirée d’été, leur groupe allait s’agrandir.

              La nuit était donc encore jeune lorsqu’ils entendirent une fenêtre se briser. Surpris, ils s’en approchèrent… Cachés dans la pénombre, ils virent un homme, à l’affut, promenant son regard à travers la pièce, quand il l’arrêta soudainement sur eux. Il semblait très perturbé, ses yeux s’écarquillèrent et il finit par appeler à l’aide pour qu’on le fasse sortir d’ici. Devant ce curieux spectacle, les occupants lui souhaitèrent la bienvenue dans cette prison. Ils demandèrent même au voleur de les aider, eux, à sortir car ils étaient enfermés ici depuis bien des années, n’étant plus que des fantômes, des esprits sans consistance. Ils invitèrent le voleur à s’asseoir, car sa vie s’arrêtait là, il venait d’intégrer ce groupe, dont on ne sort pas. Welcome to the home by the sea. Ce voleur était condamné, les fantômes insistaient pour lui raconter leurs vies, leurs souvenirs pour, l’espace d’un instant, revivre en agitant les ombres de leurs passés.

 Genesis - Home By The Sea

              Ce que vous venez de lire n’est pas le début d’une nouvelle fantastique (on attendra l’année prochaine pour ça) mais bien l’histoire que raconte Phil Colins dans Home By The Sea (clique!), chanson du groupe Genesis de 1983. Avant sa carrière solo, Phil Colins était le batteur puis le chanteur de la bande. Genesis était alors un groupe de rock progressif reconnu et son talent a vite fait grand bruit ; il a même été en mesure d’étendre leur popularité à un public bien plus large. Certains trouveront cette chanson ringarde ne serait-ce qu’à cause du synthé très présent, mais il faut lui reconnaître certaines qualités indéniables. Le seul fait que ce soit Colins qui chante est un atout.

              Les paroles sont belles, ces fantômes nostalgiques voulant simplement revivre en racontant leurs souvenirs, puissent-ils même être insignifiants et sans importance, inspirent la compassion. On a bien envie de les écouter (enfin bon, sans avoir à passer son existence avec eux non plus). Certains passages sont même plutôt poétiques, notamment le dernier couplet. Le tout accompagné d’une musique à deux temps.

              Les percussions et la basse dominent pendant les couplets, avec un fond musical léger et lent au synthé, un son aigu, abyssale, qui pose une atmosphère quelque peu surréelle. Une musique douce, telle la discrétion d’un voleur qui s’introduit dans une maison auquel répond le calme de l’occupant qui observe l’intrus. Quand vient le refrain, la basse et la batterie s’intensifient, des notes de guitare s’ajoutent, et le synthé devient plus rapide : l’intrus est découvert, moment de détresse et de panique, le rythme cardiaque s’accélère. Inutile de préciser que la voix de Colins suit le même schéma.

              Ce qu’on peut reprocher à Genesis, c’est que Home By The Sea est une chanson assez commerciale. Plus concrètement, lors de l’enregistrement, les membres n’ont pas joué (ni chanté) ensemble dans le studio. Au lieu de ça, ils se sont contentés d’enregistrer une ligne directrice à la batterie, ont rajouté la basse, un synthé et enfin la voix. Ils ont ajusté le tout pour que ce soit harmonieux. Un peu comme un Monsieur Patate si vous-voulez…

              Cet aspect commercial est renforcé par la suite de Home By The Sea : Second Home By The Sea.

              Les deux s’enchaînent parfaitement, le dernier son de la première se prolonge dans la Second. Pendant trois minutes environ, on a le droit à des percussions, de la guitare de temps en temps, et beaucoup de synthé. Tellement de synthé qu’à un moment (vers la 2ème minute) on croirait écouter la bande son d’un Beat Them All sur Master System ! La conclusion est faite par la reprise du dernier couplet de Home By the Sea, ralenti. Et paf, ça fait une nouvelle chanson, une autre brique dans le mur, qui semble vouloir réunir tous les codes de la chanson commerciale en mélangeant les styles.

              Effectivement, oui, ce n’est pas très glorieux de faire une chanson comme ça, elle part un peu dans tous les sens, mais elle est quand même sympa à écouter, en particulier le moment un peu rock qui précède le couplet de fin. Si on veut lui donner un sens, on peut penser que tout ce qui se passe dans cette deuxième partie, avant le couplet, symbolise le temps qui s’écoule après que le voleur se soit introduit dans la maison. Et puis, cette lenteur des paroles, c’est de la lassitude, c’est ce nouveau fantôme qui s’est fondu dans la masse, a abandonné, est devenu comme les autres.

Morale de l’histoire : s’il vous arrive de vouloir cambrioler une maison, pensez à vérifier qu’elle ne soit pas hantée avant. Sait-on jamais.

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