Veni, Vidi, Vici

ARTICLE 5

La veille, mon esprit vagabonde. Le lendemain, ton souvenir me hante. La nuit venue, nos retrouvailles sont comme la récompense de ces heures de manque. Je pose mon crayon, j’enfile mes Brooks. Le son de mon Beats réglé au maximum, je n’attends pas l’ascenseur ; nous avons rendez-vous. J’accélère le pas, je sais que d’ici peu nous ne ferons qu’un.

19h : Je suis arrivée. Mes jambes en tremblent, je doute. Suis-je vraiment prête ? Serai-je performante ? Ma nuque semble tendue, ma migraine paraît ressurgir, les courbatures de notre dernière rencontre réapparaissent. Je souffle, je me lance, je te vois, je m’abandonne.

 

Le rythme est doux, tu sembles aimer, je me sens encouragée. J’accélère : 1,2,3 /1,2,3 /1,2,3. J’emprunte le virage et je descends. On y arrive, tu jubiles, c’était si rapide. La musique me porte, tes mains me guident, tes jambes m’accompagnent à grand pas. Ma peau devient moite, ma gorge s’assèche, mes lèvres se retroussent. Je ferme les yeux, j’entends les battements de ton cœur, je sens les miens s’accélérer. Une femme me dévisage, un homme se retourne, un enfant prend une photo, un car s’arrête. La dame de fer a revêtu sa robe aux mille diamants. Ton visage scintille, mes pupilles s’illuminent. La chanson d’antan laisse place à une toute autre cadence. Mes membres se relâchent, je réfléchis. Encore combien de temps ? Tu me rassures : « Sous les étoiles, nous sommes si bien : profitons du moment présent ».

Je me place à tes côtés, ensemble nous entamons une nouvelle foulée. Les fourrés, les zones d’ombre, les chiens errants ont cessé de m’effrayer. Je me sens rassurée, j’oublie tout, je défile. Telle une nymphe, mes pieds ne touchent plus terre. Mes projets deviennent le fer de lance de mon existence, mes regrets et mes remords disparaissent : nous sommes seuls. Mes ennuis, mes tristesses, mes peines, tu as tout effacé.   Soudain, tes gestes m’échappent, je ne te contrôle plus. Un volcan m’envahit, une tempête se lève. Mes sens se déchainent, le feu de la passion s’éveille. Mes poumons semblent manquer d’air. 1,2,1,2.1,1,1,1,1. C’est si beau. Cette brise sur ma peau, cette huile perlée le long de mon dos, ce mouvement tel une danse nous emporte. Je ne suis plus que toi, tu ne seras jamais que moi. Nous nous regardons. A nus, sans artifice. Mes yeux semblent raconter l’histoire de ta vie. Toi seul sais qui je suis. Moi seule te ressens. Tu as chassé mes maux, je n’ai dit mot.

Ensemble, nous atteignons le sommet. Encore un instant et la fin aura sonné. Je m’arrête, tu ralentis. Je te rends ta liberté, tu me laisses m’en remettre. Ma vue se trouble, vais-je chuter ? Je me penche, je regarde le ciel : rien n’a changé. Je t’observe : tu es resté. Je fais quelques pas : tout est comme avant. Je tâte mon front : la douleur s’est évanouie.

Je regarde ma montre : 23’40’’56’’’pour 6,3 kms. In fine, j’aurais tenu. Sans jamais m’arrêter, j’ai couru. Le long de ces allées ombragées, mon esprit et mon corps se sont retrouvés. L’endorphine du premier a endormi les douleurs du second. L’un a arrêté d’ignorer l’autre, l’autre l’a laissé s’exprimer. Dans un dialogue spirituel entremêlé de liens de dépendance mutuelle, un MOI unique et unifié s’est révélé.

L’empereur Julius Caesar affirmait :”veni vidi vici”. Avant, cette expression m’était signe de vanité. Désormais, j’ai compris. Fruit d’une bataille éreintante, elle est le combat d’un esprit déterminé contre un corps malmené, la guerre d’un corps prisonnier contre un esprit torturé, l’expression d’un contact rempli d’ardeur. « Venir » comme courir, « voir » comme assister à une union magnétique, « vaincre » comme repousser ses propres limites. La course est à moi, ce que l’absinthe est au poète. Le chrono est le tempo de ma vie, ma raison d’être et de continuer. Le sport est ma santé.

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