«Petite Poucette», une étudiante sans cervelle ?

Difficile de résumer en quelques lignes le dernier essai de Michel Serres tant ce petit livre de quatre-vingt-deux pages contient presque autant de savoir et de richesse que certaines encyclopédies au nombre de volumes sans fin. Le philosophe dresse le portrait d’un monde en crise qui ne parvient pas à se réformer et renie l’essor des nouvelles technologies et les bouleversements qu’il entraîne. Dans notre société qui connaît sa troisième révolution après le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé, sa « Petite Poucette » est plus méprisée qu’admirée. Pourtant, les élites dirigeantes et même tous nos prédécesseurs vont devoir admettre que nous vivons, de manière simultanée, de grandes mutations politiques, sociales et cognitives. Les générations au pouvoir tentent de colmater les failles d’un système que la jeunesse bientôt amenée à gouverner ne supportera plus, nos modes n’étant plus les mêmes qu’autrefois.

Nous n’avons pas la même espérance de vie, nous n’avons pas vécu la guerre, nous n’avons plus la même signification du mot « mondial », les adultes nous ont formatés par les médias et la publicité, nous vivons dans un monde la plupart du temps virtuel que nous ne contrôlons qu’à moitié, nous transportons le savoir sur nous, disponible à tout moment en quelques secondes. Nos parents ne savent plus vivre en couple et nous renvoient une image écorchée de la réussite de l’équipe ou du collectif. Comme l’écrit l’auteur, nous ne parlons plus la même langue, nous n’avons plus la même tête.

L’écrivain questionne alors l’individu, l’école, la société. Les experts qui nous dictent notre futur ont-ils vraiment entendu venir le contemporain ? La libération des corps ? La loi de l’offre et la demande qui s’immisce dans tous les domaines ? La mobilité qui dépasse toute limite physique ? Et les nouveaux supports, matérialisés ou non, que nous créons sans cesse ?

Beaucoup d’entre vous me trouveront utopiste mais si je ne questionne pas le monde à vingt-et-un ans, à quel âge alors ? Je l’imagine si bien la collaboration entre générations, la métamorphose des institutions, le renouveau démocratique et le vivre-ensemble d’une société multiple. Mais je voudrais que mon pays se réveille et sorte de ses cadres qu’on nous enseigne depuis la naissance et règlent nos conduites, que les personnes de mon âge ne sortent pas dans la rue simplement pour freiner des évolutions sociétales.

La Jeunesse a le devoir de tout réinventer : le vivre-ensemble, des façons d’être et l’utilisation des connaissances. Prouvons que « Petite Poucette » est loin d’être une étudiante sans cervelle. Alors, même si je suis utopiste, comme Michel Serres, je pense que c’est la seule réalité possible.

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