Plus que deux équipes, deux rugbys

Plus que deux équipes, deux rugbys

par Antoine Canton

 

Samedi 9 Juin, le Stade Toulousain vient de remporter son 19e bouclier de Brennus face au RC Toulon sur la pelouse du Stade de France devant un public largement acquis à la cause toulousaine.

Le score final (18-12) reflète une partie serrée qui n’a vu aucun essai inscrit. Le match a en majorité reposé sur du jeu d’avants et sur le duel entre les deux buteurs : Johnny Wilkinson et Luke Mac Allister, loin des attentes du public.

Dès la 3e minute Wilkinson ouvre le score par une pénalité. Mac Allister égalise 2 minutes plus tard. Le match se déroule ainsi jusqu’à la 69ème minute, le Stade Toulousain fait alors le break et les Toulonnais ne les rattraperont plus. Les Toulonnais ont toutefois fait une dernière tentative dans les 5 minutes précédant le coup le coup de sifflet final, mais les avants toulousains ont tenu bon pour assurer la victoire au Stade, forts de leur expérience des finales.

Cette victoire toulousaine était prévisible, puisque l’exercice 2011-2012 a montré une nette domination de la formation de Guy Novès sur le reste du Top 14.

La surprise était plutôt du côté de Toulon. En effet, les joueurs du président Boudjellal ont éliminé les Clermontois en demi-finale, alors que ces derniers partaient largement favoris.

Une vraie hiérarchie s’était pourtant dessinée cette année puisque le Stade Toulousain et l’ASM Clermont Auvergne ont fait la course en tête durant la majeure partie du championnat. Les malheureux Clermontois n’ont de plus pas atteint leur objectif de l’année, à savoir, remporter la Coupe d’Europe de rugby. Les Irlandais du Leinster ont terminé champions d’Europe et ont ainsi conservé leur titre continental, une première en la matière. Cette domination Irlandaise montre que la hiérarchie des championnats européens n’est pas encore clairement établie. Si le Top 14 apparaît comme le championnat le plus riche et le plus convoité, notamment par les joueurs du Sud, les formations britanniques et irlandaises ont confirmé la domination de la tradition dans le rugby moderne. En France, le RC Toulon n’a toujours pas glané de titre sous l’ère Boudjellal malgré une puissance financière très forte, recrutant des stars du rugby mondial tous les ans. L’ASM Clermont Auvergne dispose également d’un budget très important ce qui ne l’empêche pas d’échouer, même de peu, face aux coéquipiers de Brian O’Driscoll.

 

Ainsi cette domination toulousaine et clermontoise du Top 14 est éclipsée par les échecs de ces deux clubs en H Cup, et l’aspect traditionnel, voire familial, du rugby outre-manche démontre que le monde de l’argent ne s’est toujours pas totalement emparé du rugby moderne.

Le débat est ouvert sur l’avenir du rugby. Rejoindra-t-il le football sur le plan financier ?

Cette hypothèse est plus que probable. Il faudra peut-être attendre une prochaine génération de dirigeants de clubs en France, une génération qui s’alignera sur le président Boudjellal ou encore l’ex président du Stade Français Max Guazzini pour enfin lancer le rugby hexagonal dans une sphère de l’argent proche du monde du football.

Il est cependant nécessaire de relativiser la progression de l’aspect financier du rugby moderne qui semble rester dans des limites raisonnables. Le plus important transfert de l’histoire du rugby français s’élève à 506 000 euros, il s’agit du transfert de l’ailier Benjamin Fall en 2010, de Bayonne vers le Racing Métro 92. Cette somme apparaît pourtant  dérisoire à côté du transfert d’un joueur de football comme Cristiano Ronaldo, qui lui s’élevait à 94 millions d’euros. Il n’y a même pas de comparaison possible entre les deux ; le seul coût du transfert de Ronaldo dépassant de loin le coût de l’ensemble des transferts d’une saison de top 14.

Toutefois, ce rapprochement footballistique n’est, nous l’espérons tous, pas pour tout de suite. Les exemples de clubs valorisant les valeurs traditionnelles du rugby sont encore trop présents pour qu’un tel virage s’opère. Le Stade Toulousain a beau être un club avec de gros moyens financiers, il conserve un jeu axé sur des valeurs traditionnelles du Sud-ouest propres aux amateurs de l’ovalie. La défaite de Toulon traduit un soulagement car il s’agit de l’échec d’une équipe de stars regroupées dans un même club par le pouvoir de l’argent.

La clé d’une victoire (voulue la plus rapide possible par le club toulonnais) ne réside pas dans un effectif extraordinaire mais bien dans une grande place accordée aux bases et à la coordination, ce qui ne peuvent s’acquérir que sur un plus long terme, grâce à un centre de formation réellement efficace par exemple.

Mais restons sur nos gardes, il est plus que probable qu’à l’avenir la stratégie toulonnaise paye et que cette équipe finisse par réussir à surpasser le reste du rugby français grâce à des mercenaires, nous en avons eu un avant-goût durant ces phases finales du Top 14.

 

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