Critique ciné : De rouille et d’os de Jacques Audiard

De rouille et d’os, juste du Cinéma

par Julien Laurian

 

Jacques Audiard travaille consciencieusement et du coup lentement, à peine 8 films en 20 ans, si bien que quand l’une de ses œuvres sort sur nos écrans, c’est un peu noël avant l’heure. En mai, par cette chaleur étouffante d’été, je suis au pied de mon sapin cinématographique.

On connait le propos : une romance entre deux amputés.  La belle Stéphanie, aux jambes perdues  est à la redécouverte de ce nouveau corps atrophié.  Ali, boxeur amateur, est amputé, lui, d’une place sociale, qu’il cherche aussi vainement qu’un job, accompagné d’un fils qui ne peut avoir accès à la tendresse que son père aimerait lui donner au travers de sa dureté.

Marion Cotillard, bouleversante comme jamais, Matthias Schoenaerts confirmant son statut de révélation de l’année, accompagnent Jacques Audiard  dans ce cinéma emprunt à la fois  d’effroi et de somptuosité, de classicisme et d’éclairs de luminosité.

La maîtrise est complète, tellement complète qu’elle parvient à se faire oublier au profit d’un cinéma viscéral et pulsionnel.

Aucun effet stylistique dans le mouvement de la caméra, quasiment aucun travelling ou panorama pour souligner telle ou telle émotion, car tout se ressent déjà. La caméra bouge au rythme des pulsations vitales. La caméra au cœur du sujet,  vit, se fait oublier, délivre des vies à nos yeux.

L’éclairage, en tout plan parfaitement orchestré, n’aura jamais rendu un Audiard si éclatant. Après les couleurs et sentiments gris qui émanaient de ses précédentes œuvres (Un Prophète, Sur mes lèvres, De battre mon cœur s’est arrêté…), Audiard filme avec les lumières de la chaude méditerranée, en accord avec cette reconstruction de deux êtres, qui s’apprivoisent et retrouvent un bonheur perdu.

Si les écrits sont le reflet de la plume utilisée, alors c’est une plume d’or qui a rédigé les dialogues. Touchants et drôles à la fois, leur principale qualité est avant tout de sonner vrai.

Enfin, le travail d’Alexandre Desplat est, comme d’habitude, une réussite. La bande son est belle, juste, et souligne avec sobriété et efficacité les sentiments des protagonistes.

Il y a de bons films, des films sympathiques, des films ennuyeux, des films lents, des films spectaculaires, des films violents, des films sympathiques. De rouille et d’os n’est pas qu’un film.
De rouille et d’os, c’est du Cinéma.

Pour ceux qui ne liraient que la dernière phrase, disons que De rouille et d’os est un chef d’œuvre. Ni moins ni moins.

 

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