L’élection présidentielle, une parenthèse désenchantée

L’élection présidentielle, une parenthèse désenchantée.

par Hugo Matricon

 

A la veille du premier tour de l’élection présidentielle, il y a lieu de s’alarmer au regard des derniers sondages concernant la participation politique au scrutin du 22 avril : l’IFOP vient d’annoncer une abstention record de 32%. De nombreux intellectuels, politiciens, sociologues se sont penchés sur cette question épineuse que représente l’abstention et qui, disons le clairement, gangrène depuis quelques décennies notre système démocratique.

Qui sont ces invisibles, en marge de la vie politique ? Quelles sont les principales causes du déclin de notre élan participatif ?

 

Céline Braconnier, sociologue de renom à l’université de Cergy-Pontoise, met en exergue différentes catégories d’abstentionnistes. L’abstentionnisme social, ces individus peu diplômés, fragiles économiquement et plus jeunes, exclus d’une société qui le leur rend bien.

L’abstentionnisme pour rejet de la vie politique, partisans du « tous pourris », « tous pareils », revendiquant cette « bouderie démocratique » qu’ils tiennent pour légitime. Enfin, un abstentionnisme conjecturel et intermittent, ceux qui votent (ou ne votent pas) en fonction de l’offre politique, de la dynamique du moment.

Une question transparaît dans toutes les catégories d’abstentionnistes précitées, fer de lance de la désaffection des urnes : celle du désenchantement démocratique. Que nous soyons opulent, démunis, de gauche, de droite, surdiplômé ou non, cette désillusion électorale habite tous les esprits.

 

D’une part, les déceptions concernant l’alternance gauche-droite généralisée depuis 1981 sont légions. La majorité du corps électoral l’ayant connue constate que « rien n’a vraiment changé », tous les espoirs suscités par l’arrivée de Mitterrand au pouvoir sont déchus, éclipsés derrière le fameux « tous pareils ».
De plus, le doute quant à la capacité d’un Hollande ou d’un Sarkozy à améliorer le quotidien des citoyens est renversant. Soupçon renforcé par un contexte de crise qui confirme l’incapacité apparente des politiques à aspirer au changement. Président de la République, autrefois homme providentiel, nous apparaît aujourd’hui comme un homme dépassé face à un monde globalisé, dont les enjeux internationaux ( et surtout européens) surpassent largement les intérêts nationaux. Force est de constater que les décisions sont guidées, pour un grand nombre d’entre elles, par le pouvoir bureaucratique Bruxellois. Au « monarque démocratique » représenté par De Gaulle s’est substitué un homme marqué par une impuissance croissante, « rouage » dans un mécanisme décisionnel désormais européen.

D’autre part, malgré son étiquette de grand favoris, François Hollande ne se présente pas en « candidat de rupture », préférant se raccrocher au réalisme des temps de crise pour éviter de susciter des espérances qui deviendraient infructueuses une fois l’élection remportée. Après le « cauchemar des années Sarkozy », le rêve de l’époque Hollandaise semble frappé par la petitesse. Que cela soit dans son programme, malgré quelques mesures phares telle que l’imposition à 75% sur la tranche des revenus dépassant le million d’euros faisant jubiler certains, ou dans son incarnation d’un homme ordinaire (trop ordinaire!) dépourvu de charisme, F. Hollande participe directement au désenchantement démocratique.

 

Au peu d’attrait de cette offre politique s’ajoute la rédemption d’un Nicolas Sarkozy tentant, sans grand succès au regard des sondages, de faire oublier un quinquennat, certes marqué par le volontarisme mais rongé par son attraction autour d’une petite élite. Le président sortant qui était parvenu à éveiller une véritable émulation et de nombreuses aspirations au sein des milieux populaires en 2007 a cessé de faire rêver cette « France des petits ». L’oubli des banlieues dans le débat présidentiel et la stupéfaction des ouvriers face à un quinquennat regorgeant de promesses oubliées sont autant de facteurs attisant l’abstention.

A vrai dire, un seul candidat semble vraiment ré-enchanter cette élection présidentielle. L’entrain mélenchoniste que l’on connaît depuis quelques semaines prend ses racines dans la capacité du « candidat plébéien » à réinventer un discours et un imaginaire authentiquement de gauche.
Fini la « gauche caviar », l’  « UMPS », place aux inspiration révolutionnaires, à l’invocation d’un patriotisme que l’on souhaiterait retrouver. Mélenchon se pose en candidat passéiste, se réclamant  d’une histoire idéalisée face au manque de perspective actuel. Se rappeler pour mieux rassembler.

Le peuple peut encore rêver. Mais ses songes sont tournés vers des actions achevées, négligeant ainsi une Histoire qu’il reste à écrire.

Sa passion pour l’espoir est si ardente, qu’il se laisse convaincre par un homme qui confesse son admiration pour Robespierre et Saint-Juste, « plus célèbres dans l’exercice de la terreur et de la guillotine que dans celui de l’extension des libertés ».

En ces temps de crise, d’un individualisme toujours plus grand, d’une fracture sociétale entre peuple et élite, nous avons besoin d’être captivés par un débat politique, par le charisme d’un homme qui ne prend pas des mesures populistes ou démagogiques mais des mesures de conviction. 2012 mauvais cru ? Il reste l’espoir de 2017.

 

A l’heure où d’autres entrent de plain pied dans la « civilisation électorale », tâchons de ne pas en sortir, donnons leur plutôt l’exemple. Voyez ces hommes, ces femmes, ces Tunisiens, ces Egyptiens, le sourire au coin des lèvres et leur fierté à bras le corps de sentir, pour la première fois, que leur avis compte.

Plutôt que de bouder ces élections, honorons cette liberté de rêver, allons voter, car bien qu’il soit par dépit, bien qu’il soit désenchanté, c’est un acte qui compte.

 

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