Il faut sauver le soldat de la Wehrmacht

Deux soldats allemands pendant l’invasion de l’URSS (juin 1941)

En cette année 2015, 70ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre Mondiale, une rétrospective sur le soldat de la Wehrmacht semble adéquate. Très souvent stéréotypé et amalgamé, le soldat de l’armée allemande apparaît dans le cinéma comme un nazi fanatique par conviction, donnant ainsi une vue manichéenne de la guerre. D’un côté le soldat allié perçu comme un libérateur venant sauver l’Europe du despotisme et de la tyrannie. De l’autre le méchant soldat allemand obéissant aveuglement aux ordres d’Hitler. Le cinéma hollywoodien contribue tristement à perpétuer cette image infecte qui prive les spectateurs d’avoir une vue factuelle des événements plutôt qu’émotionnelle.

D’un côté le soldat allié perçu comme un libérateur venant sauver l’Europe du despotisme et de la tyrannie. De l’autre le méchant soldat allemand obéissant aveuglement aux ordres d’Hitler.

Dans « Il faut sauver le soldat Ryan », l’allemand est présenté comme dépourvu de sentiments, notamment dans une scène où une propagande anti-américaine est diffusée dans l’espoir d’inciter le soldat américain à se rendre. Dans les faits, les soldats de la Wehrmacht ne luttèrent pas systématiquement avec fanatisme jusqu’à la fin de la Guerre. Dès 1943, alors que la guerre avec l’Union Soviétique commence à s’éterniser, nombreux sont les soldats allemands qui commencent à douter de la victoire. Après la défaite de Koursk, le nombre croissant de désertion marque une rupture et le tournant de la Guerre. Les contestations montent, certains officiers remarquent que les actions de la Wehrmacht dans l’est sont ténébreuses : des milliers de civils innocents sont tués pour répandre la terreur et réprimer ceux qui oseraient s’opposer au IIIème Reich. Ainsi, la contestation s’accroît au fil de la guerre. Certains officiers refuseront même d’appliquer les ordres de leurs supérieurs. Pour exemple, la politique des « terres brûlées » mise en place par Hitler en mars 1945 ne sera que très peu appliquée sur le terrain. Durant la libération de la France, nombreuses seront les villes où les soldats allemands se rendront sans se battre, conscients que la guerre est perdue pour leur camp. En 2013, la série télévisée allemande « Generation War » met en scène deux jeunes soldats à partir de 1941 en partance pour le front de l’est juste après le déclenchement de l’opération Barbarossa (l’opération militaire consistant à envahir l’Union Soviétique). Les deux soldats apparaissent comme apolitiques, considérant la guerre comme une simple succession de batailles. Aucun des deux ne voue une adoration à Adolf Hitler, le plus jeune doute même de la crédibilité de la guerre et des conséquences qu’elle implique. Leur état d’esprit est très loin de celui dépeint par le cinéma américain, mettant en scène deux hommes qui savent leur pays condamné et inquiets de ce que l’on pensera d’eux une fois la guerre terminée. Autre fait intéressant dans cette série, à aucun moment l’on aperçoit un soldat de la Wehrmacht faire le salut hitlérien. En effet, durant le IIIème Reich, l’armée était probablement l’un des seuls endroits exempté de ce salut. Après la guerre, nombreux sont les historiens ayant retrouvé des lettres de soldats envoyées à leur famille dans lesquelles peu d’empathie pour le Führer était perceptible. A savoir également que, dans la Wehrmacht, le salut hitlérien ne devint obligatoire qu’à partir de Juillet 1944. Preuve en est, en avril 1945 lorsque la mort d’Adolf Hitler est annoncée, la population civile allemande et l’armée se montrent indifférentes, étant plus en quête de survie et de fin des hostilités.

Une arrivée tardive dans les salles

Aujourd’hui, le traumatisme est encore présent et on oublie souvent que les soldats allemands n’ont pas eu le choix entre le bien et le mal mais entre le mal et le moins pire.

Par conséquent, il faudra attendre jusqu’à tard pour voir le cinéma changer de point de vue sur le soldat de la Wehrmacht, en le présentant comme un soldat normal ayant comme unique objectif de servir son pays.  Cependant, un traumatisme hante encore l’esprit des allemands. En 2015, le film « Amnesia » de Barbet Schroeder nous montre une allemande qui renie ses origines par honte de parler la langue des nazis. Elle fait la rencontre d’un jeune allemand venu tenter sa chance dans la musique électronique et découvrant lui-même le passé de son grand-père, ancien membre des SS. Aujourd’hui, le traumatisme est encore présent et on oublie souvent que les soldats allemands n’ont pas eu le choix entre le bien et le mal mais entre le mal et le moins pire. Difficile de s’opposer seul à un régime despotique, au risque de voir sa famille se faire exterminer. Mais la résistance allemande a bien existé et le cinéma commence seulement à nous faire découvrir cette deuxième facette de l’Allemagne nazie. Une autre Allemagne qui a tenté de s’opposer à la dictature. Le film Walkyrie avec Tom Cruise expose l’opération la plus aboutie qui a failli renverser Adolf Hitler. Ce complot fera sortir de l’ombre la résistance allemande, trop longtemps sous-estimée. On note également la présence au cinéma du film Georg Elser réalisé par Oliver Hirschbiegel - réalisateur du film La Chute en 2003 portant sur les dix derniers jours d’Hitler. Un film qui sort de l’ombre un personnage s’opposant au Führer en tentant de le tuer. Preuve que la totalité de la population allemande n’était pas endoctrinée. Ce Georg Elser, pacifiste et fidèle aux valeurs démocratiques, va confectionner une bombe pour tuer Hitler lors de sa réunion annuelle dans une brasserie munichoise pour fêter le putsch raté de 1923.

Le cinéma allemand produit tristement trop peu d’œuvres - généralement plus objectives - qui permettraient de briser les stéréotypes.

Le cinéma a donc encore des efforts à faire concernant la représentation de l’allemand dans les films qui traitent de la Seconde Guerre Mondiale. Le cinéma allemand produit tristement trop peu d’œuvres - généralement plus objectives - qui permettraient de briser les stéréotypes. En revanche, le cinéma américain peine à sortir de cette vision manichéenne de la guerre, en proposant des réalisations où le soldat américain ressort en héros et traite le prisonnier de guerre allemand comme un fanatique. De son côté, le cinéma français tâtonne encore dans le noir en cherchant à représenter objectivement la période de l’Occupation - la série Un village français en est un bon exemple. La nouvelle saison à paraître est censée montrer l’après-guerre en France (quelques mois après la Capitulation allemande), on espère que la saison ne tombera pas dans une haine envers l’Allemand mélangée à de la rancœur et à un désir de vengeance.

 

2 Commentaires

  1. le soldat allemand était un modèle du genre.après en avoir discuté avec des anciens .et bien ,ils étaient pour la plus part très correct. les américains n’ont pas étés très correct avec nos grand mères. les allemand ce sont fait endoctriner par un fou. mais actuellement ,nous français et européens ,auront bien besoins de toute cette fougue qu’a démontrée cette armée. ils ont étés controlés par un petit caporal ça appartient au passé le future sera pire

    • Bonjour. On ne sort pas de cette idee du «soldat allemand correcte».Les veterans en general n’etaient pas de la meme mouture que les jeunes, passes par la jeunesse hitlerienne et elevee quasiment au biberon de la doctrine nazie. En debut de guerre, il y a eu des crimes contre les civils et contre des troupes alliees et coloniales francaises. Meme la Panzerdivision de Rommel pendant la campagne de France a fusille des soldats africains de l’armee francaise. les troupes SS ont liquide des prisonniers anglais au village du «Paradis» dans le nord de la France. Ensuite, c’est selon le moment et la region. Ma mere m’a raconte que les troupes allemandes en garnison pas loin de son hameau allaient chercher du lait chez les fermiers locaux et defilaient en chantant sur la route en bas. Pas d’atrocites contre les habitants. Mais au fur et a mesure que l’occupation s’eternisait, l’occupant devenait plus dure, et ce ne sont pas les SS qui ont fait toute la sale besogne. En Dordogne, la division Brehmer a eu un triste record de destruction a son actif, et Brehmer etait un general de l’armee reguliere. D’autre part, dans la guerre contre la resistance, on ne faisait pas de cadeaux aux resitants faits prisonniers, executes sur place, ou emprionnes et fusilles. La Wehrmacht comme l’armee de Guillaume II avait une obcession des partisans et des francs-tireurs, qui remontait a la guerre de 1870. Le mythe de l’armee digne et correcte durant la seconde guerre mondiale a vole en eclats ces 20 dernieres annees avec les recherches des historiens allemands et l’exposition «Les crimes de la Wehrmacht». Je vous conseille le bouquin «Soldaten» qui a ete traduit en francais, sur des conversations enregistrees en secret aupres de soldats, sous-officiers et generaux allemands prisonniers en Angleterre. Il livre un eclairage tres different sur cette idee, qui a ete repandue apres guerre durant la guerre froide: il fallait redonner une dignite a l’Allemagne, qui avait une frontiere avec le glacis des pays sous domination communiste. Mais les allemands ont creuse les archives…

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