Les enfants loups, Ame & Yuki, de Mamoru Hosoda

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Ce jeune quarantenaire est le nouveau maître de l’animation japonaise. Nouveau… tout est relatif. Après La traversée du temps en 2006 qui mettait en évidence la vie journalière lycéenne, et Summer Wars en 2010 ou une réflexion sur tradition et cybernétique, autant dire que le talent avait déjà été vérifié et approuvé. Les enfants loups n’est donc pas une révélation, ni même une confirmation mais reste néanmoins l’œuvre la plus mature servie par Hosoda. Pour la première fois, le réalisateur fait un pas vers le thème de prédilection de Hayao Miyazaki : la nature et plus particulièrement la forêt. Depuis Nausicaä de la vallée du vent, en passant bien sûr par Princesse Mononoké, la forêt est le cœur du dispositif narratif du réalisateur ainsi que lieu et source de conflit entre nature et humains. Mais là s’arrête toute comparaison car Hosoda ancre, comme dans ses précédentes œuvres, son récit fantastique dans une contemporanéité et un quotidien auxquels Miyazaki a toujours préféré le merveilleux.

Œuvre la plus mature aussi car là où précédemment l’histoire narrée se déroulait sur quelques jours, simple péripétie fantastique elle est ici une fresque familiale contant 15 ans de vie. C’est au rythme des années que Mamoru Hosoda réalise les 4 saisons que Vivaldi avait composées.

Un plan, voir une image suffit à comprendre la beauté et l’intensité qu’offre Les enfants loups, Ame et Yuki.
Deux fleurs épanouies, belles, uniques mais semblables occupent l’écran. Allégorie végétale des enfants loups, les enfants de Hana (« fleur » justement en japonais), louveteaux bourgeonnant au rythme des saisons et des années. Et sur le pré fleuri et tendre, au doux murmure du feuillage et des herbes, Hana est étendue, mélancolique mais apaisée, bercée par une vision de son défunt compagnon.

Passée cette introduction, suit un premier mouvement qui s’apparente à un prologue : la rencontre et l’idylle d’Hana, étudiante au cœur de la ville, et d’un homme-loup. Hana tombe enceinte, deux fois, avant de brusquement se retrouver veuve. Comment élever alors des enfants loups ? Le hochet ou la balle ? L’hospital ou le vétérinaire ? Comment s’occuper en toute discretion de louveteaux dans l’exiguité d’un appartement et dans l’étroitesse de la ville ? Vers l’épanouissement de Yuki et Ame, Hana, déménage pour une nouvelle vie. Eloge de la ruralité et de la simplicité se superposent ainsi au récit.
La simplicité est aussi celle du trait, dans laquelle réside toute la beauté esthétique de l’oeuvre. Les visages ne sont pas marqués de lignes superflues, ce qui leur permet d’acquérir des expressions sincères, à l’opposé justement, des dessins de paysages fourmillant de détails.

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Sous les couleurs d’une froideur étincelante, la scène de liesse familiale à la découverte d’une nature enneigée et la course délicieuse et exaltée au sein de ce paysage est peut-être la plus enthousiasmante de l’œuvre.
Sentir la poudreuse sur sa peau fumante ou sa fourrure humide et flairer la vie par tous ses pores. Choisir aussi sa vie, celle d’humain ou celle de loup. La relation entre homme et animal est ainsi étudiée sous un angle nouveau : du point de vue existentialiste. Est-on homme/animal par nature, par instinct, par modalité sociale ?

Pour découvrir à quoi ressemblent l’été et l’automne imaginés par Hosoda, le conte contemporain et l’épopée familiale, Les enfants loups, Ame & Yuki est en salle depuis le 29 aout.

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